Le jeudi 8 octobre 2026 à 13:59
Trois mineurs soupçonnés d'avoir participé au passage à tabac d'un commandant de police à Belfort (Territoire de Belfort), en marge de la mobilisation lycéenne, ont été interpellés et placés en garde à vue ce mercredi 7 octobre. Deux autres adolescents sont déjà mis en examen dans ce dossier. En parallèle, la plainte pour "tentative de meurtre" déposée par l'un d'eux contre le policier a été dépaysée à Vesoul (Haute-Saône), et l'enquête a été confiée à l'IGPN.
Les trois jeunes, âgés de 16 et 17 ans, "sont suspectés d'avoir participé directement aux violences sur le commandant de police", a précisé à l'Agence France-Presse le procureur de la République de Belfort, Paul-Édouard Lallois. Ils ont "logiquement été interpellés à la suite des investigations bien entamées ce week-end", a ajouté le magistrat. Selon Ici, aucun des trois n'est connu de la justice et la vidéo de l'agression, massivement partagée sur les réseaux sociaux, a permis de les identifier. Leurs gardes à vue s'inscrivent dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour violences aggravées sur un fonctionnaire de police, lors de manifestations sur la voie publique. Les circonstances aggravantes de réunion et de dissimulation du visage ont été retenues. Dimanche, le procureur avait fait savoir qu'au moins deux autres individus, auteurs des principaux coups, avaient été identifiés, et que d'autres suspects étaient toujours recherchés.
Un commandant roué de coups près du lycée Gustave-Courbet
Les faits se sont produits vendredi 2 octobre au matin, aux abords du lycée Gustave-Courbet, où quelque 250 jeunes s'étaient rassemblés dans le cadre du mouvement lycéen. Le chef du service départemental du renseignement territorial (SDRT), qui intervenait seul et en civil, venait d'interpeller dans le lit de la Savoureuse un lycéen soupçonné de jets de projectiles et de feux de poubelles. Alors qu'il remontait avec lui vers le parc François-Mitterrand, l'officier a été envoyé au sol. Plusieurs personnes l'ont ensuite frappé au visage, à coups de poing et de pied. Le commandant a perdu connaissance quelques instants et présentait plusieurs plaies au visage. Il a été hospitalisé et s'est vu prescrire 8 jours d'ITT.
Deux lycéens de 17 et 15 ans ont été mis en examen dimanche pour "violences volontaires aggravées". Le plus âgé a été placé en détention provisoire et le plus jeune sous contrôle judiciaire. L'adolescent incarcéré est celui que le commandant venait d'interpeller : il était parvenu à prendre la fuite, avant de revenir porter des coups de pied au policier, alors à terre. Son avocat, Me Arié Alimi, a fait appel de son placement en détention provisoire. Cet appel sera examiné le 14 octobre par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon (Doubs).
La plainte pour «tentative de meurtre» confiée à l'IGPN
Le lycéen incarcéré a de son côté porté plainte contre le commandant, qu'il accuse de lui avoir maintenu la tête sous l'eau lors de son interpellation. La plainte a été déposée pour "tentative de meurtre" contre le commandant. Elle vise aussi, pour "complicité par instigation", le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, mis en cause pour ses "consignes" aux forces de l'ordre engagées sur les mobilisations lycéennes. Adressée au parquet de Belfort, la procédure a été dépaysée au profit de celui de Vesoul. Ce mécanisme permet d'éviter tout conflit d'intérêts. Mercredi, le parquet de Vesoul a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "tentative de meurtre", confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Lors d'une conférence de presse dimanche, le procureur de Belfort a affirmé qu'aucun élément ne permettait d'établir que le visage du lycéen s'était retrouvé sous l'eau. Il a souligné que la profondeur de l'eau n'excédait pas 19 centimètres à cet endroit. En garde à vue, l'adolescent a lui-même répondu par la négative lorsque les enquêteurs lui ont demandé si le policier avait tenté de le noyer au moment de son interpellation.