Condé-sur-Sarthe : Un détenu du quartier de lutte contre la criminalité organisée, sous OQTF, autorisé à sortir deux jours

L'UFAP UNSa Justice dénonce une décision qui vide de sa substance le régime carcéral le plus strict du pays et exige l'interdiction pure et simple des permissions de sortir en quartier de lutte contre la criminalité organisée. C'est la deuxième fois en neuf mois qu'un juge en accorde une.
Condé-sur-Sarthe : Un détenu du quartier de lutte contre la criminalité organisée, sous OQTF, autorisé à sortir deux jours
Le Centre pénitentiaire d'Alençon-Condé sur Sarthe. (Franck Legros / Shutterstock)
Par Actu17
Le lundi 10 août 2026 à 12:42

Un détenu du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, a bénéficié d'une permission de sortir de deux jours, du samedi 8 au dimanche 9 août. Accordée au titre du maintien des liens familiaux par un juge de l'application des peines de Rennes, cette autorisation a été délivrée contre l'avis du parquet et contre celui de l'administration pénitentiaire. L'UFAP UNSa Justice, syndicat de personnels pénitentiaires, a dénoncé lundi une décision qui vide de son sens le régime carcéral le plus strict du pays et réclame l'interdiction pure et simple de ces permissions.

Ce détenu, Adel G., est présenté comme un membre de la Mocro Maffia, réseau criminel implanté aux Pays-Bas et en Belgique. Il a été autorisé à se rendre au domicile de sa sœur, à Mulhouse (Haut-Rhin), à quelques kilomètres seulement des frontières allemande et suisse, comme l'a révélé Le Figaro. Selon le communiqué syndical, il a circulé sans escorte pendant deux jours. L'homme se trouve pourtant sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Adel G. purge une peine de huit ans de prison, prononcée en novembre dernier. Il lui était reproché d'avoir dirigé des trafics de cocaïne, d'héroïne et de drogues de synthèse, ainsi que d'avoir été trouvé en possession de téléphones portables derrière les barreaux, précise Le Figaro. Son dossier est suivi par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes.

«Une aberration qui ruine tout le schéma sécuritaire»

Dans son communiqué, l'UFAP UNSa Justice pose une alternative sans issue. "Soit ce détenu présente le profil justifiant le QLCO, et une permission de sortie est une aberration qui ruine tout le schéma sécuritaire construit autour de lui", écrit le syndicat, "soit il présente le profil pour bénéficier d'une permission de sortie, et il n'avait rien à faire en QLCO". Et de poursuivre : "En laissant cette contradiction prospérer, l'État sape lui-même la base légale des affectations en QLCO, et offre sur un plateau l'argument aux recours qui ne manqueront pas de suivre."

L'affectation en QLCO relève d'une décision du garde des Sceaux et vise un but précis : isoler le détenu de ses réseaux criminels. Elle s'accompagne d'un régime particulièrement contraignant, entre fouilles systématiques, parloirs avec dispositif de séparation, suppression des unités de vie familiale et restrictions téléphoniques. Autant de mesures qui alourdissent considérablement le travail des surveillants, souligne le syndicat.

Un décret jugé inefficace

Cette affaire n'est pas la première du genre, et le ministère de la Justice avait promis d'agir. Le décret du 28 décembre 2025, signé par Gérald Darmanin, prévoit qu'une permission de sortir peut être refusée en cas de "risque avéré de fuite" et que tout octroi doit être motivé. Un texte que le syndicat qualifie d'"encadrement de façade, qui laisse intacte la possibilité d'accorder ces permissions et qui vient d'être démenti dans les faits en moins de huit mois". L'UFAP UNSa Justice exige sa réécriture immédiate pour poser une interdiction totale des permissions de sortir pendant toute la durée de l'affectation en QLCO. "Pas un aménagement. Pas une motivation renforcée. Une interdiction !", martèle le communiqué.

Le syndicat s'interroge sur les conséquences de ces deux jours de liberté. "Quels contacts a-t-il pu avoir avec son réseau criminel ? Quelles consignes a-t-il transmises ? Quels repérages ? Personne ne pourra le savoir", écrit-il, estimant que ce sont les personnels de Condé-sur-Sarthe qui en assumeront les suites.

C'est la deuxième fois que la justice accorde une permission de sortir à un détenu de QLCO. En novembre 2025, un trafiquant de drogue de 52 ans incarcéré au QLCO de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) avait été autorisé à se rendre en région lyonnaise, où l'attendait un employeur potentiel dans le cadre d'un projet de réinsertion. Pour Alexandre Caby, secrétaire général de l'UFAP UNSa Justice, la réponse ne passera pas par des quartiers greffés sur des établissements de droit commun mais par des Établissements Spécialisés et Adaptés, structures autonomes dotées de moyens dédiés et d'un cadre juridique propre. "Tant que le régime QLCO restera un simple aménagement du droit commun, il continuera d'être détricoté décision après décision", conclut le communiqué.