«Je ne saurais pas expliquer à mes enfants s’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre» dit Sibeth Ndiaye


Sibeth Ndiaye le 17 janvier 2020. (PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP)

Les propos de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye risquent de ne pas apaiser les tensions actuelles dans les rangs de la police. Plusieurs syndicats ont déjà exprimé leur colère.


La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye était l’invitée de l’émission « Dimanche en politique » ce dimanche midi sur France 3. Ses déclarations au sujet de l’interpellation d’une infirmière de 50 ans durant la manifestation parisienne des soignants ce mardi, sont pour le moins déroutantes. Elle a en effet affirmé ne pas savoir « expliquer » à ses enfants « s’il est normal, ou pas, de jeter des pierres sur les forces de l’ordre ».

Interrogée par Francis Letellier au sujet de l’arrestation de cette infirmière qui a lancé des projectiles sur les forces de l’ordre notamment, Sibeth Ndiaye a d’abord rappelé que « la justice doit s’exercer de manière normale, comme pour n’importe quel citoyen ». « Quand je ne sais pas expliquer qu’on jette des pierres sur les forces de l’ordre, je ne vois pas en quoi il faudrait l’absoudre [la mise en cause] », ajoute-t-elle.

« Je comprends évidemment l’émotion qu’a suscité l’image qu’on a vue de son arrestation »

« Je crois simplement que la justice qui est parfaitement indépendante dans notre pays, doit juger, en droit, sur ce qu’il s’est passé ». « Elle risque la prison » répond Francis Letellier. « Elle risque… moi je n’ai pas la qualification », s’emmêle Sibeth Ndiaye.

« Non mais elle risque la prison, ça je peux vous le dire » insiste le journaliste. « Ben écoutez, je pense que ce n’est pas à la porte-parole du gouvernement de déterminer quelle doit être la décision de justice qui doit être prise », répond-elle.


« Moi, je comprends évidemment l’émotion qu’a suscitée l’image qu’on a vue de son arrestation. Mais en même temps, je ne saurais pas expliquer à mes enfants, par exemple, s’il est normal, ou pas, de jeter des pierres sur les forces de l’ordre », déclare ensuite Sibeth Ndiaye. Pourtant, jeter des pierres sur les policiers et les gendarmes représente un délit prévu au code pénal, puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

« Là c’était une adulte », rappelle Francis Letellier. « Bien sûr, mais à un moment donné, il faut qu’on soit capable aussi, de considérer que la justice, elle est la même pour tous. Il peut y avoir des circonstances atténuantes, il ne m’appartient pas de le dire et c’est aux juges de le faire », poursuit-elle.

« Nous verrons ce que les juges auront à dire sur cela »

« On peut tous être amené, dans des circonstances particulières, à être à bout de nerfs. Est-ce que pour autant ça justifie qu’on jette des pierres sur les forces de l’ordre ? », s’interroge ensuite Sibeth Ndiaye.

« Que dirions-nous au fils ou à la fille du CRS qui reçoit cette pierre dans le visage ? «C’est pas grave ?» Non, on ne peut pas le dire. Donc il faut que la justice se fasse, en toute indépendance, et nous verrons ce que les juges auront à dire sur cela », termine la porte-parole du gouvernement.

La mise en cause de 50 ans, Farida C., sera jugée le 25 septembre prochain au tribunal de Paris. En outre, elle a déposé plainte à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), estimant avoir subi des violences illégitimes de la part des forces de l’ordre.

« Ces propos sont indignes de ses fonctions » réagit un syndicat de policiers

Des déclarations au nom du gouvernement qui horripilent les policiers, alors qu’un mouvement de colère dure depuis une quinzaine de jours dans leurs rangs, suite aux déclaration du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

« Les propos de la porte-parole du gouvernement sont intolérables ! », s’indigne Loïc Walder, délégué en charge de la communication du syndicat UNSA Police. « Alors que les policiers viennent tout juste d’exprimer leur ras-le-bol lors d’une manifestation symbolique aux portes mêmes du ministère de l’Intérieur, il est tout à fait scandaleux que Madame Ndiaye tiennent de tels propos », ajoute-t-il.


« Ces propos, tenus par la porte parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, sont indignes de ses fonctions », a également réagi le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), sur Twitter.

« Nous en appelons désormais au président Emmanuel Macron ou au Premier ministre Édouard Philippe : de tels propos tenus par des ministres du gouvernement sont contraires aux valeurs de la République et contribuent au désordre sécuritaire de notre pays. Cela ne peut plus durer », peste l’organisation.

« Encore une incongruité de plus et un manque de soutien ferme vis à vis des forces de l’ordre », a de son côté écrit le syndicat Unité SGP Police FO, sur Twitter.

« Elle est soit bête, ou irresponsable ? »

Alliance Police Nationale réclame pour sa part un changement de porte-parole du gouvernement dans un communiqué ce lundi matin : « Alliance demande au président de la République de limoger sans tarder sa porte-parole irresponsable ». « Alliance Police Nationale ne saurait vous expliquer Monsieur le président : « elle est soit bête, ou irresponsable ? » », peut-on également lire.

« Une avanie de plus… comment un membre du gouvernement peut-il débiter de telles âneries ? », s’interroge le syndicat de police Synergie-Officiers dans un tweet.