Le mercredi 28 janvier 2026 à 13:44
Deux influenceurs niçois, Owen C. dit "Naruto" et Safine H. dit "Safine", ont été déférés ce mercredi 28 janvier devant la justice de Nice (Alpes-Maritimes). Ils sont poursuivis pour des violences et des humiliations diffusées sur la plateforme de streaming Kick, impliquant des personnes vulnérables et des mineurs. Selon le communiqué du procureur de la République Damien Martinelli, les deux hommes seront jugés le 6 juillet prochain devant le tribunal correctionnel.
L'affaire avait éclaté le 15 décembre 2024 après la publication d'un article sur Mediapart. Le média révélait l'existence de vidéos dans lesquelles "des personnes susceptibles d'être vulnérables faisaient l'objet de violences et d'humiliations parfois encouragées par des versements d'argent des spectateurs". Dès le lendemain, le parquet de Nice ouvrait une enquête préliminaire, confiée au service local de police judiciaire (SLPJ).
Le 8 janvier 2025, les deux influenceurs étaient interpellés et placés en garde à vue. Une perquisition était menée dans leur studio de tournage situé à Contes, et l'ensemble du matériel informatique et audiovisuel était saisi. À ce stade, "tant les personnes susceptibles d'être mises en cause que les victimes potentielles contestaient la commission d'infractions et indiquaient que les violences étaient simulées et s'inscrivaient dans des mises en scène scénarisées", précise le procureur.
Le 18 août 2025, un drame survenait lors d'un enregistrement en direct dans le studio de Contes : Raphaël Graven alias Jean Pormanove décédait. Une enquête en recherche des causes de la mort était ouverte. "L'autopsie réalisée sur la victime concluait à l'absence d'origine traumatique du décès et à l'absence de lien avec l'intervention d'un tiers", indique Damien Martinelli. Les analyses complémentaires "mettaient en évidence une nette hyperthyroïdie au sujet de laquelle il était précisé que les conséquences pouvaient être graves". L'étude anatomo-pathologique concluait finalement à "un décès en lien avec une fonction cardio vasculaire déficiente et instable".
L'enquête s'est poursuivie dans le cadre d'une cosaisine entre la direction interdépartementale de la police nationale des Alpes-Maritimes et l'office anti-cybercriminalité de la direction nationale de la police judiciaire. Ce dernier était par ailleurs saisi par le parquet de Paris d'une enquête distincte concernant la plateforme Kick. Les investigations permettaient d'analyser de nombreux enregistrements et mettaient en évidence "plusieurs scènes de violences impliquant des mineurs notamment utilisés dans le cadre de mises en scène dans lesquelles ils se faisaient tirer dessus à courte distance avec un fusil type paintball". Un autre enregistrement montrait "un mineur de 10 ans qui était jeté sur Raphaël Graven dans le cadre d'un combat de catch".
«Une scène d'humiliation avec la mention PD inscrite sur son front»
Les enquêteurs relevaient également des faits de provocation à la haine. Des vidéos impliquaient Stéphane G. dit "Coudoux", une personne vulnérable, dans des scènes humiliantes liées à son handicap. Par ailleurs, lors du live d'août 2025, "Raphaël Graven était enregistré dans une scène d'humiliation avec la mention PD inscrite sur son front, faits susceptibles de caractériser une provocation à la haine ou à la discrimination à raison de l'orientation sexuelle".
L'analyse des flux financiers révélait des gains considérables. Entre 2022 et 2025, Owen C. percevait près de 460 000 euros via différentes plateformes. Safine H. encaissait plus de 200 000 euros entre 2021 et 2025. Raphaël Graven avait perçu environ 265 000 euros sur la période 2021-2025. Aucun d'entre eux n'avait effectué de déclaration de revenus. En revanche, "les flux financiers en direction de Stéphane G. surnommé Coudoux apparaissaient quasi inexistants, ses revenus principaux provenant de la caisse d'allocations familiales et de quelques missions d'interim".
«Au final tout était mis sur le compte d'un humour sans limite et d'un amusement rémunérateur»
Les deux influenceurs étaient convoqués et placés en garde à vue le 27 janvier 2026. Safine H., qui se présentait comme l'animateur de la chaîne, "admettait qu'avec le recul certaines scènes n'auraient pas dû être tournées en concédant la violence et l'humiliation qui pouvaient y être attachées". Il "reconnaissait que certaines actions comportaient des humiliations verbales, physiques ou psychologiques". Owen C., en charge de l'aspect technique, adoptait une position différente. Il "contestait le caractère violent et humiliant de certaines scènes enregistrées" mais "reconnaissait des propos insultants à raison du handicap ou de l'orientation sexuelle". Selon le procureur, "au final tout était mis sur le compte d'un humour sans limite et d'un amusement rémunérateur". Concernant les violences sur mineurs, "les mis en cause les reconnaissaient en indiquant qu'ils étaient volontaires pour y participer". Owen C. reconnaissait également des faits d'outrage envers le maire de Drap "en exprimant des regrets".
Les deux hommes sont poursuivis pour violences en réunion, violences sur personne vulnérable, violences sur mineurs avec arme, abus de faiblesse, provocation à la haine en raison du handicap et de l'orientation sexuelle, diffusion d'images de violences et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Le parquet a saisi le juge des libertés et de la détention (JLD) aux fins de placement sous contrôle judiciaire, avec un cautionnement de 30 000 euros pour Owen C. et 15 000 euros pour Safine H., ainsi que "l'interdiction de se livrer à des activités d'enregistrement et de diffusion de vidéos en ligne".