Le dimanche 3 mai 2026 à 19:15 - MAJ dimanche 3 mai 2026 à 20:34
Un sexagénaire déclaré mort après 40 minutes de tentatives de réanimation a finalement vu son cœur se remettre à battre trois heures plus tard, au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes (Ille-et-Vilaine). Les faits se sont produits le 23 avril dernier raconte Ouest-France. Aujourd'hui conscient et en voie de rétablissement, le patient, Didier, âgé de 62 ans, attend désormais sa sortie de l'hôpital. Les spécialistes évoquent le rarissime syndrome de Lazare pour expliquer ce phénomène.
Ce jour-là, peu avant midi, Didier est transporté au CHU de Rennes pour une dialyse. Un soin qu'il suit trois fois par semaine, en raison d'un cancer et d'une insuffisance rénale qui l'oblige à vivre avec un seul rein depuis plusieurs années. Mais peu avant la fin de l'intervention, le sexagénaire est victime d'un arrêt cardiaque foudroyant.
Pendant quarante minutes, le personnel soignant se relaie pour tenter de le réanimer, en vain. Les médecins finissent par annoncer son décès à ses proches, qui se préparent à rejoindre la chambre mortuaire. "On savait que sa santé était fragile, mais il s'est toujours battu contre ses problèmes de santé", confie sa nièce Allisson à Ouest-France.
«On nous a annoncé qu'ils avaient retrouvé un pouls»
Vers 15 heures, soit environ trois heures après l'annonce du décès, coup de théâtre. Allisson reçoit un appel de l'hôpital. "On nous a annoncé qu'ils avaient retrouvé un pouls", relate la jeune femme. Didier est alors placé en coma artificiel dans le service de réanimation médicale, dans un état toujours critique.
Deux jours plus tard, le samedi 25 avril, les médecins décident de le désintuber. À la surprise générale, son état s'améliore rapidement. Le sexagénaire se réveille, reprend l'usage de la parole et parvient à bouger ses membres. Transféré dans le service des soins intensifs cardiorespiratoires le mercredi 29 avril, il attend désormais de pouvoir regagner son domicile. "C'est étonnant que je sois toujours en vie, j'ai eu beaucoup de chance", a-t-il confié.
Le rarissime syndrome de Lazare
Pour expliquer ce phénomène, un spécialiste en réanimation contacté par nos confrères évoque le syndrome de Lazare. "Les constantes vitales descendent à des seuils minimaux difficilement perceptibles et laisser penser au décès de la personne. On ne perçoit plus son pouls, ses pupilles ne réagissent plus à la lumière ni aux autres stimuli comme pincer très fort sa peau", détaille-t-il.
Ce phénomène médical, également appelé "autoréanimation", désigne la reprise spontanée d'une activité cardiaque après l'arrêt des manœuvres de réanimation. Il a été décrit pour la première fois en 1982 par une équipe d'Helsinki, en Finlande, ainsi que par des médecins du centre hospitalier de Dreux (Eure-et-Loir). Le terme de "phénomène de Lazare" a été introduit onze ans plus tard, en 1993, par l'anesthésiste américain Jack G. Bray, en référence au personnage biblique ressuscité par Jésus, selon les Évangiles, quatre jours après sa mort.
Plusieurs hypothèses sont avancées par la communauté médicale pour expliquer ce mécanisme. La principale concerne un défaut de relaxation thoracique : pendant le massage cardiaque, le cœur se retrouverait comprimé entre les deux poumons, et son redémarrage spontané, une fois la pression relâchée, demeure mal compris. D'autres pistes évoquent une délivrance retardée des médicaments injectés pendant la réanimation, ou des troubles du potassium sanguin.
Le syndrome de Lazare reste extrêmement rare. Selon une étude publiée en 2023 dans la revue Journal of Clinical Medicine, seuls 76 cas ont été recensés dans 27 pays jusqu'à la fin de l'année 2022. Le plus jeune patient concerné était âgé de 9 mois, le plus âgé de 97 ans. Mais les spécialistes estiment que le phénomène est largement sous-déclaré : près d'un urgentiste français sur deux affirme y avoir été confronté au moins une fois au cours de sa carrière.
Dans le cas de Didier, le mystère demeure entier, y compris pour ses proches. "Personne n'en revenait. Je n'ai toujours pas de réponse à mes questions. On ne sait pas pourquoi il a fait une crise cardiaque et comment ils ont retrouvé un pouls", confie sa nièce, qui espère obtenir des explications de la part du CHU.