Émeutes, Gilets jaunes, Stade de France : sept ministres de l'Intérieur racontent Beauvau en pleine crise

Sept ministres de l'Intérieur, de Nicolas Sarkozy à Laurent Nuñez, reviennent sur les crises qu'ils ont eu à gérer depuis la place Beauvau. Le réalisateur Guillaume Farde a répondu aux questions d'Actu17.
Émeutes, Gilets jaunes, Stade de France : sept ministres de l'Intérieur racontent Beauvau en pleine crise
L'entrée du ministère de l'Intérieur à Paris. (Illustration / Petr Kovalenkov / shutterstock)
Par La Rédaction
Le vendredi 18 septembre 2026 à 11:39

Le premier volet du documentaire "Dans l'enfer de Beauvau, face à la colère de la rue" est diffusé ce vendredi 18 septembre à 21 heures sur LCI. Première partie d'un documentaire en deux volets, signé Guillaume Farde et Camila Campusano, sur une idée originale de Guillaume Farde, il repose sur un parti pris inédit : faire raconter la place Beauvau par ceux qui l'ont dirigée, et par eux seuls. Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Christophe Castaner, Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et Laurent Nuñez, l'actuel ministre de l'Intérieur, y reviennent sur vingt-cinq années de crises sécuritaires françaises.

Ce premier volet de 52 minutes revient sur les émeutes urbaines de 2005, le mouvement des Gilets jaunes, les violences survenues autour de la finale de la Ligue des champions au Stade de France en 2022, les émeutes de 2023 et les débordements qui ont suivi la victoire du Paris Saint-Germain en 2025. À chaque fois, les événements sont racontés depuis le ministère : ce que sait le ministre, ce qu'il ignore encore, les informations parfois fragmentaires qui remontent jusqu'à lui et les arbitrages qu'il doit rendre alors que la situation évolue de minute en minute. Gérald Darmanin y exprime ses regrets sur le Stade de France, tandis que Christophe Castaner porte un regard critique sur sa sortie au Noto, à la veille d'une manifestation des Gilets jaunes. Tourné au ministère de l'Intérieur et nourri des archives de TF1, le documentaire est raconté par la voix de Bertrand Coq.

«Tout remonte, surtout les mauvaises nouvelles»

Reste le titre, et ce mot d'"enfer". "Le mot enfer traduit l'intensité de ce que peut devenir la fonction de ministre de l'Intérieur, en permanence sous tension", explique Guillaume Farde, qui cite une formule de Bernard Cazeneuve : "Ce n'est jamais le ministère de l'ennui mais toujours celui des ennuis. Tout remonte, surtout les mauvaises nouvelles."Et lorsque la crise éclate, tout converge vers une seule adresse. "Beauvau a ceci de particulier que lorsqu'une manifestation dégénère, que des émeutes éclatent ou qu'un attentat frappe le pays, tout converge vers le ministre. Il y a alors la pression politique, la pression médiatique, le stress, la fatigue, les nuits sans sommeil. Et il y a la confrontation à la violence et à la mort. C'est cette réalité humaine que le mot enfer cherche à traduire."

Dans le documentaire, les ministres interrogés ne racontent pas seulement leurs décisions, mais aussi leurs doutes, leurs erreurs et parfois leurs regrets. Une parole que le réalisateur explique d'abord par sa proximité avec eux. "À l'exception du président Nicolas Sarkozy, je connais personnellement tous les ministres que j'ai interrogés. Je les ai connus lorsqu'ils étaient en fonction et, après leur départ de Beauvau, j'ai conservé avec chacun d'eux un lien, plus ou moins proche selon les cas, mais un lien réel", détaille Guillaume Farde, évoquant une relation de confiance différente de celle qu'ils peuvent entretenir avec un journaliste politique. Il précise leur avoir exposé son parti pris en amont : pas d'experts, pas de commentateurs, et aucun jugement a posteriori. "Je n'étais pas là pour les juger a posteriori, ni pour distribuer les bons et les mauvais points. Je voulais recueillir leur expérience et comprendre ce qu'ils avaient vécu."

Le consultant police/justice de TF1/LCI dit avoir pris le temps, en les interrogeant sur ce qu'ils savaient à un instant précis, sur les raisons d'une décision, sur ce qu'ils avaient ressenti, ou encore sur ce qu'ils referaient aujourd'hui. "C'est souvent à ce moment-là que l'on sortait du témoignage politique pour entrer dans quelque chose de beaucoup plus personnel."

L'entretien avec Nicolas Sarkozy constitue l'un des temps forts du documentaire. L'ancien président de la République et ancien ministre de l'Intérieur a accordé à Guillaume Farde une heure et demie d'échange. "La relation s'est construite différemment, au cours de l'entretien", précise ce dernier, estimant que cette durée a permis "d'aller très loin dans son expérience de Beauvau".

«Cette personne doit décider et assumer»

De ces sept témoignages, Guillaume Farde, également chercheur associé au CEVIPOF, retient surtout la solitude du ministre au moment de décider. "On imagine Beauvau comme une formidable machine d'État. Et c'est vrai : il y a les préfets, la police, la gendarmerie, les services de renseignement, l'administration, les cabinets... Une quantité considérable d'informations et d'expertises remontent vers le ministre. Mais il arrive un moment où toute cette chaîne institutionnelle aboutit à une seule personne. Et cette personne doit décider et assumer", souligne-t-il. Une décision qui doit parfois être prise en quelques minutes, avec des éléments incomplets et des conséquences considérables. "C'est quelque chose que l'on perçoit beaucoup mieux lorsque l'on écoute successivement sept personnes qui ont occupé ce même fauteuil."

Le réalisateur a également été frappé par la précision de leurs souvenirs, des années après les faits. "Ils peuvent se rappeler une nuit, un appel téléphonique, un lieu, une décision et parfois une victime. On sent que certaines crises continuent de les habiter longtemps après leur départ du ministère."Malgré les différences de génération, de personnalité et de sensibilité politique, il dit avoir retrouvé chez ces sept ministres un point commun : l'expérience du poids extrêmement personnel de cette fonction. "On peut quitter la place Beauvau, mais je crois qu'on ne quitte jamais complètement Beauvau."

Un second volet de 52 minutes, intitulé "Face à la menace terroriste" et diffusé ultérieurement, complétera ce documentaire. Les ministres y reviennent notamment sur l'assassinat du préfet Claude Érignac et la traque d'Yvan Colonna, les attentats de 2015, celui de Strasbourg en 2018, l'assassinat de Samuel Paty en 2020, la menace ayant pesé sur les Jeux olympiques de Paris 2024 et l'attaque de Mulhouse (Haut-Rhin) en 2025.

"Dans l'enfer de Beauvau, face à la colère de la rue", est diffusé ce vendredi 18 septembre à 21 heures sur LCI.