Perquisition à Mediapart : Une démarche de Matignon à l’origine de l’ouverture de l’enquête.


Edouard Philippe (360b / Shutterstock)

Mediapart a refusé que ses locaux soient perquisitionnés ce lundi matin. Le parquet venait d’ouvrir une enquête après la diffusion de plusieurs enregistrements audios où il est possible d’entendre Alexandre Benalla et Vincent Crase discuter, le 26 juillet dernier.

Selon les nouvelles informations de Mediapart et celle de BFMTV, Matignon est à l’origine de l’ouverture de cette enquête pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interception et de télécommunications ou de conversations ».

Benoît Ribadeau-Dumas, le Directeur de cabinet du Premier ministre, a transmis une lettre datée du 1er février, à l’attention du procureur de Paris Rémy Heitz, où il attire son attention sur plusieurs points. Un courrier que BFMTV s’est procuré.

La directrice du GSPM a-t-elle reçu chez elle MM. Benalla et Crase ? Non, répond Matignon.

Après la diffusion, jeudi dernier, de l’article de Mediapart contenant les enregistrements d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase, un journaliste de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles a adressé deux questions à Matignon, afin de savoir si la rencontre entre les deux hommes mis en examen ne se serait pas déroulée dans l’appartement de la responsable du Groupement chargé de la sécurité du Premier ministre (GSPM), Marie-Elodie Poitout, qui est par ailleurs commissaire de police. Matignon a rapidement répondu qu’il n’en était rien.

« La chef du GSPM dément être impliquée d’une quelconque façon dans la rupture du contrôle judiciaire de MM.Benalla et Crase. Elle affirme connaître M.Benalla, mais ne jamais avoir rencontré M.Crase et qu’à sa connaissance celui-ci n’est jamais venu à son domicile. Elle dément également que son compagnon ait pu organiser cette rencontre chez elle en son absence » explique Valeurs Actuelles, qui n’a finalement rien publié.


« Il s’agit simplement de partager en toute transparence avec la justice des éléments de réponse transmis à la presse »

Le lendemain, Matignon a transmis son courrier au parquet de Paris.

« Il ne s’agit en aucun cas d’un signalement ou d’un article 40 (article du code de procédure pénale qui oblige une personne dépositaire de l’autorité publique à dénoncer un délit, rapporte Mediapart). Il s’agit simplement de partager en toute transparence avec la justice des éléments de réponse transmis à la presse et qui sont susceptibles de concerner une affaire judiciaire en cours » expliquent les services du Premier ministre.

« Plusieurs journalistes nous ont contactés jeudi et vendredi pour tenter d’établir un lien entre la chef du GSPM, son conjoint, et la rupture du contrôle judiciaire de MM. Benalla et Crase. Matignon a donc procédé à de premières vérifications. Il en ressort que la chef du GSPM dément être impliquée d’une quelconque façon dans la rupture du contrôle judiciaire de MM. Benalla et Crase. Elle affirme connaître M. Benalla, mais ne jamais avoir rencontré M. Crase et qu’à sa connaissance celui-ci n’est jamais venu à son domicile. Elle dément également que son compagnon ait pu organiser cette rencontre chez elle en son absence » Le Monde a ajouté Matignon, interrogé par le journal ce mercredi.

« Cette perquisition est une mise en danger majeure de nos sources »

« De qui Mediapart aurait-il violé l’intimité de la vie privée en publiant son article ? » se demande l’hebdomadaire dans son nouvel article sur le sujet ce mercredi.

Selon le média, aucune plainte n’a été déposée pour dénoncer une quelconque violation de la vie privée (l’un des motifs de l’enquête préliminaire, ndlr), ce qui rend la légalité de cette dernière très discutable comme l’explique le journal Le Monde. Mediapart accuse d’ailleurs le procureur de Paris d’avoir initié lui-même cette perquisition, « sans le mandat d’un juge indépendant ». Une perquisition refusée légalement.

« Comme le droit nous y autorise, parce que c’est une enquête préliminaire, nous avons refusé la perquisitionCette perquisition est une mise en danger majeure de nos sources. C’est une situation extravagante. Le procureur n’a pas exclu de revenir avec un mandat du juge des libertés et de la détention, qui rendrait la perquisition coercitive », a expliqué Fabrice Arfi, journaliste chez Mediapart, lors d’une conférence de presse ce lundi.

Le « zèle inédit » du procureur

Mediapart en profite également pour rappeler que l’Élysée était intervenu lors de la nomination de Rémy Heitz, comme le raconte un article du JDD en octobre dernier, au moment où le nouveau procureur de Paris a succédé à François Molins.

L’hebdomadaire affirme par ailleurs que les raisons de la tentative de perquisition reposent « sur du sable » et condamne le « zèle inédit » du procureur de la République de Paris.