Prostituée à 10 ans, elle dénonce ses exploiteurs et permet le démantèlement d’un réseau


Illustration. (shutterstock)

Une petite Nigériane de 10 ans qui était forcée de se prostituer en France a trouvé le courage d’aller dénoncer à la police ses exploiteurs. Le procès de ces six personnes a débuté ce lundi devant la cour d’assises de Paris.

En quittant le Nigeria, une petite fille de 9 ans que nous appellerons Esther, pensait avoir une toute autre vie. C’est en tout cas ce qu’on lui avait promis. Esther rendait service dans un salon de coiffure dans son pays. A la mort de ses parents, l’une des clientes du salon lui a proposé de rejoindre sa fille qui vit en France, afin qu’elle travaille dans la coiffure raconte Le Parisien.

Une proposition qu’Esther a accepté. Au cours d’un voyage de tous les dangers pour rejoindre la France, la petite fille raconte qu’elle a failli être violée en Libye. Elle est finalement arrivée dans l’hexagone en 2014. Un véritable cauchemar a alors débuté pour elle.

Une « séance » pour la forcer à rembourser 40 000 euros

Esther s’est rapidement retrouvée intégrée dans un réseau de prostitution nigérian. Avant qu’elle quitte son pays, elle avait été soumise à une séance de « juju », une cérémonie « religieuse » durant laquelle la jeune fille est recouverte de poudre noire, dénudée, et contrainte de manger le foie d’un poulain et de boire de l’alcool relate le quotidien.

Le but de cette séance ? Menacer la victime des pires malheurs si elle venait à ne pas rembourser le prix de son voyage, fixé à 40 000 euros pour Esther.


Contrainte de verser des centaines d’euros par jour

En France, la petite fille devait verser 600 euros à « Queen » (1000 euros le dimanche), la cliente du salon de coiffure qui l’a faite venir en France. Forcée de se prostituer, Esther faisait une vingtaine de passes par jour au Bois de Vincennes ainsi que dans la rue Saint-Denis, dans le centre de Paris. De plus, elle devait verser 650 euros par mois pour être hébergée dans une maison à Goussainville (Val-d’Oise) avec trois autres filles dans la même situation qu’elle.

Elle était frappée à coups de ceinture en cas de non-paiement. A la juge d’instruction, elle a raconté avoir fait « beaucoup d’argent » parce-qu’elle est « très jeune », ajoutant qu’elle était très sollicitée par les clients.

Six accusés dont trois femmes jugées pour traite d’être humain en bande organisée

« Queen » a été interpellée en janvier 2016 après le signalement d’Esther. La mise en cause a minimisé sa responsabilité et a demandé pardon à la petite fille durant une confrontation, face aux enquêteurs. « Queen » est une prostituée qui a subi la même chose étant plus jeune selon son avocate Me Stéphanie Le Roy. Elle continuait à rembourser sa dette lorsqu’elle a été arrêtée.

Les six accusés, soupçonnés d’avoir participé à ce double réseau de prostitution, actif en Île-de-France, à Rouen et à Lille, sont jugés depuis ce lundi par la cour d’assises de Paris. Trois femmes dont « Queen », sont jugées pour traite d’être humain en bande organisée et risquent jusqu’à 20 ans de prison. Les enquêteurs ont recensé une dizaine de victimes.

Esther quant à elle a été placée dans une famille d’accueil et présente des symptômes post-traumatiques à caractère sexuel selon l’expert psychologue qui l’a examinée.