Deux figures du narcotrafic marseillais interpellées en Algérie : ce que l'on sait

Deux figures du narcotrafic marseillais, dont l'un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, ont été arrêtées en Algérie à quelques jours d'intervalle. Aucune des deux n'a été incarcérée. Actu17 récapitule ce que l'on sait de ces deux interpellations et du profil des deux hommes.
Deux figures du narcotrafic marseillais interpellées en Algérie : ce que l'on sait
Alger en mars 2026. (Illustration / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le vendredi 7 août 2026 à 22:48 - MAJ vendredi 7 août 2026 à 23:01

Deux figures présumées du narcotrafic marseillais ont été interpellées en Algérie à quelques jours d'intervalle, en exécution de mandats d'arrêt émis par la justice française. Mehdi Laribi, considéré comme l'un des fondateurs de la DZ Mafia, a été arrêté le 20 juillet, tandis que Djamel Djeha, membre du réseau de la Castellane, l'a été le 3 août. Les deux hommes ont été placés sous contrôle judiciaire par les magistrats algériens et n'ont pas été incarcérés. Leurs noms figuraient parmi les cibles prioritaires transmises par le garde des Sceaux Gérald Darmanin à ses homologues algériens en mai dernier.

L'arrestation de Mehdi Laribi a été réalisée dans le cadre d'un mandat d'arrêt délivré par deux juges d'instruction marseillais chargés du dossier dit "Octopus", a confirmé au Monde le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone. Cette enquête tentaculaire, ouverte début 2024 et confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Marseille, doit permettre d'éclairer le fonctionnement du groupe criminel, ses activités et la manière dont il fait circuler son argent. Vingt-six personnes y sont déjà mises en examen. Le trentenaire est notamment visé pour "direction d'un groupement ayant pour activité le trafic de stupéfiants", un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Il a été placé sous contrôle judiciaire dès le lendemain de son interpellation.

Une remise en liberté qui interroge

Cette décision surprend au regard de l'envergure du Marseillais. Mohamed Djeha, considéré comme le parrain du réseau de la Castellane, avait pour sa part été placé en détention provisoire après son arrestation à Oran, en Algérie, en 2023. "C'est surprenant", a concédé une source judiciaire française auprès du Monde, tout en avançant une explication : l'Algérie n'extrade pas ses ressortissants, mais elle peut juger Mehdi Laribi selon ses propres lois si la France engage une procédure de dénonciation et transmet les pièces du dossier "Octopus". Les magistrats algériens pourraient donc attendre cette transmission.

Une ascension née à la cité Bassens

Âgé de 36 ans, ce Franco-Algérien natif de Marseille est surnommé "Tic", en référence au personnage de "Rachitique" qu'il a interprété dans le film Khamsa, de Karim Dridi, sorti en 2008. Il a grandi à la cité Bassens, dans le 15e arrondissement, où il a pris la gestion d'un trafic de stupéfiants avec son frère Lamine Laribi, logiquement surnommé "Tac". En 2011, les deux frères ont été mis en cause dans l'affaire dite du "barbecue marseillais", un triple homicide commis sur fond de guerre de territoires dans les quartiers nord, les corps ayant été retrouvés dans une voiture incendiée. Condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle en première instance, Mehdi Laribi a vu sa peine ramenée à dix ans en appel, en 2017. Celle de son frère a en revanche été confirmée.

Libéré en 2021, il s'est employé à reprendre la main sur Bassens, puis à étendre son emprise sur les quartiers nord de la ville, selon Le Parisien, qui a retracé son parcours. C'est à cette période qu'il s'est associé à d'autres trafiquants devenus par la suite des cadres de l'organisation criminelle, et que la DZ Mafia a pris racine. Le groupe s'est ensuite imposé face au clan Yoda de Félix Bingui au terme d'un conflit d'une rare violence : sur la seule année 2023, 49 personnes ont été tuées à Marseille en lien avec cette guerre, selon le quotidien.

Réfugié en Algérie de longue date, Mehdi Laribi était suspecté de continuer à donner ses instructions depuis l'étranger, avec Kamel Mimar, autre figure historique du trafic marseillais, en s'appuyant sur trois détenus décrits par les enquêteurs comme les principaux responsables de la DZ Mafia en France : Amine Oualane, Gabriel Ory et Mahdi Zerdoum. Les investigations ont toutefois montré que l'organisation s'était muée en un ensemble éclaté, où plusieurs chefs opéraient chacun avec leurs propres relais, le nom de la "DZ" fonctionnant avant tout comme une marque destinée à faire peur.

