Le mardi 10 février 2026 à 00:15
Mélanie Van de Velde, 33 ans, originaire d'Angers (Maine-et-Loire) et mère d'une fille de 2 ans, est l'une des 115 blessés de l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, qui a coûté la vie à 41 personnes la nuit du Nouvel An. Brûlée à 40% du corps, du buste au crâne, la jeune femme s'est réveillée du coma artificiel plus d'un mois après le drame. Elle a publié une lettre ouverte sur son compte Facebook dimanche 8 février, dans laquelle elle révèle son identité et témoigne de ses souffrances.
Quelques heures après l'incendie, une vidéo de Mélanie avait largement circulé sur les réseaux sociaux, sans que personne ne connaisse son identité. On y voyait une jeune femme s'extraire du bar en feu par une baie vitrée, le buste ensanglanté et le visage brûlé, avant d'enjamber une rambarde en bois, complètement déboussolée. Dans sa lettre, elle écrit : "Je suis cette fille dont on parle parfois sans jamais dire le nom. Cette fille qui a sauté une rambarde, non pas par bravoure, mais parce qu'à cet instant précis, le feu était plus fort que la peur. Parce que rester aurait signifié mourir. J'ai sauté pour sauver ma vie."
«Mon corps est devenu un champ de bataille»
La trentenaire décrit un quotidien marqué par la douleur physique. "Depuis ce jour, je ne vis plus. Je survis. Mon corps est brûlé à près de 40 %. Mon corps est devenu un champ de bataille. Chaque pansement, tous les deux jours, est une épreuve. Chaque soin ravive la douleur. La douleur ne disparaît jamais vraiment. Elle s'installe. Elle use. Elle envahit", témoigne-t-elle.
Au-delà des brûlures, Mélanie Van de Velde évoque une perte plus intime. "Mon visage ne sera plus jamais le même. Celui que je reconnaissais dans le miroir n'existe plus. Celui que ma fille connaissait non plus. C'est une perte intime, silencieuse, impossible à expliquer à ceux qui ne la vivent pas", confie-t-elle, avant d'ajouter : "Il faut comprendre une chose : je ne "guéris" pas. Je me transforme malgré moi. Mon corps ne redeviendra jamais celui d'avant. Mon visage ne retrouvera jamais ses traits d'avant. Ma peau portera à vie la mémoire de cette nuit. Et mon esprit aussi."
D'abord hospitalisée à Zurich, Mélanie a ensuite été transférée à Nantes (Loire-Atlantique), où se déroule aujourd'hui l'essentiel de ses soins. Elle se trouve loin de sa fille, restée à Crans-Montana avec son père. "Je ne peux pas la prendre dans mes bras quand la douleur devient insupportable", s'attriste-t-elle. Ses parents et sa sœur vivent en France.
«Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles»
Mélanie Van de Velde vivait à Crans-Montana depuis cinq ans et travaillait dans la restauration. Le soir du 31 décembre, elle s'était rendue au Constellation avec des amies pour célébrer le Nouvel An. Elle devait commencer un nouveau travail début février.
Dans sa lettre, la survivante lance un appel à la justice. "Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles, et que les responsabilités restent floues, silencieuses, diluées ? Où est la justice quand on parle d'un drame, mais qu'on détourne le regard de ses conséquences humaines ? Où est la justice quand on demande à une femme brûlée de se reconstruire pendant que le monde continue comme si de rien n'était ?", s'insurge-t-elle.
«J'écris parce que le silence est une deuxième brûlure»
Mélanie explique aussi pourquoi elle a choisi de briser le silence. "Je n'écris pas par vengeance. J'écris parce que le silence est une deuxième brûlure. Parce que l'oubli est insupportable quand on vit avec des cicatrices permanentes. Parce que survivre ne devrait jamais signifier se taire. J'écris pour qu'on comprenne que derrière un fait divers, il y a des corps mutilés, des identités bouleversées, des mères séparées de leurs enfants. J'écris pour qu'on entende enfin la voix de celles et ceux qui paient le prix le plus lourd."
Pour venir en aide financièrement à Mélanie et sa famille, sa sœur a créé une cagnotte en ligne où plus de 30 000 euros ont déjà été récoltés.