Jérôme Rodrigues éborgné lors d’une manifestation : deux policiers mis en examen


Jérôme Rodrigues le 3 janvier 2019. (photo erkahem/shutterstock

Deux policiers ont été mis en examen pour avoir grièvement blessé la figure des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, lors d’une manifestation à Paris en janvier 2019.

Deux policiers ont été mis en examen le 14 janvier dernier apprend-on ce mercredi. Ils sont accusés d’avoir causé une grave blessure à Jérôme Rodrigues, qui a perdu l’usage d’un œil, lors d’une manifestation à Paris le 26 janvier 2019 pour l’acte XI des Gilets jaunes.

Il s’agit des premières poursuites judiciaire dans ce dossier, près de deux ans après les faits donc.

L’un des fonctionnaires a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente aggravées », le second pour « violences volontaires aggravées ». Ces derniers ont été placés sous contrôle judiciaire.

Un jet de grenade et un tir de LBD dans le même temps

Les deux mis en cause avaient été placés en garde à vue le 13 janvier, sur instruction du juge en charge du dossier. Selon L’Obs, qui a consulté les conclusions de l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), les expertises médico-balistiques ont déterminé que Jérôme Rodrigues avait été atteint par un palet de grenade GMD (grenade à main de désencerclement). Un autre manifestant aurait quant à lui été touché par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) survenu quasiment au moment du jet de cette grenade.

Le gardien de la paix qui l’a utilisée et qui est affecté à la Compagne de sécurisation et d’intervention des Hauts-de-Seine (CSI 92), a déclaré à l’IGPN qu’il l’avait lancée en direction du centre de la place de la Bastille, de sa propre initiative, estimant qu’il était encerclé par des manifestants hostiles. Il affirme avoir agi en état de « légitime défense » ajoutant que sa grenade était arrivée près de Jérôme Rodrigues par hasard, et qu’il n’était pas visé par son jet, d’autant qu’il ne le connaissait pas au moment des faits.

Le collègue de ce policier, un brigadier de police qui travaille à la CSI 93, a quant à lui expliqué avoir utilisé son LBD dans la foulée, disant avoir aperçu un individu qui allait lui lancer un projectile. « J’ai peut-être réagi trop vite », a-t-il admis, toujours selon les informations de L’Obs, expliquant aussi avoir tiré vers le bas sans avoir respecté les précautions d’emploi du LBD. L’IGPN indique dans son rapport qu’aucun des policiers témoins interrogés n’a été capable de préciser la raison du jet de cette grenade et du tir de LBD.

L’IGPN met en cause les deux policiers

L’IGPN a considéré « qu’en faisant usage du LBD 40, en tir réflexe, en direction d’un groupe de personnes calmes, au risque d’atteindre un tiers, alors même que les effectifs de la CSI 93 pouvaient utiliser d’autres moyens de défense et notamment des grenades lacrymogènes », le brigadier ayant fait usage du LBD « avait manqué au devoir de discernement par une décision ou une action manifestement inadaptées ». La police des polices estime également qu’il a « manqué à son devoir de loyauté par la rédaction d’actes mensongers ».

En outre, les conclusions de ce rapport précise que le gardien de la paix « a fait preuve d’un usage disproportionné de la force ou de la contrainte avec une arme ou un moyen de défense intermédiaire suivi de blessures (…) en ayant fait usage d’une grenade à main de désencerclement en direction d’un groupe de personnes qui ne portaient pas, ou ne tenaient pas à porter atteinte à l’intégrité physique des policiers, ne s’inscrivant ainsi pas dans l’exigence de nécessité ni dans celle de proportionnalité sous-tendant tous les usages d’armes et de moyens de défense intermédiaires, ce lancer ayant occasionné une mutilation sur la personne de Jérôme Rodrigues ».