Une maladie qui touche les enfants et qui serait liée au coronavirus inquiète les médecins


Illustration. (shutterstock)

L’hôpital Necker a tiré la sonnette d’alarme mais également les autorités britanniques. De nombreux cas d’enfants contaminés par le Covid-19 qui présentent des syndromes d’une maladie infantile rare, ont été recencés. Les médecins sont inquiets.

Ce sont d’abord les autorités sanitaires britanniques qui ont évoqué le sujet au cours le week-end dernier. Le National Health Service (NHS) a indiqué qu’il avait enregistré une augmentation du nombre d’enfants positifs au coronavirus, qui présentent un syndrome inflammatoire proche de la maladie de Kawasaki. Il s’agit d’une maladie infantile rare qui provoque une inflammation des parois des vaisseaux sanguins.

« Les cas ont en commun des caractéristiques de choc toxique et de la maladie de Kawasaki, qui attaque le cœur et le sang », a précisé le NHS.

Olivier Véran prend le sujet « très au sérieux »

Des cas similaires ont été recensés dans les hôpitaux en France, mais également en Espagne, en Italie et en Suisse, a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran ce mercredi matin, sur franceinfo. « C’est une alerte que j’ai reçue de la part d’équipes parisiennes », a-t-il déclaré, assurant prendre « très au sérieux » le sujet.

En région parisienne, une vingtaine d’enfants âgés de 2 à 15 ans, mais « majoritairement entre 10 et 15 ans », ont été pris en charge indique le professeur Pierre-Louis Léger, chef du service de réanimation néonatale pédiatrique à l’Hôpital Trousseau de Paris, à RMC. Ces derniers présentaient des symptômes proches de la maladie de Kawasaki : « des états fébriles, des douleurs abdominales, des troubles digestifs, parfois des éruptions cutanées et un état de choc respiratoire ».


« Depuis un mois, on reçoit régulièrement des appels de réanimateurs »

Le docteur Isabelle Kone Paut, professeure de rhumatologie pédiatrique à l’hôpital Kremlin-Bicêtre à Paris, interrogé par La Dépêche, fait part de son côté d’une « accumulation anormale des cas ». « Depuis un mois, on reçoit régulièrement des appels de réanimateurs pour des enfants qui présentent un tableau de myocardite sévère et qui ont en plus des signes de la maladie de Kawasaki, certains d’entre eux ont été testés positifs au Covid-19 », explique-t-elle.

La praticienne évoque ensuite la situation d’une petite fille de 8 ans qui est arrivée à l’hôpital avec ces symptômes, depuis Amiens, ville très touchée par l’épidémie de coronavirus. « Mais à ce moment-là, nous étions au tout début de l’épidémie, elle n’a pas été testée au Covid-19 », précise-t-elle.

La plupart de ces jeunes patients n’avaient pas d’antécédents ou de maladies chroniques. Plusieurs d’entre eux ont toutefois été testés positifs au Covid-19. Dans certains cas, les malades peuvent présenter dans un second temps une « défaillance cardiaque nécessitant un placement en réanimation et des traitements spécifiques », détaille le Pr Pierre-Louis Léger.

A ce stade, rien ne permet de relier le coronavirus à la maladie de Kawasaki. Mais les soupçons des médecins sont forts. Une réunion a ce sujet se tiendra à Paris en urgence, ce mercredi, afin d’alerter les pédiatres ainsi que Santé publique France.

Une évolution positive pour les malades

Les médecins se veulent toutefois rassurant concernant l’évolution de la maladie chez ces enfants. Tous les patients hospitalisés l’hôpital Trousseau par exemple, ont été guéris. « Les enfants répondent bien aux traitements. A ce jour, aucun patient n’a eu de conséquences graves, mais cela nécessite un suivi et une alerte », souligne le Pr Pierre-Louis Léger.

« La maladie de Kawasaki est une maladie inflammatoire dont on ne connaît pas encore la cause, elle pourrait être génétique, mais elle pourrait venir du déclenchement d’une stimulation par un virus », explique Alexandre Belot, médecin et chercheur à l’Inserm, à La Dépêche.

« Il est possible que les enfants atteints du coronavirus développent une forme de cette maladie mais c’est probablement parce qu’ils ont un terrain propice, peut-être un excès de réponse immunitaire », ajoute-t-il.