Valéry Giscard d’Estaing visé par une plainte d’une journaliste pour agression sexuelle


L'ancien chef de l'Etat, Valéry Giscard d'Estaing, en 2014. (Wikimedia)

Une journaliste allemande accuse l’ancien chef de l’Etat d’avoir commis sur elle une agression sexuelle lors d’un entretien à Paris, en décembre 2018.


Une plainte pour agression sexuelle a été déposée contre l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing. La journaliste allemande, Ann-Kathrin Stracke, âgée de 37 ans, accuse l’homme, qui a été le chef de l’Etat de 1974 à 1981, de lui avoir posé à plusieurs reprises la main sur les fesses, lors d’une interview qui a eu lieu à la fin de l’année 2018. Elle a adressé sa plainte le 10 mars au parquet de Paris, qui a accusé réception, rapporte Le Monde.

Les faits qui y sont dénoncés remontent au 18 décembre 2018. Ce jour-là, la journaliste avait rendez-vous avec l’ancien chef de l’Etat, dans son bureau situé sur le boulevard Saint-Germain à Paris.

Cette rencontre avait pour objet une interview pour la chaîne publique allemande WDR, à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance d’Helmut Schmidt (1918-2015), ancien chancelier fédéral au pouvoir quand M. Giscard d’Estaing était à l’Elysée.

Une main sur une fesse

Au terme de l’interview, indique le récit contenu dans la plainte, Mme Stracke a demandé à M. Giscard d’Estaing s’il voulait bien poser pour une photographie avec elle, son cameraman et sa preneuse de son. Une demande que celui-ci avait acceptée. La journaliste affirme alors que l’ancien chef de l’Etat avait passé son bras autour d’elle, lui avait touché la taille et posé la main sur une fesse.


« Très surprise et désapprouvant ces atteintes qui m’ont mise extrêmement mal à l’aise, j’ai tenté de repousser la main de M. Giscard d’Estaing, sans toutefois y parvenir », précise Mme Stracke dans sa plainte, relate le quotidien. Une seconde prise de vue avait dû être réalisée en raison de la mauvaise qualité de la première.

Là encore, c’est l’assistante de M. Giscard d’Estaing qui tenait l’appareil photo. Une nouvelle fois, la journaliste indique que l’ancien président lui avait touché la taille et une fesse, affirmant qu’elle avait eu l’impression qu’il insistait.

Le cameraman serait intervenu

Les déconvenues se seraient poursuivies pour Mme Stracke, qui déclare qu’avant le départ de l’équipe de tournage, l’ancien chef de l’Etat avait tenu à lui montrer une série de photographies accrochées dans son bureau, où on le voit aux côtés des grands de ce monde.

La journaliste affirme qu’à cette occasion, M. Giscard d’Estaing lui avait de nouveau touché les fesses, et qu’elle avait essayé de repousser sa main « plusieurs fois et de toutes [ses] forces ». Elle précise que son cameraman l’avait libérée de cette situation qualifiée par Mme Stracke de « dégradante », en faisant diversion : il avait renversé l’abat-jour d’une lampe située sur un buffet, avant de le placer sur une chaise entre elle et M. Giscard d’Estaing.

Quelques instants plus tard, alors que la journaliste quittait l’appartement, elle affirme que l’ancien président l’avait saluée en lui faisant « des baisers appuyés sur les joues », et lui susurrant à l’oreille en Allemand : « träumen sie süss » (« faites de beaux rêves », ndlr). L’assistante de M. Giscard d’Estaing lui aurait ensuite confié, en Allemand là aussi, qu’elle l’avait sacrément charmé, rapporte Le Monde.

Son employeur mandate un cabinet d’avocats

Ann-Kathrin Stracke a raconté sa mésaventure à sa hiérarchie lorsqu’elle est rentrée à Cologne (Allemagne). La direction de la chaîne a alors fait appel à un cabinet d’avocats pour recueillir son témoignage.

Le cameraman a confirmé le récit de sa collègue, qualifiant d’« étrange » la situation qu’il avait vécue, et précisant que le comportement de M. Giscard d’Estaing avec la journaliste lui avait paru « inappropriée, venant d’un ancien chef d’Etat ». La preneuse de son a, quant à elle, refusé de témoigner, sans en préciser la raison.

Lorsque le rapport du cabinet d’avocats, comportant pas moins de treize pages, a été rendu à la direction, la WDR avait fait parvenir une lettre à M. Giscard d’Estaing, le 23 mai 2019. La direction de la chaîne y résumait l’affaire puis précisait ne pas tolérer ce genre d’acte sur ses collaborateurs, concluant : « Nous espérons donc vivement qu’un tel comportement ne se répétera envers aucun d’entre eux à l’avenir ». Un simple accusé de réception sera la seule réponse du destinataire.

La journaliste évoque le mouvement #metoo

Contactée par le journal Le Monde, Mme Stracke a expliqué la raison pour laquelle elle avait attendu un peu plus d’un an pour saisir les services de la justice. La journaliste a déclaré qu’elle n’avait pas eu l’idée de déposer plainte pour ces faits, d’autant qu’elle ignorait le fonctionnement de la justice française.

C’est finalement dans le sillage du mouvement #metoo (un mouvement social encourageant la prise de parole des femmes, afin de faire savoir que le viol et les agressions sexuelles sont plus courants que ce qui est souvent supposé et pour permettre aux victimes d’en parler, ndlr) qu’elle avait décidé d’entamer une procédure judiciaire, comprenant qu’il était important d’engager le débat sur ces sujets dans la société, a-t-elle affirmé.

Pour sa part, le directeur de cabinet de M. Giscard d’Estaing, Olivier Revol, a indiqué au quotidien Le Monde que l’ancien chef de l’Etat, âgé de 94 ans, n’a aucun souvenir de cet entretien avec la plaignante, précisant que c’est bien la première fois que M. Giscard d’Estaing est visé par ce type d’accusations.