Créteil : Un ex-directeur d'une association d'aide aux migrants condamné à 7 ans de prison pour avoir détourné 12 millions d'euros

Sociétés écrans, gérants de paille et rétrocommissions : l'ex-directeur de l'antenne de Coallia à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) avait mis en place un vaste système de détournement. Son épouse, son frère et plusieurs complices ont aussi été condamnés, tout comme l'association.
Créteil : Un ex-directeur d'une association d'aide aux migrants condamné à 7 ans de prison pour avoir détourné 12 millions d'euros
Le tribunal judiciaire de Créteil, le 10 juillet 2023. (Ebascol / Shutterstock)
Par Actu17
Le jeudi 17 septembre 2026 à 17:03

Un ancien cadre de l'association Coallia, qui accompagne des personnes en difficulté, notamment des demandeurs d'asile et des réfugiés, a été condamné à 7 ans d'emprisonnement pour avoir détourné 12 millions d'euros d'argent public, a révélé Paris Match. Le tribunal judiciaire de Créteil (Val-de-Marne) a rendu sa décision vendredi 11 septembre. Il a reconnu cet ex-directeur territorial coupable de détournement de fonds publics, d'escroquerie en bande organisée, de blanchiment, de prise illégale d'intérêts et de corruption passive d'une personne exerçant une fonction publique. Plusieurs autres prévenus ont également été condamnés, tout comme l'association elle-même.

Le parquet de Créteil avait réclamé la peine maximale de 10 ans de prison contre le quinquagénaire. Les juges lui ont également infligé une amende de 500 000 euros. Ils ont assorti sa condamnation d'une interdiction de quitter le territoire national pendant 5 ans, une mesure qui vise à le priver de l'accès aux biens immobiliers qu'il aurait acquis à l'étranger grâce aux fonds détournés. Âgé de 52 ans, l'homme est en détention provisoire depuis octobre 2024 et a toujours contesté le détournement de fonds publics.

Son épouse, 38 ans, et son frère cadet ont chacun écopé de 3 ans de prison, dont 2 ans avec sursis. Âgée de 51 ans, une ex-assistante de direction de l'association a été condamnée à 2 ans de prison, dont un an avec sursis probatoire. Pour avoir participé au mécanisme de surfacturation et de commissions occultes mis en place par l'ancien cadre, deux chefs d'entreprise se sont vu infliger 4 ans d'emprisonnement, dont 3 ans avec sursis probatoire.

Une association jugée défaillante

Coallia était à la fois mise en cause et partie civile dans ce dossier. Dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), l'association a été condamnée à 50 000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis, pour détournement de fonds par négligence. Le juge d'instruction avait pointé de "nombreuses défaillances au sein de l'association Coallia qui avaient rendu possible une fraude d'une telle ampleur". Avec 148 millions d'euros de subventions versées par l'État en 2022, Coallia était l'association la mieux dotée au titre de la mission budgétaire "immigration, asile et intégration".

Tout est parti d'un signalement de TRACFIN au printemps 2023. La cellule anti-blanchiment du ministère de l'Économie avait détecté des flux financiers suspects visant l'antenne de Coallia à Choisy-le-Roi, placée sous la direction du prévenu depuis 2012. Alertée, l'association a porté plainte à l'été 2023. Elle a expliqué avoir dû recourir en urgence à de nombreux prestataires pendant la crise sanitaire, puis lors des conflits afghan et ukrainien, "sans avoir pu réaliser de contrôles".

Des résidents des foyers utilisés comme gérants de paille

Chargés de l'enquête, les policiers du service départemental de police judiciaire (SDPJ) du Val-de-Marne ont mis au jour un réseau de sociétés écrans. Entre janvier 2020 et juillet 2024, ces structures ont encaissé plusieurs millions d'euros versés par l'association, avant de les faire transiter vers d'autres entreprises, pour certaines gérées par l'ancien cadre. Plusieurs de ces sociétés avaient pour gérants des résidents des foyers placés sous sa responsabilité, dont certains ne savaient ni lire ni écrire le français.

Entendus par les enquêteurs, des salariés ont décrit un climat de menaces : l'ancien cadre faisait pression sur des prestataires pour récupérer une partie des sommes versées dans le cadre des marchés. L'un d'eux a dit devoir lui remettre 3 000 euros en liquide tous les mois. Lorsqu'il a arrêté, son contrat lui a été retiré.

Selon les enquêteurs, une bonne partie de cet argent a été blanchie par le biais d'investissements immobiliers au Maroc, au Sénégal et en Mauritanie. Devant le tribunal, le frère cadet du principal prévenu a notamment évoqué une villa de 700 m2, financée par son aîné dans un quartier résidentiel de Nouakchott, la capitale mauritanienne. Ce dernier l'avait également chargé de solliciter des marabouts pour "jeter des sorts" à des cadres et à des employés de l'association.

Le directeur général de Coallia, Arnaud Richard, n'a pas assisté aux trois jours d'audience. Dans une lettre adressée au tribunal, il a expliqué qu'il lui était "difficilement supportable" de se retrouver face au prévenu. L'ancien cadre l'avait fait figurer, avec d'autres employés, parmi les personnes à "marabouter".

Contacté par Paris Match, Me Souleye Fall, l'avocat de l'ancien directeur territorial, a dénoncé "une condamnation très sévère" et a souligné que son client n'avait pas de casier judiciaire. "Il conteste avec la dernière énergie le détournement de fonds publics. Il a reconnu la prise illégale d'intérêts", a-t-il ajouté.

Logo Actu17

Suivez l'actualité Police-Justice en direct, où que vous soyez.

→ Installer l'appli Actu17

DISPONIBLE SUR iOS · ANDROID · GRATUIT