Un Français passe 2 mois en prison à Dubaï pour une cigarette électronique


Illustration. (Shutterstock)

L’homme, installé à Dubaï depuis 2009 et employé dans une entreprise de logistique, ne peut plus retourner à son domicile car il est interdit de territoire jusqu’en 2021.

Pour ce francilien trentenaire, tout a basculé le 18 août 2019 à l’aéroport de Dubaï (Emirats arabes unis), alors qu’il rentrait d’un séjour d’une dizaine de jours à Paris. Dans son sac à dos, les autorités locales ont découvert une cigarette électronique et sa recharge de liquide de 10 ml contenant 0,02 g de CBD. Un kit acheté à peine quelques jours auparavant dans une boutique du Ier arrondissement de Paris.

CBD, une molécule de la classe des cannabinoïdes

Légale en France, cette molécule, voisine mais distincte du THC présent dans le cannabis, est interdite aux Emirats arabes unis. Le Français savait « qu’il y avait un risque » que sa vapoteuse électronique soit confisquée par la douane, mais il ignorait « totalement que le CBD pouvait poser problème », a-t-il confié au journal Le Parisien. Les douaniers de Dubaï ont saisi la marchandise lorsque le trentenaire le leur a spontanément présenté, lors d’un contrôle à l’aéroport.

Le début de son calvaire

Il lui a été demandé de signer un document en Arabe, une langue qu’il ne sait pas lire. Les douaniers lui auraient affirmé qu’il s’agissait d’une simple formalité et qu’il pourra rapidement retrouver son domicile.

Le Français a ensuite été conduit au commissariat dans une pièce d’une trentaine de mètres carrés. Là, « 25 hommes sont allongés sur le carrelage » dans une grande promiscuité, confie-t-il au quotidien francilien. Il évoque ensuite l’éclairage actif en permanence, la climatisation allumée « à fond », une petite couverture à l’odeur « atroce […] un mélange de transpiration et de nourriture ». Avec lui se trouvaient un Anglais, des Égyptiens, des Indiens et des Pakistanais.


Les policiers lui ont fait passer un test urinaire qui s’est révélé positif au cannabis. Après avoir exigé de parler à sa famille en vue de faire appel à un avocat, le Français aurait subi des violences de la part de ses geôliers selon son récit. Sur les faits, les policiers lui ont uniquement demandé s’il confirmait que sa cigarette électronique est bien la sienne.

Comparution devant le procureur

Environ trente heures après le début de sa détention, il a été conduit au « Deportation Center » et a été présenté, menotté, au procureur. Il s’est vu notifier son expulsion du territoire sous trois semaines, relate Le Parisien.

Pour l’expatrié installé à Dubaï depuis 10 ans, cette décision a eu l’effet d’un coup de massue. Elle signifiait la perte de son emploi, l’éloignement ses amis et de membres de sa famille présents sur place. Il a alors fait appel à un avocat égyptien inscrit au barreau de Dubaï, qui lui a promis une résolution rapide du dossier contre 9 000 euros. « En fait, c’était un escroc », soupire le Français, dont le dossier n’a pas bougé d’un iota.

Deux lieux de détention

Il est resté incarcéré au « Deportation Center » jusqu’au 19 septembre, soit environ un mois depuis son arrivée. Le trentenaire affirme y avoir retrouvé un peu de dignité et d’intimité, avec un lit et des repas corrects servis dans un réfectoire.

Au terme de ce mois de détention, l’homme a été transféré à la prison d’Al-Awir, aux portes du désert. À peine arrivé, « on me rase la tête et on me contraint d’abandonner mes vêtements », relate-t-il au quotidien francilien. Il y subi une fouille complète et se voit affublé d’une tenue entièrement blanche. Le détenu raconte qu’il était alors entouré de « gens accusés de meurtre ou d’autres avec des grosses barbes de salafistes » et qu’il disposait uniquement de 4 minutes pour manger un morceau de pain et du riz lors des repas.

Il évoque aussi les nuits de sommeil impossible, entrecoupées à plusieurs reprises par une alarme. Là, il dit avoir côtoyé des Égyptiens et un Américain d’origine pakistanaise. Sa famille a réussi à employer un avocat qui a fait appel de la décision d’expulsion, ce qui a fait renaître l’espoir. Au terme de deux semaines de détention à Al-Awir, les autorités l’ont transféré de nouveau au « Deportation Center », où elles comptaient sur son départ volontaire sans attendre le résultat de l’appel. Mais le Français s’est accroché et a sollicité le consulat de France, qui est resté très discret sur cette affaire.

Il quitte le pays

Il a finalement été reconduit au commissariat d’origine, proche de l’aéroport. Là, de nouveau, l’homme a dû faire face à une extrême promiscuité et des conditions de vie difficiles. Le 23 octobre, soit tout juste quatre jours après son retour au commissariat, le trentenaire a craqué et a quitté Dubaï sans attendre le jugement.

Son appel a finalement été rejeté, a-t-il appris plus d’un mois après son retour en France. Il ne pourra dont pas retrouver son domicile de Dubaï avant 2021.