Le lundi 26 octobre 2026 à 19:33
La garde à vue de Kévin T., le suspect de l'attentat de Trappes et de La Verrière (Yvelines), a repris ce lundi après-midi, après un nouvel examen psychiatrique à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP). Lors d'une conférence de presse ce lundi à 18 heures, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a détaillé le parcours de cet homme de 39 ans, qui a ouvert le feu sur huit sites vendredi matin. Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans, a été tué et sept personnes ont été blessées. Inconnu des services de renseignement, le suspect conteste le caractère raciste des faits.
Un psychiatre de l'IPPP, où Kévin T. avait été transféré dans la nuit de samedi à dimanche, a de nouveau examiné le suspect ce lundi. "Il relevait que Kévin T. ne présentait pas de symptômes de décompensation aiguë, ni de signes directs ou indirects en faveur d'une activité hallucinatoire ou délirante. Il ne présentait pas de signes cliniques d'une pathologie aliénante décompensée justifiant une hospitalisation sous contrainte", a indiqué Olivier Christen. La garde à vue a donc repris à 14h46. Elle est "susceptible de durer jusqu'au jeudi 29 octobre 2026 à 00h36", a précisé le magistrat.
Huit scènes de crime sur un parcours de 12 km
Vendredi, vers 10 heures, Kévin T. "ouvrait le feu à l'aide d'un pistolet-mitrailleur en 8 lieux dans le cadre d'un périple de 12 km, sur les communes de Trappes et La Verrière, avant d'être interpellé à Coignières", a retracé le procureur. Le suspect a d'abord tiré depuis sa voiture sur un autre véhicule, avenue Hector Berlioz à Trappes, sans faire de blessé. Dans la même avenue, à hauteur de la "Maison de Santé", il a visé un homme sans l'atteindre. Il a ensuite tué Pengo Bossio Wangi au niveau du square Louis Pergaud. Il a encore tiré depuis sa voiture sur deux autres véhicules, à l'intersection Maurice Ravel/Clément Ader puis avenue Henri Barbusse, sans blesser leurs occupants.
À la station Esso du boulevard Martin Luther King, "après être sorti de son véhicule, il tirait sur un autre véhicule ainsi que sur des personnes aux abords de la station essence, et en blessait gravement une à l'entrée de la boutique", a poursuivi Olivier Christen. Il a ensuite grièvement blessé deux personnes au niveau de la pharmacie "Bois de l'Etang", à La Verrière. Lors de la dernière scène, "toujours à La Verrière", le tireur a fait feu "à de nombreuses reprises" et a grièvement blessé "une enfant de 11 ans". Il s'agit de la fillette dont la mère avait témoigné auprès de RTL. Elle est âgée de 11 ans, et non de 12 comme indiqué dans un premier temps. "Un décompte plus précis sera communiqué ultérieurement, mais en l'état 128 munitions tirées ont été dénombrées", a fait savoir le magistrat.
Le pronostic vital de la fillette n'est plus engagé, une victime toujours entre la vie et la mort
Le procureur a dressé un bilan détaillé des victimes. Pengo Bossio Wangi était de nationalité française. Quatre personnes ont été grièvement blessées. "Trois d'entre elles sont toujours hospitalisées à l'heure où je vous parle", et "le pronostic vital de l'une d'entre elles est toujours engagé", a rapporté Olivier Christen. Celui de la fillette "n'est plus engagé depuis hier". Trois autres personnes ont été plus légèrement blessées. Huit personnes directement visées par les tirs n'ont pas été blessées physiquement, dont une autre enfant âgée de 12 ans.
Un «périple meurtrier, particulièrement préparé»
Le procureur a expliqué pourquoi le PNAT s'est saisi de l'affaire. "Dès les premières informations transmises par le procureur de la République de Versailles, la gravité intrinsèque des faits, caractérisée par l'existence d'un périple meurtrier, particulièrement préparé, l'usage d'un pistolet-mitrailleur et le ciblage de nombreuses victimes, dont des enfants, nous a conduits à retenir des qualifications terroristes, et donc notre compétence", a-t-il déclaré.
L'enquête de flagrance vise des assassinats et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Elle porte aussi sur l'acquisition et la détention d'une arme de catégories A et B en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que sur une tentative de destruction par un moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste. Le chef d'association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes contre les personnes a également été retenu. Les investigations sont confiées à la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), service coordonnateur, à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ainsi qu'aux directions zonales et à la direction interrégionale de Versailles de la police nationale.
Dès sa saisine, le PNAT a retenu une circonstance aggravante. "Le profil de la majorité des victimes et certains propos qui auraient été tenus par le mis en cause nous ont par ailleurs conduits à retenir la circonstance aggravante de faits liés à l'appartenance vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion", a détaillé Olivier Christen. Cette circonstance avait déjà été retenue pour les crimes de Mohamed Merah à Toulouse (Haute-Garonne) en 2012. Elle l'avait aussi été plus récemment pour les faits commis à La Grande-Motte (Hérault) en 2024 et à Puget-sur-Argens (Var) en 2025. "Il doit être précisé qu'à ce stade des investigations, Kévin T. conteste le caractère raciste de ces crimes", a souligné le magistrat.
