Marseille : Une policière mise en examen pour avoir vendu des milliers de fiches confidentielles au grand banditisme

Une fonctionnaire de police en poste dans un commissariat de Marseille est soupçonnée d'avoir consulté et revendu plus de 5000 fiches issues des fichiers de police via Telegram, compromettant au moins une dizaine d'opérations judiciaires. Un commanditaire présumé a été écroué mi-mars.
Marseille : Une policière mise en examen pour avoir vendu des milliers de fiches confidentielles au grand banditisme
Illustration. (Shutterstock)
Par Actu17
Le vendredi 27 mars 2026 à 21:16

Une policière d'une vingtaine d'années, affectée dans un commissariat de Marseille, a été mise en examen pour avoir vendu des milliers d'informations confidentielles issues des fichiers de police à des malfaiteurs via la messagerie Telegram. Un homme présenté comme un commanditaire a également été interpellé et écroué au mois de mars. L'enquête a été ouverte par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris. L'Office anti-cybercriminalité (OFAC) et l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont été co-saisis de cette enquête, indique le parquet de Paris, confirmant une information de franceinfo.

En juin 2025, dans le cadre de sa veille sur les réseaux sociaux, l'OFAC a identifié un canal Telegram proposant la vente "d'extractions directes de fichiers police". Ce canal permettait à ses clients de savoir s'il existait des fiches de recherches à leur encontre, de connaître l'existence d'enquêtes en cours les concernant, ou encore d'obtenir des informations personnelles comme le véhicule utilisé par une personne donnée, son adresse ou son numéro de téléphone. Parmi les publications du canal, les enquêteurs ont relevé des photographies d'un téléphone NEO, un smartphone professionnel des forces de l'ordre.

Plus de 5000 fiches consultées

Les investigations ont permis de remonter jusqu'à une policière affectée à l'accueil du public et à la prise de plaintes dans un commissariat marseillais. L'IGPN a été alertée par deux canaux différents de "l'ampleur exceptionnelle" de ses consultations : plus de 5000 fiches consultées, alors que son poste ne le justifiait pas. La fonctionnaire vendait chaque fiche pour une somme d'environ 15 euros — un tarif bien inférieur aux prix habituellement pratiqués, compris entre 50 et 100 euros — et a perçu au total une dizaine de milliers d'euros sur un compte PayPal entre mai et septembre 2025. Elle transmettait les informations à un intermédiaire via Telegram, qui les revendait ensuite à des criminels dans toute la France.

"Il est ressorti des investigations qu'au moins une dizaine d'opérations de police judiciaire avaient directement été impactées par ces faits, notamment dans des informations ouvertes pour des trafics internationaux de stupéfiants, tentative de meurtre, enlèvement et séquestration, détention d'armes de catégorie B et association de malfaiteurs", a précisé le parquet de Paris. Selon franceinfo, un trafiquant de drogue a pu identifier le véhicule de police qui le surveillait, tandis que des suspects ont pris la fuite juste avant leur interpellation dans une affaire d'enlèvement et séquestration.

«Un commanditaire particulièrement sollicitant»

La policière a été interpellée le 23 septembre 2025 puis mise en examen le lendemain. Placée en détention provisoire pendant trois mois, elle a été remise en liberté sous contrôle judiciaire à Noël 2025. Elle est désormais interdite d'exercer.

"Un commanditaire particulièrement sollicitant a été interpellé à son tour le 11 mars 2026", a indiqué le parquet de Paris. "Il a été mis en examen le 13 mars 2026, et placé en détention provisoire le même jour."

L'information judiciaire a été ouverte pour de nombreuses infractions, parmi lesquelles corruption active et passive, accès, extraction et transmission frauduleux en bande organisée dans un système de traitement automatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l'État, entente en vue d'un accès frauduleux à un tel système, association de malfaiteurs, détournement de la finalité d'un traitement de données à caractère personnel, violation du secret professionnel, ou encore fourniture d'une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée. Les peines encourues vont jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 1 000 000 d'euros d'amende. Les investigations se poursuivent sous la direction des juges d'instruction.