Procès du 13-Novembre : l’audience renvoyée à mardi, une contre-expertise médicale de Salah Abdeslam demandée

Croquis d'audience du 2 novembre 2021 montrant Salah Abdeslam au procès des attentats du 13-Novembre devant la cour d'assises spéciale à Paris - AFP/Archives

Le seul survivant du commando des attentats du 13-Novembre et principal accusé, Salah Abdelsam, avait été déclaré « apte » à comparaître, mais il a été testé positif au Covid-19. Ses avocats ont réclamé une contre-expertise.

Le procès des attentats du 13-Novembre a repris jeudi de façon chaotique pour être finalement renvoyé de nouveau à mardi, le temps de soumettre le principal accusé, Salah Abdeslam, toujours positif au Covid-19, à une contre-expertise médicale.

Après trois heures de délibéré, le président de la cour d’assises spéciale de Paris, Jean-Louis Périès, a décidé de faire droit à la demande des avocats de Salah Abdeslam, qui avait été déclaré « apte » à comparaître par un premier médecin, malgré l’absence d’un test négatif. L’audience reprendra mardi, « sous réserve » du résultat de la contre-expertise confiée à deux médecins, chargés de remettre leur rapport « au plus tard le 10 janvier ».

Le principal accusé du procès du 13-Novembre était présent à l’audience pour la première fois depuis le 25 novembre. Deux expertises médicales effectuées lundi et mercredi à la demande de la cour ont conclu que le seul membre encore en vie des commandos jihadistes ayant fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015 était « apte » à comparaître. Mais, pour la défense de Salah Abdeslam et plusieurs avocats des parties civiles ces deux expertises ne règlent rien.

Le premier rapport d’expertise conditionnait la reprise de l’audience à « la négativité » du test PCR de Salah Abdeslam.

Contagiosité

Le second rapport, réalisé par le même médecin, estime toujours que M. Abdeslam est « apte » à comparaître mais note qu’il est toujours positif même si c’est « à un titre très faible ». Lors des débats jeudi, de nombreux avocats se sont inquiétés de la contagiosité de Salah Abdeslam, et du risque de créer un « cluster » au sein de la cour d’assises, sans fenêtre, où les accusés sont assis à moins d’un mètre les uns des autres.

Les deux premiers tests « sont d’une fumisterie totale », s’est emporté Me Martin Vettes, l’un des avocats de Salah Abdeslam, « à quarante-huit heures d’intervalle, l’expert dit tout et son contraire ». « L’objet de ce procès n’est pas de tenir un calendrier d’audience mais de juger les accusés de façon équitable, qu’ils soient à même de se défendre au mieux. Tel n’est pas le cas aujourd’hui de M. Abdeslam », a insisté Me Vettes. Salah Abdeslam, qui a refusé de se faire vacciner « pour des raisons personnelles », a été testé positif au Covid-19 le 27 décembre, pendant la suspension du procès.

« L’affection de M. Abdeslam ne semble ni mortelle, ni difficile à vivre », a estimé Me Jean Reinhart, un avocat des parties civiles. Alors que l’avocat poursuit sur les avantages de la vaccination, un des accusés l’interrompt : « que nous soyons vaccinés ou pas, c’est pas tes affaires ! »

« Décaler l’audience »

Sur les bancs des parties civiles, tous les avocats ne partagent pas la conviction de Me Reinhart. « Il y a quelqu’un dans le box qui est positif », rappelle Me Matthieu Chirez avant de s’alarmer d’éventuelles « contaminations en cascade ». L’avocate générale Camille Hennetier s’agace. « Il n’y a pas de risques (de contamination) car ses dix jours d’isolement sont largement expirés. On est à J+15 de l’apparition des symptômes », dit-elle en rejetant catégoriquement la demande de contre-expertise. « Subordonner la reprise de l’audience à un PCR négatif de Salah Abdeslam reviendrait à prendre le risque de repousser le procès de plusieurs semaines », a-t-elle mis en garde.

A sa suite, Me Marie Violleau, l’une des avocates de la défense, souligne : « Je crois que décaler cette audience de quelques jours pour préserver la santé de tout le monde, ce n’est pas inimaginable ».

« N’importe lequel d’entre nous peut être atteint dans des considérations extrêmement graves par cette maladie. Moi, si quelqu’un tousse un peu trop fort, je m’éloigne, j’ai ma liberté, même de ne pas venir. Ces hommes (dans le box) n’ont aucune liberté », soutient également Me Christian Saint-Palais.

Au terme de près de quatre mois d’audience, le procès doit entrer dans une nouvelle phase, celle de l’interrogatoire sur le fond du dossier des 14 accusés présents (six autres, donc cinq présumés morts, sont jugés en leur absence). En cas de reprise mardi, le premier à être interrogé par la cour sera Mohamed Abrini, ami d’enfance de Salah Abdeslam.