Le vendredi 3 juillet 2026 à 13:37
La principale suspecte de la tentative d'assassinat à l'engin explosif survenue lundi soir à Monaco a été identifiée et fait désormais l'objet d'une notice rouge d'Interpol, publiée ce vendredi matin. Il s'agit d'Anastasiia Berezovska, une Ukrainienne de 39 ans résidant en Allemagne, soupçonnée d'avoir déposé le colis piégé qui a blessé un homme d'affaires d'origine ukrainienne, sa compagne et son fils. Toujours activement recherchée, elle fait l'objet d'un mandat d'arrêt, et le parquet a précisé qu'elle "n'aurait pas agi seule".
La notice rouge publiée par Interpol, équivalent d'une demande internationale d'arrestation, identifie Anastasiia Berezovska, née le 26 juin 1987 en Ukraine, de nationalité ukrainienne. La fiche décrit une femme aux cheveux bruns foncés, parlant allemand, et portant un tatouage - "possiblement un serpent" - sur le bras droit, de l'épaule au coude. Elle est recherchée par la Sûreté publique monégasque pour "tentative d'assassinats, dépôt dans une intention criminelle sur la voie publique d'un engin explosif, association de malfaiteurs".
Identifiée en «48 heures»
Il aura fallu "48 heures" aux enquêteurs pour identifier la suspecte, a indiqué ce vendredi le procureur général adjoint de Monaco, Morgan Raymond, aux côtés d'Éric Arella, contrôleur général en charge de la Direction de la Sûreté publique. Selon le magistrat, Anastasiia Berezovska "n'aurait pas agi seule". "Deux autres personnes de sexe masculin ont été interpellés ces derniers jours" et placées en garde à vue, mais aucun élément n'a permis d'établir leur complicité et leur "garde à vue a été levée".
Les premières images de vidéosurveillance "montraient un homme", portant un bob noir et des vêtements amples. Une "exploitation plus large des enregistrements" a permis de repérer, à plusieurs reprises et plusieurs jours avant les faits, la même silhouette vêtue à l'identique et munie du même sac. La Sûreté publique monégasque estime qu'il est "fort probable qu'elle se soit déguisée en homme" pour se rendre méconnaissable. D'après Le Figaro, c'est un témoin, qui aurait croisé la suspecte avant les faits, qui aurait permis aux forces de l'ordre de l'identifier, en complément de la vidéosurveillance.
Un engin déclenché à l'aide «d'une télécommande»
Selon les éléments présentés lors du point presse, la famille visée rentrait d'un dîner en bord de mer au moment des faits. La suspecte aurait "sorti un colis dissimulé dans un sac", avant de se rendre sur le perron de l'immeuble pour vérifier l'identité des victimes. L'engin a ensuite été déclenché à l'aide "d'une télécommande", a précisé le procureur général adjoint, avant que la suspecte ne prenne la fuite à pied en direction de Beausoleil (Alpes-Maritimes), commune française limitrophe.
L'identification a également permis de remonter jusqu'à un "véhicule immatriculé en Allemagne", une voiture de location repérée à Monaco. Le suivi de son cheminement a conduit les enquêteurs jusqu'en Italie, puis à travers plusieurs pays européens, jusqu'au domicile de la suspecte en Allemagne.
Anastasiia Berezovska était présente dans la principauté depuis plusieurs jours. Selon Nice-Matin, elle aurait repéré les lieux dès le 26 juin à bord d'une voiture, empruntant le rond-point Révérend-Père-Louis-Frolla, en haut de la rue du même nom où le colis a explosé trois jours plus tard. D'après Monaco Matin, la police judiciaire française aurait par ailleurs récupéré des images la montrant à l'accueil du poste de police de Beausoleil, où elle est venue récupérer une voiture placée en fourrière à Menton - se présentant alors sous une fausse identité.
Les victimes toujours hospitalisées à Nice
Lundi 29 juin, à 20h58, une personne a déposé un colis dans le hall d'entrée d'un petit immeuble situé au 4 de la rue du Révérend-Père-Louis-Frolla, dans le quartier de la place des Moulins, à deux pas de la France. L'engin explosif s'est déclenché au moment où rentraient trois habitants du rez-de-chaussée : un couple et un adolescent de 13 ans, tous blessés. La déflagration a soufflé les vitres jusqu'au premier étage et légèrement blessé deux autres personnes, touchées par des éclats de verre, selon l'Agence-France-Presse. Dès le lendemain, le procureur général Stéphane Thibault avait écarté, à ce stade, la qualification d'attentat terroriste.
Le parquet monégasque se refuse toujours à confirmer l'identité des victimes, mais selon des sources concordantes l'attaque a visé Vadim Ermolaev, 58 ans, richissime homme d'affaires originaire d'Ukraine et désormais de nationalité chypriote, ainsi que sa compagne et son fils. L'adolescent a été admis en urgence relative à l'hôpital pour enfants Lenval de Nice, tandis que les deux adultes, dont le pronostic vital était engagé, ont été conduits au CHU de Nice. Si l'homme n'est plus entre la vie et la mort, l'état de la femme n'était toujours pas stabilisé ; elle aurait été amputée, selon France 3. Une information judiciaire pour tentative d'assassinats, dépôt d'engin explosif sur la voie publique avec une intention criminelle et association de malfaiteurs a été ouverte et confiée à trois juges d'instruction.
Résident monégasque depuis au moins 2021, Vadim Ermolaev fait l'objet depuis décembre 2023 de sanctions ukrainiennes pour ses activités commerciales en Crimée, annexée par la Russie. La tentative d'assassinat a provoqué une vive émotion dans la principauté : le prince Albert II a dénoncé "un crime odieux", tandis que le ministre d'État Christophe Mirmand a indiqué n'avoir connaissance d'aucune menace visant les victimes, relevant qu'avant de rentrer, la famille était "en tenue estivale, détendus et ne semblaient pas particulièrement précautionneux".