13-Novembre : Les policiers de la BAC 75N privés de Légion d'honneur, colère des syndicats de police

Alors qu'une cérémonie de remise de la Légion d'honneur aux policiers de la BRI et du RAID se tiendra mardi 21 avril à l'Élysée, les fonctionnaires de la BAC 75N, également entrés dans la salle de spectacle le soir du 13 novembre 2015, ne figureront pas parmi les décorés. Les syndicats Alliance Police Nationale et Un1té dénoncent un oubli et réclament une reconnaissance élargie.
13-Novembre : Les policiers de la BAC 75N privés de Légion d'honneur, colère des syndicats de police
Le Bataclan lors de l'hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre, le 13 novembre 2025. (Vernerie Yann / Shutterstock)
Par Actu17
Le vendredi 17 avril 2026 à 21:15 - MAJ vendredi 17 avril 2026 à 21:27

Les policiers intervenus dans le Bataclan le soir du 13 novembre 2015 seront décorés de la Légion d'honneur lors d'une cérémonie organisée mardi 21 avril à l'Élysée, a-t-on appris. Si les fonctionnaires des colonnes d'assaut Alpha et Bravo, issues de la BRI et du RAID, figureront parmi les récipiendaires, les policiers de la brigade anticriminalité parisienne de nuit (BAC 75N), pourtant entrés dans la salle de spectacle alors que les terroristes étaient encore présents, ne seront pas décorés à cette occasion. Une situation qui suscite la colère des syndicats Alliance Police Nationale et Un1té, qui dénoncent un oubli persistant de l'État.

La cérémonie du 21 avril concrétise l'annonce faite par Emmanuel Macron le 13 novembre 2025, lors des commémorations des dix ans des attentats. Arthur Dénouveaux, président de l'association des victimes "Life for Paris", sera lui aussi décoré de la Légion d'honneur à cette occasion.

En revanche, les policiers de la BAC 75N "ne seront effectivement pas décorés à ce moment-là", a indiqué le ministère de l'Intérieur à franceinfo. "Leurs dossiers sont toujours en cours d'examen au ministère de l'Intérieur", précise la place Beauvau. Sollicité le 1er avril sur ce sujet, l'entourage du ministre de l'Intérieur avait assuré que Laurent Nuñez "avait toujours considéré" que les policiers intervenus le soir du Bataclan "méritaient d'être récompensés". Des travaux sont actuellement menés, à la demande d'Emmanuel Macron, pour intégrer ces fonctionnaires dans de futures promotions dans les ordres nationaux.

«On nous méprise, il y a une grosse colère»

Une vingtaine de policiers de la BAC 75N étaient entrés dans le Bataclan le soir du 13 novembre 2015, alors que les terroristes se trouvaient toujours à l'intérieur de la salle de spectacle. Parmi eux, Alain Giraud, ancien brigadier-chef aujourd'hui retraité, a dénoncé au micro de RTL le 31 mars dernier l'indifférence de l'État et un manque de reconnaissance envers les fonctionnaires intervenus ce soir-là. "On est quand même resté cinq heures sur place et dont une heure et demie dans le Bataclan", a-t-il rappelé, précisant que "les terroristes étaient à l'étage à une quinzaine de mètres" de leur position. "Quand vous avez des acteurs et des chanteurs qui ont cette décoration, ça me met un peu en colère. On nous méprise. Il y a une grosse colère".

Alliance demande une reconnaissance élargie

Contacté par Actu17, Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale, estime que la cérémonie du 21 avril ne saurait se limiter aux seules unités d'élite. "On ne peut que se satisfaire de la remise de la Légion d'honneur aux policiers de la BRI et du RAID, avec le bémol qu'il aura fallu attendre 10 ans", indique-t-il. "Toutefois, d'autres policiers ont pénétré dans l'enceinte du Bataclan afin de porter secours alors que les terroristes n'étaient pas encore maîtrisés ; je pense notamment à certains de la BAC 75N mais pas seulement. En effet, d'autres policiers, principalement de la DSPAP, sont eux aussi rentrés dans cet établissement dans les mêmes conditions."

Le secrétaire général adjoint d'Alliance élargit également le champ des fonctionnaires à reconnaître : "Sans oublier les policiers de la BAC 94N - et d'autres de la Préfecture de police - qui, aux abords de la salle de spectacle, ont été directement sous le feu des terroristes, en ripostant pour certains d'entre eux aux tirs des assaillants. Le rapport de la commission d'enquête parlementaire dirigée par Georges Fenech est très détaillé sur ces faits, il ne s'agit pas d'une lubie syndicale. Il nous apparaît évident que tous ceux-là méritent également une distinction qui honore leurs actions et bravoures à hauteur de leur engagement et des risques encourus."

Loïc Travers pointe également des inégalités de traitement : "Les récompenses honorifiques, financières, en lien avec la progression de carrière sont souvent un sujet quand une action d'éclat est réalisée. Il n'y a pas forcément le même traitement entre Police nationale et Gendarmerie nationale, mais aussi entre policiers selon leur service d'affectation en Île-de-France ou en province… Une part de subjectivité nuit à une équité parfaite entre collègues."Le syndicat a d'ailleurs saisi par écrit le ministre de l'Intérieur à ce sujet. "Si nous avons conscience que leur identification par l'administration demande un peu de temps, il nous paraîtrait inacceptable qu'ils doivent patienter encore longtemps. L'administration doit maintenant travailler rapidement sur ce sujet, afin que tous ces policiers puissent être enfin clairement reconnus par la nation", conclut-il.

Un1té évoque «une quarantaine de collègues» oubliés

De son côté, Reda Belhaj, porte-parole en Île-de-France du syndicat Un1té, dénonce également un oubli massif. "Ces attentats ont marqué la France, ont marqué des victimes civiles et ont marqué mes collègues. Certains d'entre eux ont risqué leur vie ou en ont sauvé de nombreuses, et malheureusement aujourd'hui ont été oubliés", déplore-t-il auprès d'Actu17. "Jusqu'au plus haut sommet de l'État, des engagements ont été pris lors des cérémonies de commémoration. Et pourtant aujourd'hui, on peut constater que malgré nos saisines répétitives, rien que sur la sous-direction des services spécialisés, plus d'une quarantaine de collègues ont été oubliés. Sans compter de nombreux collègues issus de diverses unités spécialisées", ajoute le porte-parole, rappelant que "la Légion d'honneur pour ces collègues est un combat qu'on mène depuis 10 ans et que nous ne lâcherons pas".