Attentat à Trappes: le procureur de la République antiterroriste déclare que "128 munitions tirées ont été dénombrées" https://t.co/lhBM3yXZqm
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L'assaillant n'a opposé aucune résistance lors de son interpellation
Le suspect, de nationalité française, a été interpellé à 10h20 par les policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de Saint-Quentin-en-Yvelines, "quelques minutes après les faits alors qu'il circulait à bord de son véhicule Renault Clio". "Il n'opposait aucune résistance lors de son interpellation", a observé le procureur. "Son casier judiciaire porte mention de quatre condamnations de droit commun, toutes réhabilitées de plein droit, du fait de la loi au regard de leur ancienneté. Cette réhabilitation m'interdit d'en faire état de façon plus spécifique. La dernière date de 2012", a-t-il ajouté. Le suspect "était par ailleurs inconnu des services de renseignement", selon le magistrat. Comme l'avait annoncé le PNAT dimanche, les analyses toxicologiques ont révélé la présence de THC et de cocaïne dans son sang.
Attentat raciste à Trappes: "Kévin T. conteste le caractère raciste de ses crimes", annonce le procureur de la République antiterroriste https://t.co/DQXQfpfh8m
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Aucun tract politique dans sa voiture
Lors de la fouille de sa voiture, les enquêteurs ont découvert "un pistolet-mitrailleur de marque Sten, calibre 9 mm, ainsi que plusieurs éléments d'armes et de munitions, en particulier des chargeurs et un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes, un brassard Police". "Je tiens à préciser qu'aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans son véhicule", a insisté Olivier Christen, faisant suite à une information erronée publiée par un quotidien ce lundi.
Le suspect a déclaré avoir piégé son appartement de Plaisir, dont il était propriétaire. La perquisition a donc été menée avec l'appui du RAID et des services de déminage. "Ces services ont indiqué que le système composé de 2 minuteurs branchés sur des prises de courant était assez basique, et mal configuré en ce que les brins de fils étaient torsadés et non écartés. L'ouverture de la fenêtre puis de la porte par le RAID a permis de faire baisser l'intensité en gaz. Cela étant, le dispositif fonctionnel était de nature à détruire l'appartement et à endommager les appartements adjacents", a expliqué le procureur.
Des «actes auto-agressifs» en garde à vue
Placé en garde à vue vendredi, Kévin T. avait été examiné par un médecin, qui avait jugé son état de santé compatible avec la mesure. "Face au comportement de Kévin T., notamment des actes auto-agressifs et des propos incohérents dans le temps de sa garde à vue, ainsi qu'au regard des témoignages de ses proches sur son état psychique, les enquêteurs faisaient appel aux pompiers qui préconisaient, après examen, la poursuite de la mesure dans un cadre hospitalier", a relaté Olivier Christen.
Samedi après-midi, le suspect a été transféré à l'unité CUSCO de l'Hôtel-Dieu, à Paris. Un médecin légiste y a déclaré la garde à vue compatible avec son état de santé, "sous réserve de son déroulement hospitalier". En fin de journée, le PNAT a requis un examen psychiatrique. Le médecin a conclu que son état nécessitait une période d'observation "susceptible de durer 48 heures maximum". La garde à vue a été levée dimanche à 00h30, et Kévin T. a été transféré à l'IPPP, en application de l'article L3213-2 du code de la santé publique.
"Quatre membres de son entourage familial et amical ont par ailleurs été placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête de flagrance. Ces mesures ont été levées dans la soirée du 25 octobre 2026, sans suites à ce stade", a signalé le procureur.
Une vidéo de l'attaque publiée sur les réseaux sociaux
L'association France Victimes 78 a été saisie pour accompagner les victimes. Dès vendredi, le préfet des Yvelines a ouvert un centre d'accueil des victimes et des impliqués dans les mairies de Trappes et de La Verrière, et a déployé une cellule d'urgence médico-psychologique.
Olivier Christen a aussi évoqué les vidéos de certaines scènes, qui circulent sur les réseaux sociaux depuis dimanche soir. Il a rappelé que l'article 35 quater de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse punit de 15 000 euros d'amende la diffusion de telles images, lorsqu'elle porte gravement atteinte à la dignité de la victime et qu'elle est réalisée sans son accord. "Je ne peux ainsi qu'appeler à la responsabilité de chacun et demander expressément que, par respect pour les victimes et conformément à la loi, aucune image des faits où il est porté atteinte à leur intégrité ne soit diffusée", a-t-il déclaré.
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