Disparition de Delphine Jubillar : les éléments qui ont conduit à la mise en examen du mari


Delphine et Cédric Jubillar. (photo Facebook)

Lors d’une conférence de presse ce vendredi après-midi, le procureur de la République de Toulouse Dominique Alzeari, a détaillé les raisons qui ont conduit à la mise en examen de Cédric Jubillar, qui va être écroué dans la soirée. L’homme a fait des déclarations « évolutives » concernant son récit de la nuit du drame. Il était en train de laver la couette de son épouse à l’arrivée des gendarmes et la voiture avait manifestement été utilisée.

Cédric Jubillar continue à nier toute implication dans la disparition de sa compagne, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines (Tarn). L’homme a été mis en examen pour « homicide volontaire par conjoint » et un mandat de dépôt a été délivré. Les enquêteurs disposent en effet d’éléments troublants et incohérents qui le mettent en cause. « Cédric Jubillar a fourni des explications évolutives pour ne pas dire contradictoires durant sa garde à vue », a déclaré le procureur de la République.

« Quand je vois l’émotion qu’a suscité cette affaire, je crois qu’il est important de rappeler que la communication sur ce dossier a été volontairement retardée pour assurer l’intégrité et la sérénité des investigations », a-t-il expliqué au début de sa conférence de presse. « 2500 actes de procédures et procès-verbaux » ont déjà été établis dans ce dossier volumineux, qui contient encore de nombreuses zones d’ombre. Des recherches ont aussi été réalisées dans un périmètre de 10 km, notamment des opérations de « ratissage », et pas moins de dix enquêteurs ont travaillé jusqu’ici sur ce dossier, à plein temps, a rappelé le magistrat. « On se trouve sur une présomption d’homicide, de crime », a-t-il engagé.

« C’est une disparition qui ne saurait être considérée comme volontaire »

Les enquêteurs ne croient pas à un départ volontaire Delphine Jubillar. « Il n’est pas normal qu’une mère de famille disparaisse en pleine nuit en hiver, dans un petit village où il y a très peu de passage, avec un téléphone sans chargeur, sans son sac à main, sans ses lunettes, sans les clefs de son véhicule » a appuyé Dominique Alzeari. « C’est une disparition qui ne saurait être considérée comme volontaire ». La mère de famille souhaitait bien refaire sa vie avec son amant, avec qui elle était en contact la nuit de sa disparition. Cette infirmière « adorait son métier », elle avait des « proches qui la soutenaient », elle « adorait ses enfants » et « préparait les fêtes de Noël ». Elle avait également un « projet de séparation, de quitter définitivement le domicile » pour s’installer avec cet homme rencontré à l’été 2020 sur internet. Delphine Jubillar avait déjà « engagé des démarches » en ce sens, et notamment effectué « des recherches de logement » et des achats de meubles. C’est « un projet qui lui tenait à cœur », a insisté le magistrat. Par ailleurs, elle avait engagé une procédure de divorce.

Cédric Jubillar a de son côté affirmé qu’il ignorait la volonté de son épouse de le quitter pour s’installer avec un autre homme. Mais « l’ensemble des éléments réunis ont permis d’établir que ses déclarations étaient totalement mensongères », a indiqué le procureur. Le couple était dans un contexte tendu « de séparation très conflictuelle ». Les disputes étaient « fréquentes », chose qui a été confirmée par des proches de la famille. Le suspect, consommateur régulier de cannabis, avait « du mal à accepter la séparation ». « Il tentait de reconquérir son épouse en étant très intrusif, agressif, brutal, grossier », a détaillé Dominique Alzeari. « Il essayait de géolocaliser » sa conjointe. Cédric Jubillar a finalement admis qu’il savait qu’elle souhaitait le quitter et qu’il « était parfaitement au courant qu’elle avait un amant ».

La couette de son épouse dans la machine à laver

Le mis en cause a expliqué qu’il s’était couché vers 22h30 et qu’il avait été réveillé à 03h45, ajoutant qu’il avait constaté que son épouse « était certainement sortie promener les chiens ». Ce qu’elle n’avait pas pour habitude de faire. Après avoir rallumé son téléphone, Cédric Jubillar a contacté les gendarmes « 16 minutes après », avant de passer « un très grand nombre d’appels » à ses amis afin de savoir si Delphine Jubillar était chez eux. Avant l’arrivée des gendarmes, les enquêteurs ont constaté grâce au téléphone du suspect qu’il n’avait fait que « 40 pas » pour tenter de retrouver son épouse. Avec les gendarmes qui ont effectué de premières recherches autour de la maison, il en a fait plus de 300.

Lorsque les militaires sont arrivés sur place la nuit du drame vers 04h50, Cédric Jubillar était vêtu d’un pyjama et venait de lancer la machine à laver pour nettoyer la couette avec laquelle son épouse dormait sur le canapé. « Ce n’est pas la première chose qu’on pense à faire lorsque notre femme a disparu », a commenté le procureur.

En outre, Cédric Jubillar a remis « avec une grande rapidité » les clefs de la voiture aux gendarmes alors qu’il n’a pas le permis de conduire. Lors des investigations, les militaires ont constaté qu’elle n’était pas stationnée comme d’habitude : Delphine Jubillar la garait toujours « dans le sens de la montée », ce qui avait été le cas le 15 décembre au soir puisque des témoins l’ont confirmé. Pourtant, à l’arrivée des gendarmes, le véhicule était stationné dans l’autre sens. La vitre côté conducteur était ouverte et de la condensation était présente. Un expert a indiqué plus tard qu’il s’agissait d’une condensation liée à une présence humaine. Aucune trace de sang n’a toutefois été trouvée sur les lieux a mentionné le procureur.

Des voisines évoquent « des cris de détresse d’une femme »

Autre élément troublant : Cédric Jubillar a affirmé qu’il n’y avait pas eu de dispute avec sa compagne la nuit du drame. Pourtant, son fils de 6 ans, présent dans la maison, a raconté aux gendarmes qu’il s’était couché « vers 23 heures après avoir fait un câlin à sa mère » et qu’il avait ensuite entendu une « violente dispute » entre ses parents. Un témoignage jugé « crédible » par les enquêteurs. Déclarant d’abord que son fils « devait confondre avec d’autres soirées », Cédric Jubillar a finalement déclaré qu’il avait peut-être été « brutal, grossier, et qu’il avait peut-être bousculé » sa conjointe. Deux voisines ont également confirmé avoir entendu « des cris de détresse d’une femme » venant du domicile du couple, puis « qui vont disparaître et s’arrêter dans la nuit », a précisé le procureur.

L’instruction va désormais « s’attacher à poursuivre ces recherches, à clarifier et étayer ces éléments ». « Les juges auront, à mon avis, à se pencher sur la personnalité du mis en examen. Ce qui a été constaté, c’est une personnalité qui méritera expertise », a précisé Dominique Alzeari.