Le mercredi 27 mai 2026 à 15:20
Trois personnes ont été interpellées ce mercredi matin dans le cadre de l'enquête sur l'évasion d'Ilyas Kherbouch, alias "Ganito", de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Selon une information du Parisien, confirmée à Actu17 de source proche du dossier, figurent parmi elles un surveillant de l'établissement pénitentiaire ainsi que l'un des deux frères du fugitif. Tous sont soupçonnés d'avoir pu contribuer, à divers degrés, à l'évasion ou à la cavale du jeune homme de 21 ans. Les interpellations ont été menées par les enquêteurs du 3e District de police judiciaire (DPJ).
Ces nouvelles arrestations interviennent près de trois mois après les premières interpellations dans ce dossier. Deux hommes, dont un mineur, avaient déjà été mis en examen le 11 mars. Le majeur, né en 1998 et résidant à Toulon (Var), est soupçonné de s'être fait passer pour un policier et a notamment été poursuivi pour corruption active, faisant peser l'ombre de la corruption sur cette évasion.
Une évasion sans violence
"Ganito" s'était évadé sans violence le 7 mars dernier. Ce jour-là, trois faux policiers s'étaient présentés à la maison d'arrêt, munis de fausses cartes de police. Sur la foi de faux documents judiciaires ordonnant une extraction pour une prétendue garde à vue, ils étaient repartis avec le détenu. Le jeune homme avait finalement été interpellé treize jours plus tard à Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), aux côtés de sa compagne, Victoria H., 25 ans.
Depuis le début des investigations, les enquêteurs soupçonnaient l'existence de complicités au sein de la maison d'arrêt. Selon plusieurs protagonistes du dossier, un surveillant se serait "occupé de l'équipe du greffe", qui gère les extractions. Lors de l'évasion, cet homme se serait posté "au niveau du sas", pour faciliter la sortie du détenu par le commando.
Ces soupçons trouvent un écho dans le profil carcéral de "Ganito". Incarcéré dès juillet 2022, alors qu'il n'avait que 17 ans, il était écroué depuis plus de trois ans et demi au moment de son évasion et connaissait l'établissement comme sa poche. "Il a grandi dans cette prison. Cet établissement, c'est sa deuxième maison", souligne un proche du dossier. Le jeune homme semblait par ailleurs disposer d'un certain ascendant sur le personnel pénitentiaire. "Il a de l'autorité (…) avec les surveillants, parce que c'est un mec qui s'énerve vite. Les surveillants ne voulaient pas de problèmes avec lui", décrit un ancien codétenu, au Parisien.
Les zones d'ombre autour de l'entourage
Le cas de Victoria H. interroge également les enquêteurs. La compagne du fugitif est une ancienne surveillante pénitentiaire stagiaire, restée un an à la prison de Villepinte avant d'être radiée en mars 2025. Elle assure toutefois n'avoir fait la connaissance de "Ganito" qu'après avoir quitté l'établissement, par l'intermédiaire des réseaux sociaux, et conteste avoir pu lui faire bénéficier d'un quelconque soutien de ses anciens collègues. Elle affirme n'avoir conservé qu'une seule relation avec un surveillant de la maison d'arrêt.
Les faux documents d'extraction utilisés lors de l'évasion avaient été confectionnés sans grand soin par un complice présumé, au moyen d'un logiciel de graphisme basique. Le résultat était si peu convaincant que l'un des membres du commando s'en était inquiété auprès de "Ganito" juste avant les faits. "Il m'a dit que ça passerait comme une lettre à la poste, car il avait quelqu'un à l'intérieur qui était complice", a-t-il confié sur procès-verbal, d'après nos confrères. "Ganito", décrit comme une figure de la nouvelle criminalité organisée, cumule plus de vingt ans de peines prononcées et treize condamnations. Il sera prochainement jugé pour le home jacking de l'ancien gardien de but du Paris Saint-Germain, Gianluigi Donnarumma, commis en juillet 2023 à Paris, une affaire qu'il aurait pilotée depuis sa cellule.