Abdoulaye Kanté, policier : «Beaucoup de jeunes veulent rejoindre la police malgré la défiance véhiculée»


Abdoulaye Kanté, 42 ans, est policier dans les Hauts-de-Seine.

ENTRETIEN – Affecté dans le département des Hauts-de-Seine, le policier Abdoulaye Kanté, 42 ans, est aussi très présent sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter où il est suivi par plus de 41 000 personnes. Passé par la police-secours dans le XIe arrondissement de Paris, puis par la brigade anticriminalité (BAC) du XVIIIe, la brigade des stups, et le service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis (SDPJ 93), il intervient aussi régulièrement sur les plateaux de télévision. Abdoulaye Kanté ne fait parti d’aucun syndicat ni parti politique, et défend une « police républicaine », dont il est devenu l’une des figures. Nous l’avons interrogé à l’occasion de la première journée de la police nationale, ce vendredi.

Actu17 : Vous avez lancé le hashtag #EnsembleAvecLaPoliceNationale sur Twitter à l’occasion de cette première journée de la police nationale, ce vendredi 9 juillet, et c’est plutôt une réussite puisque plus de 3000 tweets ont été recensés. Le hashtag a même été placé en « tendance » en France par le réseau social.

Abdoulaye Kanté : Cette initiative personnelle avait un but collectif. Par ce hashtag, j’ai voulu impulser une sorte de communion entre la police et la population. Avoir une pensée pour tous ces collègues qui sont tombés en faisant leur travail. En ces temps difficiles pour tous, à cause des crises sociales et sanitaires, je me suis dis pourquoi ne pas essayer via les réseaux sociaux une initiative citoyenne envers cette police du quotidien et surtout républicaine.

Une récente étude du CEVIPOF a montré que la cote de confiance des Français envers la police atteignait 73%. Toutefois, elle n’est que de 55% chez les 18-24 ans. Comment expliquer cette différence et comment la police pourrait y remédier selon vous ?

Cette étude montre que la confiance de la population est toujours bonne malgré les difficultés rencontrées par notre institution. Concernant le regard et le ressenti des jeunes de 18-24 ans, je pense qu’il faut faire preuve de pédagogie encore et encore. Il y a des craintes car il n’y a pas assez d’échanges avec cette partie de la population. Les jeunes ont une vision parfois biaisée du métier du policier car ils ne s’informent qu’en grande partie sur les réseaux sociaux… qui ne reflètent pas forcément la réalité. Le dialogue est nécessaire afin de casser ces crispations et par ailleurs, l’administration police doit expliquer ces actions pour être mieux comprise.
Tout ne peut passer par le répressif selon moi, et la notion de respect de l’uniforme est importante. Des dispositifs comme Prox Raid aventure fondé par l’ancien policier Bruno Pomart existent, mais aussi d’autres associations qui font du bon boulot. Moi-même je pars au contact de jeunes dans des collèges, lycées ou établissements spécialisés. Je crois qu’il faut aller encore plus loin pour ne pas créer de fossés supplémentaires.

« On a accusé injustement ces policiers de contrôle au faciès et de ne pas avoir reconnu ce basketteur »

Malgré cette bonne cote de confiance de la population, la police est souvent visée par des accusations diverses, notamment de racisme ou de bavures. Ce jeudi, des policiers ont été pointés du doigt sur les réseaux sociaux pour avoir contrôlé et interpellé le rappeur américain Lil Baby, qui était avec le basketteur James Harden. L’artiste a écopé d’une ordonnance pénale pour « transport de produits stupéfiants ». Comment expliquer ce phénomène de mise en cause systématique décrit par de très nombreux policiers ?

Comme je le disais par ailleurs, les réseaux sociaux ont tendance à travestir parfois certaines actions des forces de l’ordre. Concernant le contrôle de la star de la NBA James Harden et du rappeur Lil Baby, je rappelle que même si ce sont des stars, ces deux hommes ne sont pas au dessus des lois. De plus, on a accusé injustement ces policiers de contrôle au faciès et de ne pas avoir reconnu ce basketteur. Peut-on reprocher aux collègues de ne pas connaître cet individu ? Non. Ils ont fait leur travail et ce dernier a été confirmé par la présence de produits stupéfiants dans le véhicule d’un de ses amis. J’ai commenté cette interpellation sur Twitter, j’ai eu droit à une salve d’insultes et de menaces en tous genres… Cette intervention n’avait aucune connotation raciste !
Oui, il y a des policiers qui peuvent avoir des comportements racistes et des comportements contraires à notre déontologie mais encore une fois je réfute fermement les accusations de racisme systémique dans la police française, car la police française n’est pas raciste ! En revanche, il est de notre devoir de ne plus être dans l’omerta lorsque l’on est témoin ou victime de racisme.

« Un métier passionnant qui donne des émotions et surtout qui permet de se sentir utile envers les autres »

Vous êtes policier depuis une vingtaine d’années en banlieue parisienne. Que diriez-vous à un jeune qui veut entrer dans la police en 2021 ?

C’est un métier difficile qui demande un certain engagement, une exigence avec soi-même et autrui. Mais c’est un métier passionnant qui donne des émotions et surtout qui permet de se sentir utile envers les autres. Le sens du métier de policier est de protéger et d’être cette police « du quotidien ». Sans la police, il n’y a pas de quiétude dans notre société. Contrairement aux idées reçues, beaucoup de jeunes veulent rejoindre les rangs de la police et je peux vous dire qu’il y a un réel engouement, malgré la défiance véhiculée. Pour garantir la paix dans notre pays, il faut des « gardiens » formés qui ont en eux le respect de cet uniforme républicain.