Incendie à Crans-Montana : la commune reconnaît une absence de contrôles périodiques du bar entre 2020 et 2025

Les défaillances de sécurité et l'usage de bougies pyrotechniques se trouvent désormais au centre des analyses, alors que la commune de Crans-Montana (Suisse) reconnaît un manquement prolongé aux contrôles incendie et que l'enquête se poursuit.
Incendie à Crans-Montana : la commune reconnaît une absence de contrôles périodiques du bar entre 2020 et 2025
L'incendie a été déclenché par l'utilisation de bougies incandescentes, a confirmé la police suisse ce dimanche. (image au départ de l'incendie / DR)
Par La Rédaction
Le mardi 6 janvier 2026 à 12:24

Les responsabilités autour de l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana (Suisse) continuent de se préciser, alors que la commune reconnaît désormais un manquement prolongé aux contrôles de sécurité incendie. Plusieurs jours après le drame, qui a fait 40 morts et 116 blessés, les déclarations des autorités locales et les éléments de l'enquête éclairent davantage les dysfonctionnements ayant précédé la catastrophe.

Les faits se sont produits dans le sous-sol de l'établissement, où se trouvaient principalement des adolescents et des jeunes adultes venus fêter la Saint-Sylvestre. Le feu a coûté la vie à 40 personnes âgées de 14 à 39 ans, dont une moitié de mineurs. Selon la police cantonale du Valais, les victimes décédées sont 22 Suisses, dont un franco-suisse, et 18 étrangers. Parmi les 116 blessés figurent 69 Suisses, 23 Français et 12 Italiens, certains étant binationaux. Le ministère français des affaires étrangères a confirmé la présence de 9 ressortissants français parmi les morts, dont plusieurs mineurs. Dans un communiqué, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a exprimé sa "plus profonde compassion, ainsi qu'à leurs proches". Au total, 83 blessés restent hospitalisés ce mardi.

L'enquête a établi que l'incendie avait été provoqué par des bougies "fontaines" utilisées à l'intérieur du bar. Une vidéo de la soirée du Nouvel An 2019-2020, diffusée par la RTS, montre déjà une mise en scène similaire dans le même établissement, avec des artifices pyrotechniques fixés sur des bouteilles d'alcool et brandies au milieu des clients. On y entend une personne lancer "Faites gaffe à la mousse !" alors que des gerbes d'étincelles s'élèvent au-dessus de la foule. Le président de la commune, Nicolas Féraud, a réagi lors d'une conférence de presse ce mardi matin en déclarant : "Nous sommes évidemment choqués par la vidéo vue hier soir. [...] C'est une vidéo effroyable", considérant que ces images illustrent "la négligence de l'exploitant dans la gestion de l'établissement" et "une culture du risque inconsidéré". Selon lui, "personne dans l'administration communale n'avait eu vent de ce type de dangers".

«Les contrôles périodiques n'ont pas été effectués de 2020 à 2025»

Moins d'une semaine après le drame, la commune de Crans-Montana a pris officiellement la parole lors d'une conférence de presse organisée ce mardi à 10 heures. Elle y a reconnu un manquement majeur dans le suivi des contrôles de sécurité. Nicolas Féraud a admis que "les contrôles périodiques n'ont pas été effectués de 2020 à 2025. Nous le regrettons amèrement". Il a indiqué qu'il appartiendra aux magistrats de mesurer "l'influence qu'a eue un tel manquement dans la chaîne de causalité ayant mené au drame". Malgré ce défaut de suivi, le président a rappelé que plus de 14 000 contrôles incendie ont été réalisés sur le territoire communal pour la seule année 2025.

Les archives des inspections antérieures montrent que l'établissement avait fait l'objet de contrôles en 2016, 2018 et 2019. À l'issue de ces passages, des demandes de modifications techniques avaient été formulées pour se conformer aux normes de prévention et de protection contre le feu. Aucun problème n'avait toutefois été relevé concernant les installations ou le matériel phonique. Les rapports de l'époque fixaient une capacité maximale de 100 personnes au rez-de-chaussée et de 100 personnes dans le sous-sol où les clients se sont retrouvés piégés. Le bâtiment, construit en 1967, avait par ailleurs fait l'objet en 2015 d'une demande d'autorisation pour la construction d'une véranda extérieure couverte, attenante au bar, déposée avant la création de la commune actuelle en 2017. En revanche, "aucune demande n'a été effectuée pour les travaux intérieurs du bar Constellation", ni en 2015 ni par la suite, le propriétaire n'y étant pas tenu selon la législation suisse. Nicolas Féraud a toutefois rappelé que "cette absence de demande formelle ne dispense toutefois pas le maître d'ouvrage de son obligation générale de respecter les dispositions légales et réglementaires en vigueur, notamment en matière de sécurité et de conformité des installations".

Sur le plan judiciaire, les propriétaires français du bar, Jacques Moretti et Jessica Moretti, font l'objet d'une enquête pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Ils ne sont actuellement ni placés en détention provisoire ni assignés à résidence. En Suisse, les magistrats doivent déterminer les éventuelles responsabilités pénales liées à l'exploitation de l'établissement et au respect des normes de sécurité. En parallèle, le parquet de Paris a ouvert une enquête "afin d'accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses". Dans son communiqué, Laure Beccuau a rappelé que "les autorités suisses demeurent compétentes pour investiguer sur le déroulement des faits et la recherche de toute responsabilité".

La commune assumera «toute la responsabilité que la justice déterminera»

Face à la catastrophe, la commune de Crans-Montana a annoncé plusieurs mesures immédiates. Le Conseil communal a décidé de mandater un bureau extérieur spécialisé pour réaliser un contrôle complet de tous les établissements de la commune, non seulement sur la sécurité incendie mais aussi sur la qualité des matériaux utilisés. Surtout, Nicolas Féraud a annoncé "l'interdiction de l'usage d'engins pyrotechniques de toute sorte dans les lieux fermés, sur l'ensemble du territoire communal". Sur le plan politique, l'élu assure que la commune assumera "toute la responsabilité que la justice déterminera" et confirme sa ligne : "Il est hors de question de se défausser. C'est la justice qui tranchera. Nous faisons confiance à la justice".

Alors que les familles endeuillées et les blessés sont toujours pris en charge, une cérémonie d'hommage est prévue vendredi en Suisse. La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a indiqué que le président de la République Emmanuel Macron s'y rendra en personne pour saluer la mémoire des victimes et marquer le soutien de la France aux proches touchés par ce drame.