Le mardi 21 avril 2026 à 21:58
Emmanuel Macron a remis ce mardi 21 avril à l'Élysée les insignes de la Légion d'honneur à 61 récipiendaires, dont 59 membres des forces de l'ordre intervenus au Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015. Les policiers décorés, issus des colonnes d'assaut Alpha et Bravo, appartiennent à la Préfecture de police, à la Brigade de Recherche et d'Intervention (BRI), à la Brigade d'Intervention (BI), au RAID et à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Deux présidents d'associations de victimes ont également été distingués : Arthur Dénouveaux (Life for Paris) et Philippe Duperron (13Onze15). La cérémonie concrétise l'annonce faite par Emmanuel Macron le 13 novembre 2025, lors des commémorations des dix ans des attentats.
"Dix ans après les attentats les plus meurtriers que notre pays ait connus, Paris se souvient, la France se souvient. À toutes les victimes et les familles, la nation demeure fidèle", a déclaré le chef de l'État en ouverture de son discours. Emmanuel Macron a souligné que "dans notre mémoire collective, le Bataclan occupe une place singulière" et que "la nation se devait aujourd'hui d'honorer les siens".
«Les policiers ont fait face à la violence de guerre»
Le président de la République a rendu hommage au courage des forces de l'ordre intervenues cette nuit-là. "Cette nuit-là, dans l'obscurité absolue, quelque chose de plus fort que la peur s'est levé pendant que la terreur frappait : des femmes et des hommes ont fait le choix d'agir, de sauver, de protéger", a-t-il affirmé. Évoquant l'intervention, Emmanuel Macron a rappelé que "les policiers ont fait face à la violence de guerre", saluant l'action conjointe des unités : "BRI en tête, RAID en appui. Ils ont progressé sous le feu des terroristes. Il en a fallu du courage."Le chef de l'État a également insisté : "Chaque pas était un risque, chaque porte une menace, chaque seconde une décision et pourtant, ils ont progressé sous le feu des terroristes. Il en a fallu du courage, celui de tous ceux qui ont fait leur devoir sans bruit, sans reculer."
Les 61 récipiendaires ont été accueillis sous les applaudissements et la musique "Shooting Stars", chantée en novembre par des rescapés et familles de victimes du 13-Novembre. Emmanuel Macron a attribué notamment trois grades d'officier et un grade de commandeur, le plus haut de l'ordre de la Légion d'honneur. Beaucoup des fonctionnaires décorés étaient masqués pour préserver leur anonymat. "Aujourd'hui, nous rendons hommage aux partisans de la vie. Chacun, à sa place, a contribué à ce que la France ne vacille pas, à ce que la France tienne. Et la France a tenu droite et digne", a salué Emmanuel Macron.
"Ceux qui nous haïssaient n'ont pas eu le dernier mot. Les terroristes du 13 novembre ont été terrassés sur le moment par la force, mais sur le long cours par la force d'âme qui anime celles et ceux qui savent que la cause qu'ils défendent est la plus juste des causes, celle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Celle de la République française", a déclaré Emmanuel Macron. "Nous n'oublions aucun lieu, aucun visage, aucune histoire brisée", a-t-il poursuivi.
Le président de la République a par ailleurs annoncé sa présence à Nice le 14 juillet prochain, à l'occasion du 10e anniversaire de l'attentat qui a tué 86 personnes, "pour continuer à porter cette exigence de mémoire et de reconnaissance".
Pour remettre les décorations suivantes, le président a été rejoint par le Premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le garde des Sceaux Gérald Darmanin. Étaient également présents les responsables politiques en fonction au moment des attentats : l'ancien président François Hollande, les ex-Premiers ministres Manuel Valls et Bernard Cazeneuve - qui se trouvait à Beauvau lors des attentats -, l'ancienne maire de Paris Anne Hidalgo et l'ex-préfet de police de Paris Michel Cadot. Emmanuel Macron a salué le "sang-froid" et le "courage" de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.
