Le jeudi 22 octobre 2026 à 23:45
Deux policiers soupçonnés d'avoir violé une femme au dépôt du tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ont été remis en liberté, après près d'un an passé en détention provisoire. Saisie par le parquet, la chambre de l'instruction a confirmé ce jeudi 22 octobre la décision du juge d'instruction, qui avait ordonné leur libération sous surveillance électronique, comme l'a révélé Le Figaro. Les deux fonctionnaires, mis en examen pour viols et agressions sexuelles, affirment que les relations sexuelles étaient consenties.
C'est le 13 octobre dernier que le magistrat instructeur a décidé de remettre en liberté les deux hommes, placés sous bracelet électronique dans l'attente de la fin des investigations, selon des sources proches du dossier citées par l'AFP. Le juge d'instruction a également refusé de saisir le juge des libertés et de la détention (JLD) afin de prolonger leur détention provisoire. Le ministère public a fait appel de l'ordonnance de remise en liberté comme de ce refus de saisir le JLD. Dans l'attente de l'audience, les deux policiers étaient déjà sortis de prison. Ce jeudi, la chambre de l'instruction a "confirmé l'ordonnance du juge d'instruction", a indiqué une source judiciaire.
Les deux mis en cause sont aujourd'hui âgés de 24 et 36 ans. Contactés par l'AFP, Me Xavier Nogueras et Me Léa Canches, les avocats de l'un d'eux, ont confirmé la décision concernant leur client, sans faire de commentaire. L'avocat du second policier n'a pas souhaité s'exprimer non plus.
Violée à deux reprises dans la nuit, selon la plaignante
La plaignante, âgée de 26 ans, se trouvait au dépôt du tribunal dans le cadre d'un déferrement pour des faits de "soustraction par un parent à ses obligations légales", avait précisé le procureur de la République de Bobigny, Éric Mathais. Elle accuse les deux policiers de l'avoir violée à deux reprises dans la nuit du 28 au 29 octobre 2025, alors qu'elle attendait d'être présentée à un magistrat. Le soir du 29 octobre, la jeune femme a dénoncé les faits directement auprès d'un magistrat du parquet, ce qui a aussitôt déclenché une enquête.
Le dépôt, installé au sous-sol du palais de justice, accueille chaque jour des dizaines de personnes, notamment des gardés à vue en attente d'être présentés à un magistrat ou des prévenus devant être jugés en comparution immédiate.
Les deux fonctionnaires ont été mis en examen et écroués le 1er novembre 2025 à Paris pour "viols et agressions sexuelles par personnes abusant de l'autorité conférée par leurs fonctions". La procureure de Paris, Laure Beccuau, avait alors indiqué que les deux policiers avaient "reconnu la réalité des relations sexuelles" avec la plaignante, mais qu'ils les "prétendent consenties". La magistrate s'était interrogée sur "la réalité d'un consentement lorsque l'on considère que cette femme était retenue au dépôt d'un palais de justice, donc qui était privée déjà de sa liberté d'aller et venir et était dans une situation en tout cas de contrainte physique".
Une policière désormais présente dans les équipes de nuit
L'affaire avait suscité une vive émotion. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait réagi en estimant que "s'ils (étaient) avérés, ces agissements (étaient) extraordinairement graves et inacceptables". Des avocats de Seine-Saint-Denis avaient ensuite entamé une grève.
À la suite de ces faits, la justice a décidé qu'une policière serait systématiquement présente au sein des équipes de nuit chargées de la surveillance du dépôt du tribunal de Bobigny.