Le mercredi 2 septembre 2026 à 13:11
Un deuxième poste électrique a été visé en Allemagne en l'espace de vingt-quatre heures, cette fois dans l'ouest du pays. Un court-circuit a été provoqué volontairement sur le site de Bergheim, dans l'arrondissement de Rhein-Erft, à une vingtaine de kilomètres de Cologne, ce mardi dans la soirée. Cinq blocs de centrales au lignite ont été déconnectés du réseau, sans coupure de courant pour la population. Le ministre de l'Intérieur du Land évoque un soupçon de sabotage et un lien avec l'attaque du Brandebourg, survenue le matin même, est en cours d'examen.
Les policiers ont d'abord été appelés vers 20 heures pour une panne technique sur le poste électrique, situé dans le quartier de Rheidt. Un court-circuit avait mis plusieurs lignes hors service. Mais dès le petit matin, la thèse de la défaillance a été écartée. "En l'état de l'enquête, nous ne partons pas d'un défaut technique mais d'un acte intentionnel, d'une infraction", a déclaré un porte-parole de la police d'Essen, qui a repris les investigations, selon l'agence dpa. Le poste appartient au gestionnaire de réseau Amprion, qui estime probable qu'une intervention extérieure soit à l'origine des faits, tout en assurant que l'alimentation générale et la stabilité du système ont été maintenues, indique Reuters.
«Celui qui s'attaque à ça attaque notre pays»
Le mode opératoire a été précisé par le ministre de l'Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul (CDU), lors d'un point presse à Düsseldorf. Des inconnus auraient fait passer des câbles par-dessus la ligne aérienne pour provoquer la panne. "C'était intentionnel. Celui qui s'attaque à ça attaque notre pays", a-t-il déclaré. Le ministre a qualifié un poste électrique de centre nerveux du quotidien, tout en reconnaissant que les enquêteurs disposaient de peu d'éléments à ce stade.
Les conséquences ont été immédiates sur la production. Cinq blocs de centrales au lignite exploitées par RWE ont été déconnectés du réseau, aux sites de Neurath et de Niederaußem, pour une capacité totale d'environ 4 200 mégawatts. Ils injectaient environ 3 000 mégawatts au moment des faits, selon les chiffres de l'exploitant relayés par ZDF. Deux blocs devaient être remis en service en matinée et un troisième dans la journée, selon RWE, les deux derniers n'étant pas attendus avant le week-end. La ministre de l'Économie du Land, Mona Neubaur (Verts), a souligné que l'alimentation électrique n'avait à aucun moment été menacée.
Sur les motivations, le ministre de l'Intérieur du Land est resté prudent. "Nous examinons deux directions : un sabotage piloté par un État étranger, et l'extrême gauche", a indiqué Herbert Reul, précisant qu'aucune ne pouvait être écartée. Un éventuel lien avec les faits du Brandebourg est examiné, les services étant en contact étroit. Son homologue du Brandebourg, Jan Redmann (CDU), a lui aussi relevé des similitudes entre les deux attaques, tout en rappelant que l'enquête n'en était qu'à ses débuts, rapporte Reuters. Un porte-parole de la police a toutefois estimé auprès de la chaîne publique WDR qu'il était trop tôt pour affirmer l'existence d'un tel lien.
Une enquête pour association terroriste dans le Brandebourg
Dans le dossier du Brandebourg, l'enquête a par ailleurs pris une nouvelle dimension. Les investigations portent désormais notamment sur la constitution d'une association terroriste, mais aussi sur la perturbation d'entreprises publiques, le fait d'avoir provoqué une explosion au moyen d'explosifs et la destruction de moyens de travail importants, selon l'agence dpa. Les recherches et les investigations se poursuivent aux abords du poste électrique de Preilack et de la centrale de Jänschwalde, avec des fermetures d'accès.
Mardi matin, plusieurs dizaines de dispositifs incendiaires et explosifs artisanaux avaient été retrouvés sur ce site du sud du Brandebourg, dans l'est du pays. Du matériau conducteur aurait été projeté à deux reprises sur une ligne à très haute tension, entraînant l'arrêt automatique d'un bloc de la centrale. Jan Redmann n'avait pas exclu que des "puissances étrangères" soient à l'origine de l'attaque. Il a depuis relevé des différences avec l'incendie criminel de mars 2024, revendiqué par l'extrême gauche, qui avait visé l'alimentation électrique de l'usine Tesla de Grünheide, sans pour autant écarter aucune piste.
Berlin met en cause Moscou après l'attaque de Leipzig
Ces faits interviennent au lendemain de l'annonce par le gouvernement fédéral de la responsabilité de la Russie dans la tentative d'attentat au drone explosif visant l'aéroport de Leipzig/Halle, plateforme clé de l'acheminement de l'aide militaire occidentale à l'Ukraine. Berlin a ordonné dans la foulée la fermeture du dernier consulat russe encore en activité dans le pays. La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a estimé ce mercredi que cette attaque présentait toutes les caractéristiques d'un acte de terrorisme d'État. Moscou affirme qu'aucune preuve n'étaye ces accusations.
Le président de la commission des affaires intérieures du Bundestag, Alexander Throm, a de son côté jugé auprès de Reuters "extrêmement suspect" le nombre de faits perturbateurs survenus avant l'élection régionale prévue ce week-end en Saxe-Anhalt, où l'AfD est donnée en tête des sondages. Appelant à une meilleure protection des installations, Jan Redmann a résumé la séquence : "Il y a quelques semaines à peine, nous discutions longuement de nos aéroports ; aujourd'hui, l'attention s'est de nouveau portée sur les infrastructures d'approvisionnement énergétique."