Accusé de trahison par ses associés

L'autorité de Mehdi Laribi s'est effritée à mesure que le groupe montait en puissance. En avril 2025, il a été soupçonné par ses associés d'avoir fait échouer le vol d'une cargaison de 9 tonnes de résine de cannabis, finalement saisie par les militaires de la gendarmerie dans le Rhône après une série de dénonciations anonymes. Ses complices présumés lui ont reproché d'avoir voulu récupérer la marchandise à son seul profit. Depuis, il était vu "comme un traître au sein de l'organisation criminelle", écrivent les enquêteurs dans une synthèse consultée par Le Monde.

Cet épisode a précipité la scission du groupe criminel, avec l'apparition de la DZ Nouvelle génération, ou DZNG, portée notamment par Kamel Mimar, Gabriel Ory et Mahdi Zerdoum. Le 12 janvier dernier, une attaque à l'arme automatique a été perpétrée à la cité Bassens, fief historique de Mehdi Laribi. Les images de l'attaque avaient circulé sur les réseaux sociaux, accompagnées d'une revendication au nom de la DZNG. Un tag inscrit dans la cité accusait alors "Tic" d'être une "balance".

Un frère du parrain de la Castellane arrêté à son tour

Deux semaines après l'arrestation de Mehdi Laribi, le 3 août, Djamel Djeha a été interpellé à son tour par les services algériens, puis présenté à des magistrats qui l'ont placé sous contrôle judiciaire. Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré par les juges d'instruction marseillais dans le cadre de l'enquête "Empire", consacrée au réseau de trafic de stupéfiants de la cité de la Castellane, dans le 16e arrondissement de Marseille. Ce dossier avait donné lieu à un vaste coup de filet en avril 2025, avec une vingtaine d'interpellations. Selon RTL, le réseau générait jusqu'à 15 millions d'euros de chiffre d'affaires par an au plus fort de son activité.

L'homme arrêté avait dans un premier temps été présenté comme son frère, Rachid Djeha, lui aussi visé par un mandat d'arrêt français. Comme l'a révélé Le Parisien, cette information a été démentie par Me Karim Achoui, l'un des conseils de la famille, avant d'être rectifiée par une source judiciaire. Auprès de RTL, l'avocat a précisé que Rachid Djeha "n'a jamais entretenu aucun lien, supposé ou réel, avec la DZ Mafia" et a annoncé envisager une plainte devant la Cour de justice de la République après la diffusion de cette information par le garde des Sceaux. S'agissant de Djamel Djeha, il évoque une "simple présentation à l'autorité judiciaire et d'une mise en examen sans mesure coercitive particulière ni conséquence judiciaire immédiate".

Les deux hommes sont les frères de Mohamed Djeha, surnommé "Mimo", incarcéré en Algérie depuis juin 2023. Depuis son arrestation, le réseau de la cité, qui reste une structure distincte de la DZ Mafia, s'était rapproché de cette dernière, une forme d'équilibre ayant longtemps prévalu entre les deux organisations. Des tensions sont toutefois apparues récemment autour du contrôle de la carrière de certains rappeurs, devenue une nouvelle source de revenus pour les groupes criminels marseillais.

Une coopération judiciaire relancée entre Paris et Alger

Ces deux interpellations sont intervenues dans un contexte de reprise du dialogue judiciaire entre la France et l'Algérie, totalement interrompu pendant deux ans. Le 18 mai, Gérald Darmanin s'était rendu dans la capitale algérienne, en compagnie de magistrats du Parquet national anticriminalité organisée (PNACO), tout juste installé. Plusieurs dossiers jugés urgents par la France figuraient à l'ordre du jour, dont ceux de Mehdi Laribi et des frères Djeha. Début juin, Paris avait reçu le ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, puis une délégation de magistrats et de hauts cadres du ministère de la Justice. "Nouvelle preuve de notre efficacité dans la lutte contre la criminalité organisée : un nouveau cadre du narcotrafic et cible prioritaire de la justice française a été interpellé en Algérie par les autorités algériennes. Merci à elles pour cette coopération relancée au service de la sécurité de nos deux pays", s'est félicité le garde des Sceaux sur X, après la seconde interpellation.

Le sort de la DZ Mafia apparaît d'autant plus incertain que ses chefs présumés interpellés en France ont été transférés dans des quartiers de haute sécurité, un régime de détention censé les couper de toute communication avec l'extérieur. Conjuguée à l'arrestation de Mehdi Laribi en Algérie, cette situation pourrait raviver les luttes internes pour le contrôle du groupe.