Le vendredi 18 septembre 2026 à 12:21 - MAJ vendredi 18 septembre 2026 à 12:43
Un chauffeur routier a été condamné jeudi soir à cinq ans de prison, dont quatre assortis d'un sursis simple, par le tribunal correctionnel d'Évreux (Eure). Poursuivi pour homicide involontaire et blessures involontaires, il conduisait le camion de 44 tonnes qui a percuté un dispositif de gendarmerie à l'arrêt sur l'autoroute A13, dans la nuit du 22 octobre 2022, à hauteur de Saint-Mards-de-Blacarville. Un gendarme a été tué et plusieurs personnes ont été grièvement blessées. L'exploitation d'une tablette retrouvée dans la cabine a montré qu'une série était en cours de lecture au moment des faits.
Vers 02h50 cette nuit-là, des militaires du GIGN, appuyés par un groupe d'intervention et par la section de recherches (SR) de Rennes, ont interpellé deux hommes soupçonnés de trafic de stupéfiants, à bord d'une Citroën C3. L'opération s'est déroulée sans difficulté, à un endroit où la chaussée se rétrécit, l'une des trois voies disparaissant, dans le sens Paris-Caen. Un dépanneur était en train de remorquer le véhicule des suspects lorsque le poids lourd frigorifique est arrivé.
Le camion lancé à 94 km/h, sans le moindre freinage
Le camion a percuté le dispositif à 94 km/h, sans qu'aucun freinage n'ait été relevé. Le poids lourd s'est encastré dans un véhicule de la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN), positionné en amont, flèche lumineuse déployée. Sous la violence du choc, celui-ci a parcouru 86 mètres avant de terminer sa course vers un véhicule banalisé des gendarmes. De nombreux véhicules étaient à l'arrêt, gyrophares allumés, et un patrouilleur de la société d'autoroute se trouvait 800 mètres en amont. Les dépistages d'alcool et de stupéfiants se sont révélés négatifs et les temps de repos avaient été respectés.
L'adjudant Jean-Christophe, 44 ans et père de quatre enfants, se trouvait à l'extérieur de son véhicule. Il a été tué sur le coup, fauché à la fois par le poids lourd et par le véhicule de la SAPN. Trois autres militaires ont été grièvement blessés, avec des incapacités totales de travail allant de six jours à trois mois. L'un d'eux, Stéphane, héliporté en réanimation au CHU de Rouen, a dû être amputé d'une jambe, une gangrène s'étant déclarée. Il présente également deux fractures de vertèbres, un fémur et une malléole fracturés, ainsi que huit côtes cassées. Il se déplace désormais en fauteuil roulant. Un patrouilleur de la SAPN et l'un des trafiquants présumés, qui s'est constitué partie civile, ont également été blessés.
Trois épisodes de «Riverdale» lancés avant le choc
L'analyse de la tablette saisie dans le camion a établi qu'elle "était allumée avec l'application Netflix sur la série Riverdale entre 1h02 et 2h49 et 39 secondes", a relevé le président Bertrand Busset, avant de s'éteindre à 02h54, soit après le choc. L'expertise numérique a montré que trois épisodes de la troisième saison avaient été visionnés. À la barre, le prévenu a contesté avoir regardé l'écran et évoqué un micro-sommeil de trois à cinq secondes : "J'ai regardé ma série pendant ma coupure et je ne l'ai pas éteint, la tablette était posée à plat sur le tableau de bord. Je n'avais pas de visuel. Je l'écoutais à la manière d'un podcast". Durant l'enquête, il avait toujours attribué l'accident à un malaise. Il conduisait par ailleurs en claquettes.
«Une dissimulation de preuves» pour le parquet
Pour la procureure de la République Dyane Leroy, la thèse de l'assoupissement ne tient pas. "Il ne s'est pas assoupi", a-t-elle affirmé à l'audience, "et monsieur n'a pas fait de malaise". La magistrate a souligné que "le visionnage actif de sa série l'empêche de lever les yeux", alors que l'accident était signalé neuf kilomètres en amont. Avant d'appeler les secours, à 3 heures, le chauffeur a fermé toutes les applications de sa tablette, ce que le ministère public a qualifié de "dissimulation de preuves". Son avocat, Me Jean-François Changeur, a plaidé la sincérité de son client et contesté la circonstance aggravante.
Au terme d'environ une heure de délibéré, le tribunal l'a reconnu coupable et l'a condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis simple, conformément aux réquisitions. Son permis de conduire a été annulé, avec interdiction de le repasser pendant un an. La peine sera aménagée sous bracelet électronique.
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