Aux valeureux, la France à jamais reconnaissante. pic.twitter.com/8RV7Mupz5z
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 21, 2026
Le témoignage d'un membre du RAID
Parmi les nouveaux décorés figure le brigadier-chef Joe, membre de l'unité du RAID intervenue au Bataclan ce soir-là. "J'étais au fusil, donc c'était protéger toute la colonne qui progressait tout le long de la piste, du moins jusqu'à la scène - donc se rapprocher au plus près de la crise", a-t-il raconté aux journalistes, décrivant un "cauchemar". La Légion d'honneur représente pour lui "un immense honneur et une grande fierté". "Ça fait vraiment plaisir pour nous, pour le service, la famille qui nous encourage", a-t-il ajouté, ému.
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La BAC 75N, grande absente de la cérémonie
Plusieurs policiers de la brigade anticriminalité parisienne de nuit (BAC 75N), les premiers à être entrés dans le Bataclan assiégé ce soir-là et se considérant depuis comme des "oubliés", ne figurent pas parmi les décorés. Une vingtaine de fonctionnaires de cette unité étaient pourtant pénétrés dans la salle de spectacle alors que les terroristes s'y trouvaient encore. "Ils devront être pleinement reconnus, comme je l'ai demandé au ministre de l'Intérieur cet automne, et je sais qu'ils y travaillent. Je souhaite que cela soit fait dans l'année", a déclaré Emmanuel Macron lors de son discours. Le chef de l'État a également rappelé : "Des hommes et des femmes ont fait le choix de servir, de soigner, de protéger. Tous ne sont pas décorés. Et pourtant, tous ont participé à cette réponse collective."
— Élysée (@Elysee) April 21, 2026
Interrogé par franceinfo, le ministère de l'Intérieur a récemment indiqué que les dossiers de ces policiers étaient "toujours en cours d'examen". Des travaux sont actuellement menés, à la demande du chef de l'État, pour intégrer ces fonctionnaires dans de futures promotions dans les ordres nationaux.
La colère des syndicats Alliance et Un1té
Contacté par Actu17 la semaine dernière, Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale, a élargi le champ des fonctionnaires à reconnaître. "On ne peut que se satisfaire de la remise de la Légion d'honneur aux policiers de la BRI et du RAID, avec le bémol qu'il aura fallu attendre 10 ans", a-t-il indiqué. "Toutefois, d'autres policiers ont pénétré dans l'enceinte du Bataclan afin de porter secours alors que les terroristes n'étaient pas encore maîtrisés ; je pense notamment à certains de la BAC 75N mais pas seulement. En effet, d'autres policiers, principalement de la DSPAP, sont eux aussi rentrés dans cet établissement dans les mêmes conditions."Le responsable syndical a également évoqué le cas des policiers de la BAC 94N et d'autres fonctionnaires de la Préfecture de police qui, aux abords de la salle de spectacle, avaient été directement sous le feu des terroristes. Le rapport de la commission d'enquête parlementaire dirigée par Georges Fenech détaille ces faits.
De son côté, Reda Belhaj, porte-parole en Île-de-France du syndicat Un1té, a dénoncé un oubli massif. "Ces attentats ont marqué la France, ont marqué des victimes civiles et ont marqué mes collègues. Certains d'entre eux ont risqué leur vie ou en ont sauvé de nombreuses, et malheureusement aujourd'hui ont été oubliés", a-t-il déploré auprès d'Actu17. "Jusqu'au plus haut sommet de l'État, des engagements ont été pris lors des cérémonies de commémoration. Et pourtant aujourd'hui, on peut constater que malgré nos saisines répétitives, rien que sur la sous-direction des services spécialisés, plus d'une quarantaine de collègues ont été oubliés."Le porte-parole a rappelé que "la Légion d'honneur pour ces collègues est un combat qu'on mène depuis 10 ans et que nous ne lâcherons pas".
Pour rappel, les attaques du 13 novembre 2015 avaient fait 132 morts - en comptant les deux rescapés dont le suicide a été reconnu comme lié aux attentats - et plusieurs centaines de blessés. Ce soir-là, des commandos agissant pour le compte de l'État islamique (EI) ont frappé simultanément aux abords du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sur plusieurs terrasses de bars et restaurants parisiens, ainsi qu'à l'intérieur de la salle de concert du Bataclan.