Noisy-le-Grand : Jugé pour avoir tué par balles le serveur d’un kebab qu’il trouvait trop lent

Illustration. (shutterstock)

El Hadji Bamba est jugé depuis mardi pour le meurtre d’un serveur de kebab à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), en août 2019. L’accusé n’aurait pas supporté de devoir attendre pour être servi. Il a tué la victime de deux balles.

« Fais-moi le sandwich ou je te tue »: un homme de 36 ans comparaît aux assises de Bobigny depuis mardi pour le meurtre d’un serveur de kebab à Noisy-le-Grand en août 2019, alors qu’il était fortement alcoolisé et s’impatientait.

Le 16 août 2019, El Hadji Bamba se rend au Mistral, un snack de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). En ce vendredi soir, Mohamed Fares Ben Yahiaten est en poste au niveau du comptoir à pizzas. Sur les images de vidéosurveillance diffusées mardi, il apparaît façonnant des boules de pâte et étalant de la sauce tomate. Près de l’entrée, El Hadji Bamba, très alcoolisé, passe un temps au comptoir dédié aux kebabs, après avoir demandé un sandwich. Il s’impatiente.

D’après les témoins, M. Ben Yahiaten tente de le calmer et lui propose une pizza à la place d’un sandwich. El Hadji Bamba s’emporte, menace avec son arme de poing. « Fais-moi le sandwich ou je te tue », lance-t-il avant de tirer à trois reprises. Deux balles de 9mm se logent dans le corps du serveur, dont une dans les poumons. Il décède sur place. L’arme du crime n’a jamais été retrouvée.

« Un sandwich gratuit de temps en temps » pour « ne pas avoir de problèmes »

Les serveurs du restaurant avaient reçu pour instruction de leur patron de « donner un sandwich gratuit de temps en temps » à El Hadji Bamba, pour « ne pas avoir de problèmes ». « Il se prend pour un caïd alors qu’il est à peine la petite frappe du coin », commente à la barre le capitaine de police qui a procédé à son interpellation cinq jours après le drame. « Il s’inscrit dans un rapport de peur (…) et il est connu pour poser des problèmes réguliers aux commerçants », poursuit le directeur d’enquête.

Lucie Mongne, avocate de l’accusé, tance elle « un sentiment », qui ne s’appuie sur aucun élément matériel de l’instruction. Crâne rasé, barbe noire fournie et pull camel, El Hadji Bamba, 36 ans, est resté mains croisées dans le dos lors de ses prises de parole, souvent succinctes.

Sur les bancs des parties civiles, une dizaine d’hommes de la famille de la victime, silencieux, les yeux rivés au sol ou pointés sur l’accusé. Âgé de 29 ans, la victime avait traversé la Méditerranée depuis sa Tunisie natale sur une embarcation de fortune. Un des seuls survivants de la traversée, il était en France depuis neuf mois. « Finalement, il a été abattu sans trop de raison à Noisy-le-Grand », souffle, affligé, le capitaine de police. Sa mort a mis fin à la célébration du mariage de sa sœur, qui se déroulait au même moment de l’autre côté de la Méditerranée.

« Deux bouteilles par jour »

Lors du premier jour de ce procès, dont le verdict est attendu vendredi, un premier portrait de l’accusé a été brossé. Quelque dix minutes ont été nécessaires à la présidente de la cour Isabelle Pulver pour détailler les 26 condamnations composant son casier judiciaire de « dix pages ». Violences, conduite sans permis, vol, menaces de mort, détention de stupéfiant… El Hadji Bamba, écroué depuis les faits, a déjà effectué cinq séjours en prison, le premier alors qu’il était mineur.

« Avec vous, la justice a essayé beaucoup de solutions », lance la présidente, citant mises à l’épreuve, jours-amende, condamnations. « Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour éviter un casier judiciaire comme le vôtre ? », demande-t-elle à l’accusé. « J’ai rien à dire à ce sujet-là », se contente de répondre El Hadji Bamba.

Dans la matinée, l’enquêtrice de personnalité a rappelé le rôle de pilier de la famille qu’il a incarné à la suite du décès précoce de son père d’un cancer. Lors de l’enquête, sa famille a décrit un homme « compréhensif et empathique », « très protecteur et bienveillant », notamment envers sa sœur benjamine, atteinte de trisomie.

« C’est vrai que je consomme beaucoup d’alcool »

L’accusé a lié la période suivant le décès de son père à sa forte consommation d’alcool. « C’est vrai que je consomme beaucoup d’alcool. Une bouteille de whisky voire deux par jour », concède l’accusé, agent de nettoyage, après avoir enchaîné les petits boulots. « Mais pas tous les jours », précise-t-il. Le jour des faits, dans l’après-midi, il avait acheté deux flash (20 cl chacun) de Jack Daniels. Poursuivi pour meurtre, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.