Le dimanche 15 février 2026 à 23:21
Un étudiant de 23 ans, Quentin D., est mort samedi après avoir été roué de coups au sol jeudi soir à Lyon, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Le parquet de Lyon a fait état dimanche de "plusieurs témoignages significatifs" recueillis par la police. Le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, tiendra une conférence de presse ce lundi à 15 heures.
Le parquet a ouvert une enquête du chef de coups mortels aggravés et de violences aggravées. Les violences sont aggravées par trois circonstances : réunion, usage d'arme, et dissimulation du visage des auteurs des faits. "L'enquête s'oriente à présent sur l'identification des auteurs directs des violences correctionnelles et criminelles", précise le parquet dans un communiqué. À ce stade, le ou les auteurs de l'agression n'ont pas été identifiés.
Selon le collectif identitaire Némésis, Quentin faisait partie du service d'ordre chargé d'assurer la sécurité de ses militantes, qui manifestaient contre la conférence de Rima Hassan près de l'IEP de Lyon. Les hommes du service d'ordre auraient été "poursuivis par un groupe d'une trentaine d'antifas" et Quentin aurait été "attaqué avec une extrême violence", "balayé au sol, son crâne a tapé, puis il a été lynché à coups de pied", selon le collectif. Une vidéo présumée de l'agression, diffusée par TF1 et filmée depuis un immeuble, montre une dizaine de personnes portant des coups à trois personnes au sol, dont deux parviennent à s'échapper. Les pompiers ont secouru vers 19h40 deux personnes, Quentin et un de ses amis, quai Fulchiron, dans le 5e arrondissement, à près de 2 kilomètres de l'IEP. Un témoin, prénommé Adem, a décrit la scène à l'AFP : "J'étais vers chez moi, au bout de la rue, j'entends des cris, ça se frittait avec des barres en fer. Quand je suis venu sur place, j'ai vu des individus en sang."Les faits se sont déroulés vers 19 heures rue Victor-Lagrange, dans le 7e arrondissement.
— . (@AlertesVideos) February 14, 2026
«Des individus organisés et entraînés»
Pour l'avocat de la famille, Me Fabien Rajon, Quentin a été victime d'un "guet-apens, méthodiquement préparé" tendu par "des individus organisés et entraînés, en très large surnombre et armés, pour certain le visage masqué, ayant effectué des repérages préalables et disposant a priori de complicités". "Ces faits, s'ils sont confirmés par l'enquête (…) constituent un crime", a-t-il ajouté. Selon l'avocat, Quentin "n'était ni agent de sécurité ni membre d'un quelconque service d'ordre". Sans "aucun antécédent judiciaire", il "a toujours défendu ses convictions de manière non violente". "Étudiant en mathématiques, pratiquant le tennis et la philosophie", il était "investi dans la vie pastorale" et fréquentait la paroisse Saint-Georges, dans le 5e arrondissement de Lyon.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé dimanche soir sur France 2 que "manifestement c'est l'ultragauche qui était à la manœuvre", pointant la possible implication du groupe antifasciste la Jeune Garde. "L'enquête permettra de confirmer ou pas si c'étaient des militants de la Jeune Garde. Mais les témoignages vont en ce sens manifestement", a-t-il déclaré.
Le collectif Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs un collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault (LFI), Jacques-Elie Favrot, qui serait un "membre actif de la Jeune Garde". Ce groupe, cofondé par Raphaël Arnault, a été dissous en 2025 par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bruno Retailleau, pour "agissements violents". Via son avocat Me Bertrand Sayn, Jacques-Elie Favrot a "démenti formellement être responsable de ce drame", se disant "menacé de mort par l'extrême droite dans tout le pays et en Europe". L'avocate de la Jeune Garde, Aïnoha Pascual, a rappelé que le groupe "ne saurait être tenue responsable des tragiques événements ayant eu lieu à Lyon", puisqu'il a "suspendu toutes ses activités dans l'attente de la décision du Conseil d’État" concernant sa dissolution.
«La France insoumise ne porte aucune responsabilité»
Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a assuré dimanche sur LCI que "La France insoumise ne porte aucune responsabilité", affirmant que les membres du service d'ordre du mouvement "n'ont eu aucun contact avec aucun des groupes qui se trouvaient à l'extérieur" de la conférence, tout en s'interrogeant sur l'absence de forces de l'ordre dans le secteur. Rima Hassan a affirmé ne collaborer qu'avec le service d'ordre de LFI, "qui n'a jamais recours à la violence et qui n'est en aucun cas impliqué dans ces affrontements". De son côté, Jean-Luc Mélenchon a exprimé lors d'un meeting à Montpellier (Hérault) la "sidération", l'"empathie" et la "compassion" des Insoumis envers la famille, rappelant avoir "dit des dizaines de fois que nous étions hostiles et opposés à la violence".
L'affaire a provoqué une vive tempête politique. Le président Emmanuel Macron a lancé samedi un appel "au calme, à la retenue et au respect" et souhaité que soient condamnés "les auteurs de cette ignominie". À Lyon, plusieurs candidats au scrutin municipal prévu dans un mois ont annoncé suspendre leur campagne. "Je ne me vois pas faire campagne dans ces conditions-là. J'appelle tout le monde à prendre le temps de réaliser la gravité du moment que l'on vit ensemble", a déclaré sur France 3 le candidat UDR-RN Alexandre Dupalais. L'ex-patron de l'OL Jean-Michel Aulas, candidat de la droite et du centre, et la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi ont eux aussi suspendu leur campagne pour la journée. Le maire écologiste sortant Grégory Doucet a déploré "une tragédie" et souligné qu'un "tel déferlement de violences en plein cœur de la ville" était "inacceptable".
À l'église Saint-Georges, que fréquentait Quentin et où il était bénévole pour des œuvres caritatives, le recteur Laurent Spriet a appelé à "prier pour le repos de l'âme de Quentin".
À Paris, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche après-midi devant la Sorbonne, à l'appel de groupes identitaires et nationalistes, déployant une banderole "Antifas assassins, justice pour Quentin". Certains élus, cadres du Rassemblement national, ainsi que Marion Maréchal et Eric Zemmour, étaient présents.