Italie : La justice libère 373 détenus dont des mafieux de haut rang en raison de la pandémie de Covid-19


Illustration. (Cineberg / Shutterstock)

La décision du ministère de la Justice italien fait débat dans le pays. De nombreux détenus ont été libérés en raison de la crise sanitaire actuelle, sans distinction des crimes commis.


En cette période de confinement en Italie, la justice a libéré 373 détenus depuis le début du mois de mars. Elle examine actuellement 456 autres demandes de libération, relate le quotidien italien La Repubblica. Cette décision fait polémique dans le pays, notamment à cause du profil de certains détenus libérés.

Elle a été prise à la suite de plusieurs émeutes qui ont eu lieu en mars, dirigées par des détenus ayant peur d’être contaminés dans les prisons surpeuplées, alors que le Covid-19 a causé la mort de près de 30 000 personnes en Italie.

Les juges ont été autorisés à libérer les prisonniers de plus de 70 ans souffrant de pathologies les rendant particulièrement vulnérables au coronavirus. Ils n’ont toutefois pas eu d’instructions particulières concernant une différenciation entre les détenus mafieux et les autres prisonniers.

Un boss de la mafia libéré

En conséquence, parmi les criminels qui ont pu retrouver la liberté, figure entre autres le boss de Cosa Nostra, la mafia sicilienne, Francesco Bonura, âgé de 78 ans. Un autre prisonnier au lourd passé criminel a également pu bénéficier de cette mesure : Franco Cataldo, 85 ans, qui faisait partie du gang ayant tué un adolescent, fils d’un repenti, en 1996 et qui avait dissous son corps dans de l’acide.


L’étonnement n’a pas été feint pour le procureur antimafia Federico Cafiero qui, jeudi, a souligné le caractère surprenant de la libération de prisonniers pourtant placés en isolement. Ce régime empêche les chefs mafieux de diriger leur clan depuis leur cellule. « S’ils sont en isolement, il est évident qu’ils ne peuvent pas attraper [le coronavirus] ou être contagieux », a-t-il déclaré.

Face aux critiques et à la polémique, le ministre de la Justice Alfonso Bonafede a indiqué qu’il préparait un décret pour permettre aux juges de réviser les décisions de libérations, alors que la pandémie est en partie endiguée. Il a ajouté que ce décret permettrait aux juges antimafia de contrôler ces libérations au préalable.

Environ 5 000 détenus libérés en France

En France, « à peu près 5 000 personnes ont été libérées » de prison depuis le début des mesures de confinement, a indiqué ce jeudi sur France Inter, la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Les concernés ont retrouvé la liberté « juste avant la fin de leur détention normale », et « seraient de toute façon en fin de peine » aujourd’hui, a-t-elle précisé.

Ont été exclus de ces mesures de libération anticipée les prisonniers auteurs de violences conjugales, les personnes condamnées pour terrorisme « et bien sûr les criminels », a ajouté la ministre.

Interrogée sur le chiffre faisant état de 12 000 détenus en moins par rapport au 16 mars, Nicole Belloubet a déclaré qu’« il y en a plus de la moitié qui sont liés au fait que des personnes ne sont pas entrées en prison » en raison de la diminution de l’activité judiciaire dans les tribunaux en cette période de crise sanitaire.