Le mercredi 1 avril 2026 à 01:28
Alain Giraud fait partie de la vingtaine de policiers de la brigade anticriminalité parisienne de nuit (BAC 75N) à être entrés dans le Bataclan le soir du 13 novembre 2015, alors que les terroristes étaient encore présents à l'intérieur de la salle de spectacle. Aujourd'hui retraité, il dénonce au micro de RTL l'indifférence de l'État et un manque de reconnaissance envers les fonctionnaires intervenus ce soir-là. Plus de dix ans après les faits, l'ancien brigadier-chef déplore notamment ne pas avoir reçu la Légion d'honneur, pourtant promise par Emmanuel Macron.
"Ca a été écrit noir sur blanc", explique-t-il. "J'ai demandé quels étaient les critères. Je les attends toujours."Alain Giraud évoque également la médaille de la ville de Paris, pour laquelle il attend toujours un accord du ministère de l'Intérieur. "On est quand même resté cinq heures sur place et dont une heure et demie dans le Bataclan", rappelle-t-il, précisant que "les terroristes étaient à l'étage à une quinzaine de mètres" de leur position. "Quand vous avez des acteurs et des chanteurs qui ont cette décoration, ça me met un peu en colère. On nous méprise. Il y a une grosse colère", confie le policier retraité.
«Une heure et demie dans le Bataclan»
En novembre 2025, à l'occasion des commémorations des dix ans des attentats, Alain Giraud était déjà revenu sur cette intervention au micro d'Ici. Il racontait alors le moment où un commissaire, déjà intervenu à deux reprises, s'était adressé aux fonctionnaires avant leur entrée dans la salle : "Les gars, de l'autre côté, c'est un carnage. Ceux qui veulent y aller y vont. Ceux qui ne veulent pas, je ne leur en tiendrai pas rigueur."L'ancien policier de la BAC décrivait ensuite la scène découverte à l'intérieur du Bataclan : "Au niveau visuel et odeurs, c'est : poudre, sang, sueur, alcool... Des personnes, des morceaux de personnes, sans savoir qui c'était, à qui c'était. Il y a des téléphones qui se lèvent, on entend des gens qui appellent au secours. Mais peu de temps après, le téléphone que je voyais se lever ne se lève plus."
Il décrivait alors les allers-retours effectués pour évacuer les blessés, entre la fosse et le sas d'entrée, jusqu'à l'arrivée de la BRI, venue prendre le relais pour aller au contact des terroristes.
«Totalement évincés du récit officiel»
Alain Giraud estime que l'intervention de la BAC 75N a été totalement effacée du récit officiel. "Personne ne parle de nous, personne. Même les autorités ne parlent pas de nous. On n'était même pas invités à la commission par le porteur d'enquête, on n'a pas été invité à la cérémonie officielle aux Invalides. On a été totalement évincés du récit officiel", déplorait-il. Lors des commémorations du 13 novembre 2025, il avait été convié par la mairie de Paris, mais pas par le ministère de l'Intérieur.
Sollicité par RTL, l'entourage du ministre de l'Intérieur assure que "le ministre de l'Intérieur a toujours considéré que les policiers intervenus le soir du Bataclan méritaient d'être récompensés". Des travaux sont actuellement menés, à la demande du chef de l'État, pour intégrer ces fonctionnaires dans de futures promotions dans les ordres nationaux.
Le 13 novembre 2015, trois commandos terroristes ont frappé simultanément les abords du Stade de France, plusieurs terrasses parisiennes et le Bataclan. Les attentats ont fait 132 morts et plus de 400 blessés.