Le jeudi 29 octobre 2026 à 22:06
Un juge d'instruction a été saisi de l'enquête sur la mort de Mauricio, 44 ans, survenue mardi 27 octobre alors qu'il était en garde à vue au commissariat de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Le parquet de Bobigny l'a annoncé ce jeudi 29 octobre dans un communiqué. Il y retrace le déroulé de la garde à vue, au cours de laquelle les policiers ont fait usage d'un bâton télescopique, et livre les premières conclusions de l'autopsie. Dans un communiqué, l'avocat de la famille affirme de son côté que l'examen "révèle des violences graves commises par les policiers".
Tout a commencé lundi 26 octobre, peu avant 15 heures. Selon le parquet, la police municipale est intervenue dans un établissement de restauration rapide après un appel signalant un individu qui proférait "des insultes à caractère sexiste à l'encontre d'une victime". Pendant son transport vers le commissariat, l'homme "fortement alcoolisé" a de nouveau proféré des "outrages à caractère sexiste à l'encontre d'une policière municipale". Une fois sur place, il a "outragé" et "menacé les policiers présents", d'après le ministère public. Ce peintre de profession a été interpellé pour outrages sexistes, outrages et menaces sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Soumis à un dépistage d'imprégnation alcoolique à 15h35, il "soufflait à 1,37 mg/l d'air expiré", précise le procureur de la République de Bobigny.
Pendant les fouilles de sécurité, d'après le parquet, les policiers ont rapporté que l'homme "très virulent" avait continué de les outrager et de les menacer, tentant de les "frapper". Les fonctionnaires l'ont d'abord repoussé à "main fermée" au niveau de l'épaule. Ils ont ensuite fait usage d'un "bâton télescopique au niveau de la jambe gauche et sur les obliques de l'abdomen", avant de le stabiliser au sol.
Retrouvé inconscient dans sa cellule
Conduit à l'hôpital dès son interpellation, il n'y a pas été admis, un médecin estimant que son état de santé était compatible avec la garde à vue. Un nouvel examen médical, réalisé dans la nuit, a confirmé cet avis. Mardi, le parquet a autorisé la prolongation de la garde à vue. À 14h58, les policiers ont découvert Mauricio "allongé au sol dans sa cellule, inconscient, avec un pouls perceptible". Ils lui ont prodigué les gestes de premiers secours jusqu'à l'arrivée des sapeurs-pompiers, à 15h10. Les secours ne sont pas parvenus à le réanimer. Le procureur souligne que, selon la procédure, l'homme se trouvait seul en cellule au moment de son décès.
«Des zones d'infiltration hémorragique»
L'autopsie a été pratiquée mercredi. Elle a mis en évidence des "lésions en lien avec des soins/manœuvres de réanimation", ainsi que "des zones d'infiltration hémorragique" sous la peau du cuir chevelu. Le médecin légiste en a également relevé au niveau des membres inférieurs, dont la "cuisse gauche", et au niveau des "membres supérieurs". L'examen a aussi révélé des problèmes cardiaques antérieurs. Le légiste a toutefois conclu à "l'absence de lésion traumatique expliquant le décès". Le parquet a requis des expertises complémentaires en toxicologie et en anatomopathologie, afin de se prononcer sur "l'étiologie du décès chez cet individu présentant un état antérieur cardiaque". L'enquête avait d'abord été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), une saisine "habituelle" en cas de décès en garde à vue, selon le parquet.
«La première version officielle a tenté d'étouffer l'affaire»
Dans son communiqué, Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille, affirme que l'autopsie révèle "des blessures à la tête, aux jambes et sur les membres supérieurs". Selon lui, ces éléments "connus depuis hier matin, n'avaient jusqu'alors pas été divulgués". "La première version officielle a tenté d'étouffer l'affaire : Mauricio serait mort 'tout seul', d'un simple malaise, en éludant totalement les violences commises sur sa personne et en invoquant un problème cardiaque", écrit-il. Il juge cette version "inadmissible alors que les policiers auraient eux-mêmes indiqué avoir porté des coups" à Mauricio, "notamment des coups de matraque télescopique". Il estime également "scandaleux" que les policiers impliqués n'aient pas encore été auditionnés par l'IGPN.
Mercredi, le père de la victime, Maurice, a déposé plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises par une personne dépositaire de l'autorité publique, un crime puni de vingt ans de réclusion criminelle. Me Yassine Bouzrou assurait alors qu'"on ne meurt pas comme ça tout seul en garde à vue alors qu'on n'a aucun problème de santé". Selon lui, cette plainte est aujourd'hui "corroborée par les éléments de faits et médicaux" dont la famille ne disposait pas au moment du dépôt. Après l'ouverture de l'information judiciaire, la famille demande que les policiers "soient placés en garde à vue sans délai et s'expliquent devant un juge".