Mérignac : Un mineur de 15 ans mis en examen pour l'incendie qui a tué deux sapeurs-pompiers

Deux sapeurs-pompiers de 34 ans avaient trouvé la mort le 21 juillet dernier en luttant contre les flammes, aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Un adolescent de 15 ans, interpellé avec son frère, a reconnu avoir jeté une cigarette à l'endroit du départ de feu.
Mérignac : Un mineur de 15 ans mis en examen pour l'incendie qui a tué deux sapeurs-pompiers
Le violent incendie s'était déclaré près de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, le 21 juillet 2026. (capture écran vidéo / DR)
Par Actu17
Le samedi 15 août 2026 à 18:54

Un adolescent de 15 ans a été mis en examen pour "destruction involontaire par incendie (…) ayant provoqué la mort d'autrui" et placé en centre éducatif fermé, dans l'enquête sur l'incendie qui a coûté la vie à deux sapeurs-pompiers le 21 juillet dernier, aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, à Mérignac (Gironde). Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, l'a annoncé dans un communiqué diffusé ce vendredi 14 août. Devant les enquêteurs, le mineur a reconnu avoir jeté une cigarette à l'endroit du départ de feu.

Les investigations, menées pendant plus de trois semaines, ont conduit les policiers jusqu'à deux frères, un mineur de 15 ans et un jeune majeur. Tous deux ont été interpellés et placés en garde à vue le mercredi 12 août. Selon Sud-Ouest, ils ont été confondus par les images de vidéosurveillance qui les plaçaient aux abords de l'aéroport le jour des faits. Leur famille, itinérante entre l'Espagne et la France, s'était installée dans le secteur pour quelques jours.

Un mégot jeté à proximité immédiate du départ de feu

Les deux frères occupaient un véhicule "situé à proximité immédiate de ce départ de feu", selon le communiqué du parquet, et ils ont admis leur présence sur les lieux. Le conducteur, majeur, a été "mis hors de cause". Le plus jeune, inconnu des services judiciaires, a pour sa part reconnu "avoir fumé une cigarette, jetée par la suite, estimant ainsi qu'il pouvait être à l'origine du sinistre, sans certitude", poursuit le magistrat.

L'adolescent a été mis en examen le jeudi 13 août, puis placé en centre éducatif fermé "à l'issue de son interrogatoire de première comparution". Une enquête avait été ouverte par le parquet de Bordeaux dans la foulée des faits pour déterminer l'origine, criminelle ou accidentelle, du sinistre. Confiée aux policiers de la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS), elle avait mobilisé 25 enquêteurs dépêchés sur place pour "procéder aux premières constatations".

Des flammes de 20 à 30 mètres et des vents tournants

Le feu s'était déclaré le 21 juillet vers 14h30, alors que la France traversait sa deuxième vague de chaleur de l'été. Il est parti d'une "zone herbeuse et arborée en dehors de la zone aéroportuaire", non loin du parking longue durée P4, mais aussi d'entrepôts logistiques et de concessions automobiles installés dans ce secteur commercial, avait précisé la préfecture de Gironde. Cent vingt sapeurs-pompiers, appuyés par 60 engins et trois avions, ont été engagés pour en venir à bout. Le sinistre a été fixé vers 17h30, après avoir parcouru un hectare de prairie.

Les deux sapeurs-pompiers étaient intervenus "dans les premières minutes de la phase d'attaque" du feu. Le brasier avait alors une "dynamique très violente", dans une pinède que le directeur du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Gironde, Marc Vermeulen, a décrite comme "très dense", lors d'une conférence de presse tenue le soir même. "De nombreuses sautes de feu et vents tournants rendaient la situation très défavorable", avait-il détaillé. Les deux hommes se sont retrouvés "piégés" à bord de leur camion-citerne par des flammes hautes de 20 à 30 mètres.

Une cagnotte qui dépasse les 193 000 euros

Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, tous deux âgés de 34 ans, étaient adjudants de sapeurs-pompiers professionnels à la caserne de Saint-Médard-en-Jalles, située à proximité de l'aéroport. Ils ont été cités à l'ordre de la Nation à titre posthume, selon le Journal officiel du 6 août. C'est le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui a proposé cette distinction créée en 1917, accordée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, pour saluer leur "engagement total". Leurs camarades de caserne ont rendu hommage à deux hommes qui se "sont engagés avec courage pour protéger les autres, au prix du sacrifice ultime". Une cagnotte ouverte par l'amicale des sapeurs-pompiers de la commune a recueilli plus de 193 000 euros auprès de 5 000 donateurs.

Leur mort, survenue deux semaines après celle d'un sapeur-pompier volontaire de 22 ans engagé sur un feu en Savoie, a nourri la colère des syndicats, qui dénoncent l'insuffisance des moyens. Réunis en intersyndicale, les neuf syndicats représentatifs des SDIS ont été reçus près de deux heures par Laurent Nuñez, place Beauvau, ce jeudi 13 août. Ils en sont ressortis "très déçus" et ont appelé à une mobilisation nationale fin septembre. Après un été ponctué de canicules successives, la France n'avait jamais vu autant d'hectares détruits depuis que les relevés par satellite existent, soit deux décennies. Le système européen de surveillance des feux (EFFIS) en dénombre déjà près de 100 000. Parti le jour suivant le drame de Mérignac, le mégafeu de Gironde a ravagé plus de 40 000 hectares à lui seul.