Le mercredi 13 mai 2026 à 20:09
L'affaire prend une ampleur considérable. Cinquante-huit enfants, âgés de 2 mois à 5 ans, ont été identifiés comme ayant été gardés par un baby-sitter de la métropole lilloise au sein de 44 familles, entre mars 2023 et décembre 2025. Parmi eux, 18 sont susceptibles d'avoir été victimes de viols ou d'agressions sexuelles, selon le parquet. Déjà mis en cause pour le viol d'un enfant de moins de trois ans et déjà condamné par le passé pour des faits similaires, l'homme a été mis en examen et placé en détention provisoire. En état de récidive légale, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Une affaire datant de 2014 commise à Poitiers a par ailleurs été rattachée à la procédure. C'est ce qu'a indiqué le procureur de la République de Lille, Samuel Finielz, dans un communiqué publié ce mercredi 13 mai.
Pour rappel, cet homme de 36 ans, baby-sitter recruté via une plateforme internet dédiée à la garde d'enfants, avait déjà été condamné en 2020 par le tribunal correctionnel de Nice (Alpes-Maritimes) à cinq ans d'emprisonnement pour agression sexuelle sur mineur de 15 ans. Il est incarcéré depuis le 9 janvier 2026, après les révélations d'une mère ayant dénoncé le viol de son fils de deux ans et dix mois, comme l'avait précisé le parquet dans un précédent communiqué du 15 janvier dernier.
18 enfants susceptibles d'avoir été victimes
Ce sont les enquêteurs de la brigade des mineurs du service local de police judiciaire (SLPJ) de Lille qui ont poursuivi les investigations. Comme le précise le procureur, ce travail a permis l'identification de "tous les parents qui ont pu avoir recours aux services de cet individu via cette plate-forme de mises en relation dédiées à la garde d'enfants". Des investigations restent toutefois à mener "sur un autre site sur lequel l'intéressé aurait pu être plus anciennement référencé".
Au total, "58 enfants ont été identifiés comme ayant été gardés par le mis en cause entre mars 2023 et décembre 2025 au sein de 44 familles domiciliées sur Lille et son agglomération", indique Samuel Finielz. Sur ces 58 enfants, 18 sont susceptibles d'avoir été victimes de faits qualifiés de "viols et agressions sexuelles commis sur un mineur de 15 ans pour 3 enfants" et "agressions sexuelles commises sur un mineur de 15 ans pour 15 enfants, dont 2 sont de surcroit concernés par des faits de corruption de mineurs". Ces enfants étaient âgés de 2 mois à 5 ans au moment des faits. Le concours d'une association d'aide aux victimes a été proposé à l'ensemble des familles concernées.
Par ailleurs, une affaire plus ancienne a été rattachée à la procédure lilloise. "Le parquet de Poitiers s'est dessaisi au profit du parquet de Lille d'une procédure portant sur des faits commis pendant l'été 2014 au préjudice d'un autre enfant avec lequel le mis en cause a été en contact à l'époque dans le cadre d'un centre aéré de Poitiers (Vienne), ces faits étant qualifiés de viol et agression sexuelle sur mineur de 15 ans", précise le communiqué. Cet enfant constitue une 19e victime potentielle, distincte des 18 identifiées dans le cadre des investigations lilloises.
Mis en examen et placé en détention provisoire
Détenu depuis le 9 janvier, le mis en cause a fait l'objet d'une reprise de garde à vue le 11 mai pour l'ensemble de ces faits, ainsi que pour des faits de détention d'images d'atteintes sexuelles sur un animal domestique ou détenu en captivité. Ces derniers faits "ont été découverts à l'occasion de l'exploitation des supports de stockage des données numériques saisis en perquisition au domicile du mis en cause au mois de janvier 2026", indique le procureur. Durant sa garde à vue, l'intéressé a "pour l'essentiel exercé son droit au silence, tout en niant la commission des faits".
À l'issue de cette mesure, le 12 mai, le parquet de Lille a requis l'ouverture d'une information judiciaire des chefs de viols commis sur mineurs de 15 ans, d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, et de détention d'images d'atteintes sexuelles sur un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité. Mis en examen pour l'ensemble de ces chefs, il a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention, par ordonnance conforme aux réquisitions du parquet de Lille. "En état de récidive légale sur l'ensemble des infractions commises postérieurement à sa libération, la peine encourue par le mis en examen est la réclusion criminelle à perpétuité", souligne Samuel Finielz. Les investigations se poursuivent désormais sous la direction du juge d'instruction.
Un rappel sur les vérifications possibles avant une embauche
Le parquet de Lille a tenu à préciser la nature des vérifications qu'un particulier employeur de garde d'enfants à domicile peut effectuer avant une embauche. "Tout particulier employeur qui souhaite avoir recours à une prestation de baby-sitting est en droit de solliciter de l'intervenant la production d'un extrait du bulletin n°3 du casier judiciaire", indique le procureur.
Ce document mentionne notamment les condamnations à une peine privative de liberté supérieure à deux ans sans sursis, celles inférieures à deux ans sans sursis lorsque le tribunal a ordonné leur inscription sur ce bulletin, ainsi que les mesures de suivi socio-judiciaire et peines d'interdiction d'exercer une activité au contact habituel de mineurs. L'employeur ne peut toutefois "conserver cet extrait du bulletin n°3 du casier judiciaire" ni "le diffuser ou en faire état auprès de tiers".