Le jeudi 8 octobre 2026 à 20:51
Les trois mineurs interpellés mercredi après le lynchage d'un commandant de police à Belfort (Territoire de Belfort), en marge de la mobilisation lycéenne, ont été mis en examen jeudi 8 octobre et placés sous contrôle judiciaire. Deux d'entre eux ont reconnu avoir frappé l'officier, tandis que le troisième conteste l'avoir visé avec une bombe lacrymogène. Cinq adolescents sont désormais poursuivis dans ce dossier.
À l'issue de leur garde à vue au commissariat, les trois jeunes ont été déférés jeudi après-midi au tribunal judiciaire de Belfort. Le procureur de la République, Paul-Édouard Lallois, a ensuite annoncé leur mise en examen pour "violences commises lors d'une manifestation sur la voie publique sur un fonctionnaire de la police nationale, ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, aggravées par les circonstances que les faits ont été commis en réunion et par des personnes dissimulant volontairement en tout ou partie leur visage". Ce délit est passible de dix ans d'emprisonnement. Âgés de 16 et 17 ans, les trois mis en cause "sont tous lycéens scolarisés à Belfort", a précisé le parquet. Aucun n'a d'antécédent judiciaire, "à l'instar des deux premiers mis en examen dimanche dernier".
«Il ignorait qu'il s'agissait d'un policier»
L'un des deux adolescents de 17 ans a été identifié comme l'auteur du coup porté dans le dos du commandant, qui l'a fait chuter. Il lui a ensuite asséné trois coups de poing à la tête alors qu'il était à terre. En garde à vue, il a reconnu les faits, tout en affirmant "qu'il ignorait qu'il s'agissait d'un policier".
Le mineur de 16 ans a pour sa part admis avoir donné un coup de pied à la tête de l'officier, alors au sol. Il a expliqué aux enquêteurs avoir compris qu'il avait affaire à un policier "quand il a sorti une gazeuse", "soit avant la survenue du premier coup porté à la victime", a souligné le procureur.
Le second adolescent de 17 ans est soupçonné de s'être emparé d'une bombe lacrymogène qui se trouvait au sol et d'en avoir fait usage contre le commandant, à l'issue des violences. Les vidéos montrent que le jet était dirigé vers le policier, alors inconscient. Le mis en cause conteste l'avoir visé et assure avoir appuyé "sans direction précise". Il reconnaît avoir dû "toucher" le fonctionnaire selon franceinfo, mais affirme : "Mon intention n'était pas de le faire". Il a toutefois admis qu'il se doutait, avant les violences, que l'homme était un policier, car "il était en train d'embarquer quelqu'un".
Cinq mineurs mis en examen
Conformément aux réquisitions du parquet, les trois lycéens ont été placés sous contrôle judiciaire. Ils sont soumis à un couvre-feu de 21h30 à 7 heures et ont interdiction de se rendre aux abords d'un autre établissement scolaire que le leur. Il leur est également interdit de participer à toute manifestation, de porter une arme et d'entrer en contact les uns avec les autres. Tout manquement à ces obligations les expose à un placement en détention provisoire.
Ces trois mises en examen s'ajoutent à celles de deux autres lycéens, âgés de 17 et 15 ans, poursuivis depuis dimanche dans ce dossier. Ces cinq mises en examen correspondent au nombre de suspects recherchés pour avoir frappé le policier. Le plus âgé des deux premiers, celui que le commandant venait d'interpeller dans la Savoureuse, a été placé en détention provisoire, et le plus jeune sous contrôle judiciaire. L'avocat de ce dernier incarcéré, Me Arié Alimi, a fait appel de cette décision. L'appel sera examiné le 14 octobre par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon (Doubs). Le lycéen incarcéré a par ailleurs porté plainte pour "tentative de meurtre" contre le policier, qu'il accuse d'avoir voulu le noyer. Le parquet de Vesoul (Haute-Saône), au profit duquel la procédure a été dépaysée, a confié l'enquête à l'IGPN. Les investigations se poursuivent.