Le samedi 6 juin 2026 à 10:56 - MAJ samedi 6 juin 2026 à 11:23
Bernadette Chirac, ancienne Première dame de France et veuve de l'ancien président de la République Jacques Chirac, est morte ce samedi 6 juin 2026 à l'âge de 93 ans. Sa fille, Claude Chirac, a annoncé le décès à l'Agence-France-Presse. Élue de la Corrèze pendant plus de trois décennies, présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et figure d'une droite catholique et conservatrice, elle a accompagné toute la carrière de son mari, dont elle disait avoir été le "point fixe".
Née Bernadette Chodron de Courcel le 18 mai 1933 dans le XVIe arrondissement de Paris, elle a grandi dans un milieu aisé. Du côté de son père, sa famille comptait officiers, industriels et diplomates, et avait été anoblie sous Napoléon III. Son oncle, Geoffroy Chodron de Courcel, avait rejoint le général de Gaulle dès Londres, en 1940, avant de prendre la tête du secrétariat général de l'Élysée en 1959. Mobilisé puis capturé, son père a été détenu outre-Rhin, et leurs retrouvailles n'ont eu lieu qu'au retour de la paix. Pendant le conflit, elle a trouvé refuge avec sa mère au château de Coudène, dans le Lot-et-Garonne, puis au château de Marcault, dans le Loiret.
En octobre 1951, après une scolarité suivie dans l'enseignement catholique, elle est entrée à l'Institut d'études politiques de Paris, rue Saint-Guillaume. C'est là qu'elle a rencontré Jacques Chirac, à qui elle prêtait main-forte en rédigeant ses fiches de cours et dont elle est rapidement tombée amoureuse. Le couple s'est marié en mars 1956 à la mairie du VIe arrondissement, puis à l'église Sainte-Clotilde. Quinze jours plus tard, le jeune marié est parti effectuer son service militaire en Algérie, comme sous-lieutenant près de Tlemcen. Leur fille aînée, Laurence, est née en 1958, et leur cadette, Claude, en 1962.
Trente-six ans d'élue en Corrèze
Alors que Jacques Chirac s'est lancé en politique dans le sillage de Georges Pompidou, son épouse a pris pied dans le fief familial de Corrèze. Le couple s'est installé au château de Bity, à Sarran (Corrèze). En 1971, elle a été élue conseillère municipale de la commune, avant de devenir, en 1979, conseillère générale du canton, un mandat qu'elle a conservé sans interruption pendant trente-six ans. Cette vie d'élue locale, faite de milliers de kilomètres au volant et d'innombrables inaugurations, lui a donné une assise et une indépendance personnelles. Elle a notamment fait venir Hillary Clinton en Corrèze en 1998.
Le drame de Laurence, moteur de son engagement
La maladie de sa fille aînée a profondément marqué sa vie. Atteinte d'une méningite à l'adolescence, Laurence Chirac a développé une "anorexie mentale très grave", selon les mots de sa mère, et a traversé de longues années de dépression. Elle est morte en avril 2016, à 58 ans, d'un arrêt cardiaque. "Pour une mère, c'est effroyable", avait confié Bernadette Chirac. Ce drame familial a nourri son engagement caritatif. En 1994, à la veille de la campagne présidentielle, elle a accepté la présidence de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, à l'origine de l'opération Pièces jaunes, destinée à améliorer le quotidien des enfants hospitalisés. En 2004, elle a inauguré la Maison de Solenn, à Paris. Vingt-cinq années durant, jusqu'en 2016, son passage au 20 heures de TF1 au mois de janvier est devenu un rendez-vous immanquable, consacré à ces causes.
À l'Élysée, une franchise qui séduit
Après dix-huit ans passés à la mairie de Paris à partir de 1977, le clan Chirac a accédé à l'Élysée en 1995, après deux échecs présidentiels. Catholique pratiquante, opposée au PACS, attachée à un certain classicisme, Bernadette Chirac a longtemps prêté le flanc à la caricature : moquée par Les Guignols de l'info, elle se comparait volontiers à une tortue, image dans laquelle elle aimait se reconnaître. C'est pourtant sa franchise qui a fini par conquérir l'opinion, bien au-delà de la droite. La publication de Conversation, livre d'entretiens cosigné avec le journaliste Patrick de Carolis et paru chez Plon en 2001, s'est écoulée à environ 300 000 exemplaires. "Que voulez-vous, je n'aime pas être écrasée", y résumait-elle.
Femme de caractère, elle ne cachait pas ses jugements sur l'entourage de son mari : elle avait surnommé Dominique de Villepin "Néron" et s'était opposée à la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997. Elle avait également alerté son mari sur la progression du Front national. C'est elle, enfin, qui a organisé la réconciliation avec Nicolas Sarkozy, dont elle se méfiait pourtant — "il a planté son couteau une fois, il le refera", avait-elle prédit. En 2009, c'est ce dernier qui lui a remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur.
Le dernier rôle, dans l'ombre de son mari
À mesure que son mari se retirait de la scène, elle a occupé le terrain. "Mon mari ne fait plus de politique, mais moi, oui", aimait-elle répéter. Lors du procès des emplois fictifs de la Ville de Paris, c'est elle qui a piloté la défense : elle a arrêté le choix de l'avocat, puis fait transmettre à la justice le certificat médical qui a scellé le retrait de Jacques Chirac de la vie publique. En 2012, alors que son époux affaibli avait laissé entendre qu'il voterait pour François Hollande, c'est elle qui s'est rendue aux urnes, en Corrèze, pour voter en faveur de Nicolas Sarkozy.
Sa dernière apparition publique a eu lieu le 8 juin 2018 à Brive, où une artère a été rebaptisée "avenue Jacques-et-Bernadette-Chirac". Diminuée et installée dans un fauteuil roulant, elle avait alors rayonné. Après la mort de Jacques Chirac, le 26 septembre 2019, elle s'était retirée du regard public, assistant à la messe privée célébrée à la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides sans paraître aux obsèques publiques de Saint-Sulpice.
L'hommage d'Emmanuel Macron
De nombreuses réactions ont suivi l'annonce du décès. Sur le réseau social X, le président de la République, Emmanuel Macron, a salué une Première dame qui a "marqué notre Histoire aux côtés du président Jacques Chirac", ainsi que la vie de la Corrèze, où elle était élue, et "le destin de millions de malades anonymes", par son engagement en faveur des hôpitaux. "Une grande dame de cœur s'en va", a écrit le chef de l'État, assurant la famille et les proches de l'ancienne Première dame du soutien de la Nation.
Mon épouse et moi avons appris avec beaucoup de tristesse la disparition de Bernadette Chirac.
Première dame, elle a marqué notre Histoire aux côtés du président Jacques Chirac, la vie de la Corrèze où elle était élue, le destin de millions de malades anonymes aussi,… pic.twitter.com/cMC0BXZyLq
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) June 6, 2026