Le samedi 14 février 2026 à 20:14
Quentin, un jeune homme de 23 ans, est décédé après avoir été violemment agressé jeudi 12 février en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Lyon (Rhône), a annoncé le parquet ce dimanche. L'enquête a été requalifiée en "coups mortels aggravés".
Ce soir-là, Rima Hassan était conviée à une conférence à Sciences Po Lyon sur le thème des relations entre l'Union européenne et les gouvernements européens dans le cadre du conflit au Proche-Orient. Le collectif identitaire Némésis, proche de l'extrême droite, avait décidé d'organiser un happening devant l'IEP avec plusieurs militantes. Selon une source proche de l'enquête, une dizaine de militants nationalistes étaient venus en renfort pour assurer leur sécurité.
Une rixe entre militants d'extrême droite et d'extrême gauche
De source policière, une rixe a éclaté vers 18h30 aux abords de l'IEP entre des militants d'extrême droite et d'extrême gauche. Environ une cinquantaine de personnes ont été impliquées dans cette première phase d'affrontements. Une jeune femme a été blessée, sans que son pronostic vital ne soit engagé. Les protagonistes se sont ensuite dispersés.
Dans un second temps, une course-poursuite a débuté dans les rues proches de l'IEP. De source policière, deux groupes rivaux d'une vingtaine de personnes chacun ont fini par s'affronter environ deux kilomètres plus loin, quai Fulchiron, dans le 5e arrondissement. C'est dans ces circonstances, qui restent à éclaircir, que Quentin a été violemment frappé.
Le jeune homme a été pris en charge par les pompiers à 19h40 avec un hématome important à la tête. Hospitalisé à l'Hôpital Édouard-Herriot, il souffrait de nombreuses lésions cérébrales. Il a été placé dans un coma artificiel, en état de mort cérébrale. Son décès a été annoncé ce dimanche par le parquet.
"L'enquête se poursuit, elle est conduite dorénavant du chef de coups mortels aggravés, en plus des violences aggravées par trois circonstances", a précisé le parquet dans un communiqué vendredi. L'enquête a été confiée à la Direction interrégionale de la police nationale (DIPN).
La famille dénonce un «meurtre commis en bande organisée»
L'avocat de la famille, Me Fabien Rajon, conteste la thèse d'une simple rixe. "La thèse de la simple rixe entre deux groupes rivaux ne semble pas correspondre à la réalité des faits : il s'agirait plutôt d'un lynchage gratuit de la part de plusieurs individus, en surnombre et armés, qui se seraient acharnés sur la victime isolée", a-t-il déclaré dans un communiqué. La famille du jeune homme dénonce un "crime" et appelle "au calme et à la retenue". Dans un second communiqué, elle a souhaité "dénoncer, en conscience, non seulement des violences aggravées mais un meurtre, visiblement commis en bande organisée".
Selon Me Rajon, "le jeune Quentin n'était ni agent de sécurité, ni membre d'un quelconque service d'ordre et qu'il n'avait aucun antécédent judiciaire". "Quentin n'a jamais été mis en cause dans la moindre affaire et encore moins pour violence par le passé, son casier judiciaire est vierge. Étudiant en mathématiques de 23 ans, pratiquant le tennis et la philosophie, il était investi dans la vie pastorale, en particulier au sein de la chorale de sa paroisse. Quentin a toujours défendu ses convictions de manière non-violente", a-t-il ajouté.
Le collectif Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs de Quentin un collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, qui serait un "membre actif de la Jeune Garde". Ce collectif antifasciste lyonnais, créé en 2018 et dont Raphaël Arnault est l'un des fondateurs, a été dissous le 12 juin 2025 par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bruno Retailleau, pour "agissements violents". Le même jour, Lyon Populaire, un groupuscule d'extrême droite lyonnais, avait également été dissous pour les mêmes motifs. Ce sont généralement ces deux groupes qui s'affrontent régulièrement devant le campus de Lyon 2 depuis des années. "Mais c'est la première fois que l'on se retrouve avec une personne entre la vie et la mort", avait confié à l'AFP une source proche de l'enquête.
«La haine qui assassine n'a pas sa place chez nous», affirme Emmanuel Macron
Sur X, Emmanuel Macron a réagi au décès du jeune homme. "À Lyon, Quentin a été victime d'un déferlement de violence inouï. Il a perdu la vie à 23 ans seulement. À sa famille et à ses proches, j'adresse mes pensées et le soutien de la Nation. En République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l'on tue. Au contraire, tout le sens de nos institutions est de civiliser les débats et de protéger la libre expression d'arguments. Poursuivre, traduire devant la justice et condamner les auteurs de cette ignominie est indispensable. La haine qui assassine n'a pas sa place chez nous. J'appelle au calme, à la retenue et au respect", a écrit le président de la République.
À Lyon, Quentin a été victime d’un déferlement de violence inouï.
Il a perdu la vie à 23 ans seulement.
À sa famille et à ses proches, j’adresse mes pensées et le soutien de la Nation.
En République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue.…
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) February 14, 2026
Rima Hassan a "fermement" condamné l'agression, précisant que le service d'ordre de La France insoumise "n'a jamais recours à la violence et qui n'est en aucun cas impliqué dans ces affrontements". Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a condamné "avec la plus grande fermeté toute violence physique", assurant que "personne ne doit perdre la vie pour ses idées".