Le vendredi 4 septembre 2026 à 20:47 - MAJ vendredi 4 septembre 2026 à 22:07
Les syndicats de police Alliance Police Nationale, Un1té et UNSA Police sont ressortis mécontents de leur rendez-vous avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ce vendredi 4 septembre place Beauvau à Paris. Reçues dans la matinée sur les questions budgétaires, les trois organisations dénoncent l'absence d'avancée sur la revalorisation de l'indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP), qui n'a pas été augmentée depuis 2019. Alliance Police Nationale appelle ses adhérents à manifester le 15 septembre, quand l'UNSA Police fixe son rendez-vous au 29. À la mi-journée, une centaine de policiers se sont rassemblés à l'appel d'Un1té devant le commissariat de Paris Centre, où ils ont jeté leurs menottes au sol en signe de protestation.
Auprès d'Actu17, le secrétaire général d'Alliance Police Nationale, Fabien Vanhemelryck, a vivement réagi. "Le ministre a égrainé des mesurettes, il ne nous donne que ce qui était déjà prévu. Pour l'instant, sur le budget, le compte n'y est pas du tout", estime-t-il, énumérant : "Rien sur l'ISSP, rien sur les corrections du protocole, rien sur un protocole additionnel, quasi rien pour les PATS (personnels administratifs, techniques et spécialisés), rien pour les préfectures, rien pour les scientifiques."Et de prévenir : "Laurent Nuñez doit rapidement revoir sa copie et en attendant nous irons exprimer notre colère dans la rue le 15 septembre."
«Le temps des avertissements est terminé»
Dans un tract diffusé le jour même, le bureau national du syndicat a durci le ton. Le document évoque "deux reports d'audience" et "des mois d'alertes" pour un résultat résumé d'une formule : "Toujours rien ! Des mesurettes…"Alliance Police Nationale y dénonce "aucune mesure indemnitaire supplémentaire" et estime que "le temps des avertissements est terminé", avant de donner rendez-vous à ses adhérents le 15 septembre dans les rues de la capitale : "Le temps des mots est terminé. Place au rapport de force !"
AUDIENCE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
⚠️ LE TEMPS DES AVERTISSEMENTS EST TERMINÉ !
Deux reports d’audience ! Des mois d’alertes. Des revendications claires sur la table.
Et au bout du compte ? Toujours rien ! Des mesurettes…LE SEUL RESPECT DU PROTOCOLE INITIAL !!!
— ALLIANCE PN (@alliancepolice) September 4, 2026
«Des millions pour une poignée et des miettes pour ceux qui font tourner l'Intérieur»
Du côté d'Un1té, la colère porte d'abord sur l'origine même de cette audience. Le syndicat rappelle dans son communiqué avoir révélé la réforme de la grille indiciaire des commissaires de police, validée malgré ses alertes en comité social d'administration ministériel (CSA MI). Un1té affirme y avoir été la seule organisation à voter contre, à l'unanimité de ses représentants. "Sans notre vigilance, ce sont des millions d'euros qui auraient été distribués dans la plus totale discrétion, au bénéfice d'une poignée de hauts fonctionnaires, pendant que le reste des agents continue d'attendre", écrit l'organisation.
RDV MINISTÉRIEL : La colère des agents du Ministère de l'intérieur et des Policiers, incomprise !
UN1TÉ a été reçu ce jour par le ministre de l’Intérieur, rendez-vous qui n’existe que parce qu’UN1TÉ, seul, a révélé la réforme de la grille indiciaire des commissaires. Sans… pic.twitter.com/U0PfcW65J3
— UN1TÉ (@UN1TE_policenat) September 4, 2026
Le syndicat porte de nouveau une série de revendications restées sans réponse vendredi : déplafonnement de la bonification retraite, hausse de l'ISSP, cumul emploi-retraite, revalorisation de la grille indiciaire — le reclassement des gradés a par ailleurs été attaqué par Un1té devant le Conseil d'État —, revalorisation de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) pour les PATS ou encore un statut particulier pour les personnels techniques et scientifiques. "Ce rendez-vous, présenté comme l'occasion de corriger cette injustice, n'a débouché sur aucune avancée concrète", poursuit le communiqué, qui annonce l'ouverture d'un "bras de fer, ferme et courageux".
La secrétaire nationale d'Un1té, Linda Kebbab, se montre plus sévère encore auprès d'Actu17. "Ce rendez-vous est une mauvaise pièce de théâtre. Tentant de faire oublier l'origine de cette audience, le ministre n'a rien proposé aux agents. Des millions pour une poignée et des miettes pour ceux qui font tourner l'Intérieur", dénonce-t-elle. Les policiers se sont retrouvés quelques minutes après l'audience devant le commissariat de Paris Centre, pour "exprimer cette frustration légitime en jetant les menottes".
Contrairement à ce que nous avions écrit initialement, le syndicat Un1té nous a indiqué qu'il n'appelait pas à participer à la manifestation du 15 septembre organisée par Alliance Police Nationale.
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«Il est urgent d'agir»
Reçu lui aussi dans la matinée, le secrétaire général de l'UNSA Police, Thierry Clair, adopte une position différente. Il affirme auprès d'Actu17 que "les dernières mesures du protocole sont enfin actées et budgétisées", citant l'indemnité de travail de nuit (ITN), l'indemnité journalière d'absence temporaire (IJAT) versée aux CRS et aux militaires de la gendarmerie lors de leurs déplacements hors de leur base, ainsi que la prime de fidélisation en Île-de-France. "Mais le compte n'y est pas", nuance-t-il aussitôt. "Lors des nombreux déplacements sur le terrain au contact de mes collègues, j'ai l'occasion d'éprouver la situation qui se délite chaque jour un peu plus. Il est urgent d'agir ! C'est ce que j'ai tenu à rappeler au ministre lors de notre audience ce matin", poursuit-il.
Le responsable syndical dénonce également le choix du ministère de "décaler l'avancement" des brigadiers-chefs au 1er juillet, "alors que les dates de nomination se font habituellement au 1er janvier et ce, depuis plusieurs années. C'est inacceptable". Il pointe l'absence d'évolution de l'allocation de maîtrise et de l'ISSP, et juge les 960 créations de postes annoncées dans la police nationale insuffisantes "au regard des nombreux services qui travaillent à flux tendu". L'UNSA Police invite pour sa part les agents du ministère de l'Intérieur à rejoindre la journée d'action nationale du 29 septembre, date à laquelle une intersyndicale de neuf organisations de sapeurs-pompiers a également appelé à manifester à Paris.
[ #AudienceMI ] : L'intersyndicale reçue par le ministre de l'Intérieur !
Ensemble, le 04 septembre, nous avons porté les attentes de tous les personnels du ministère de l'Intérieur.#UNSAPolice, toujours à vos côtés ! pic.twitter.com/xVuvViWD5O
— UNSA POLICE (@UNSAPOLICE) September 4, 2026
Une colère née avant l'été
Cette séquence prolonge un mouvement entamé avant les vacances. Fin juin, Alliance Police Nationale a organisé un rassemblement devant le ministère de l'Économie et des Finances, à Bercy, après la revalorisation accordée aux commissaires de police, chiffrée à 1 350 euros par Un1té, qui a rallié le mouvement le soir même de son annonce. Le syndicat prévenait alors que sans engagement fort du gouvernement, "la rentrée sociale de septembre 2026 pourrait marquer le début d'une mobilisation nationale de grande ampleur". Ces rendez-vous manqués interviennent à un peu plus de trois mois des élections professionnelles dans la police nationale, prévues le 10 décembre 2026.
Les rencontres de vendredi se sont par ailleurs tenues dans un climat déjà tendu, marqué par la révélation d'une note du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, adressée fin juillet à Laurent Nuñez et pointant des défaillances dans le traitement policier des dossiers de violences sexuelles sur mineurs, après l'affaire Lyhanna. Selon Alliance Police Nationale et Un1té, ce sujet n'a pas été abordé lors des audiences. Le ministère de l'Intérieur n'a pas communiqué à l'issue de ces rendez-vous.
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