Professeure poignardée à Sanary-sur-Mer : le collégien mis en examen et placé en détention provisoire

Le procureur de la République de Toulon a tenu une conférence de presse ce mercredi soir pour détailler les éléments de l'enquête. L'adolescent avait effectué des recherches sur Internet sur les risques encourus par un mineur qui tuerait sa professeure.
Professeure poignardée à Sanary-sur-Mer : le collégien mis en examen et placé en détention provisoire
Illustration. (Sergey Novikov / Shutterstock)
Par Actu17
Le jeudi 5 février 2026 à 19:11

L'adolescent de 14 ans qui a poignardé sa professeure d'arts plastiques mardi au collège La Guicharde de Sanary-sur-Mer (Var) a été mis en examen pour tentative d'assassinat et placé en détention provisoire ce mercredi. Le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, a tenu une conférence de presse en fin de journée pour détailler les éléments de l'enquête.

"À ce jour, il m'a été indiqué que son état de santé restait préoccupant, et que les médecins étaient réservés sur le pronostic vital, compte tenu de la gravité des blessures ayant nécessité de lourdes interventions chirurgicales, encore aujourd'hui même", a déclaré le magistrat au sujet de la victime, âgée de 60 ans, hospitalisée à l'hôpital militaire Sainte-Anne de Toulon.

Les faits se sont produits mardi 3 février vers 14h25, "au moment de la pause", dans une classe de troisième qui comptait 22 élèves. Le collégien, qui aura 15 ans dans un mois, a frappé son enseignante à l'aide d'un Opinel doté d'une lame de 12 cm, lui infligeant quatre blessures : "trois au niveau de l'abdomen, et une au niveau de l'avant-bras gauche". L'adolescent a ensuite été appréhendé dans la cour de récréation par un personnel de l'établissement.

«Il n'avait pensé qu'à une chose : assassiner sa professeure»

"Au cours de sa garde à vue, le collégien mis en cause s'est exprimé sans difficulté, ni réticence", a indiqué le procureur. L'adolescent a reconnu avoir pris le couteau le matin même dans la cuisine familiale "avec l'intention de planter sa professeure d'arts plastiques, ayant développé à son encontre trop de haine". Il a affirmé que "toute la matinée du jour des faits, il n'avait pensé qu'à une chose : assassiner sa professeure", a rapporté Raphaël Balland, précisant que l'adolescent "connaissait la différence entre un meurtre et un assassinat et qu'il savait que l'assassinat était plus grave".

Le collégien reprochait à son enseignante d'avoir signalé plusieurs incidents disciplinaires le concernant sur l'application Pronote. "Sur l'application Pronote de l'éducation nationale, apparaissent 10 incidents depuis le début de l'année scolaire, allant du simple oubli de son matériel, en passant par le fait de jouer avec de la nourriture à la cantine, des bavardages, des retards, et des propos irrespectueux à l'encontre de plusieurs professeurs", a détaillé le procureur, précisant que la victime "avait relevé 5 des 10 incidents". Devant le juge d'instruction, l'adolescent "a précisé qu'il voulait se venger car il craignait d'être exclu en raison des incidents relevés par sa professeure".

Il avait «déjà projeté d'agresser sa professeure la semaine précédente»

La préméditation est établie. "Les investigations ont démontré qu'il avait effectué des recherches sur Internet quelques jours avant les faits sur les risques judiciaires encourus par un mineur qui tuerait sa professeure", a révélé le magistrat. L'adolescent avait également "déjà projeté d'agresser sa professeure la semaine précédente, ayant apporté également un couteau au collège à cette fin, mais il y avait renoncé, ayant eu peur de passer à l'acte".

Les déclarations de l'adolescent ont évolué au fil de la procédure. "À l'issue de sa première audition, l'adolescent affirmait qu'il regrettait beaucoup son geste ; qu'immédiatement après les faits, il avait ressenti une grosse haine envers lui, davantage qu'à l'encontre de sa professeure, et qu'il avait pleuré toutes les larmes de son corps en se portant des coups à lui-même", a rapporté le procureur. Lors de sa seconde audition, "il a finalement affirmé qu'au moment des faits, il n'avait pas eu l'intention de tuer sa professeure, mais uniquement de la planter pour qu'elle ait mal". Il disait alors ne se souvenir que d'un seul coup de couteau. Devant le juge d'instruction ce mercredi, "l'adolescent a confirmé les déclarations faites aux policiers, notamment sur la préméditation". "Il a répété qu'il regrettait son geste dont il se rendait compte de la gravité, en précisant que la professeure ne le méritait pas", a ajouté Raphaël Balland. L'adolescent a évoqué "un coup de folie", disant qu'il n'était "plus trop lui-même", et "a évoqué la possibilité de mettre fin à ses jours".

«Il possédait plusieurs armes blanches dans sa chambre»

Concernant son profil, l'adolescent "dit ne pratiquer aucune religion, ce que confirme son entourage", a indiqué le procureur. "En perquisition, aucun élément de radicalisation religieuse ou politique n'a été retrouvé. En revanche, il possédait plusieurs armes blanches dans sa chambre, parce qu'il trouvait ça stylé."Les dépistages d'alcool et de stupéfiants réalisés lors de son interpellation étaient négatifs. Il a déclaré ne souffrir d'aucun problème médical et jouer aux jeux vidéo "une à deux heures par jour, le mercredi et le week-end".

"Son entourage, et en premier lieu ses parents, ne comprennent absolument pas son geste, décrivant l'adolescent comme étant habituellement calme et gentil. Ils sont effondrés par la situation", a souligné le magistrat. L'adolescent "n'avait jamais été mis en cause dans la commission d'infraction" auparavant.

La famille était toutefois suivie par un juge des enfants, "d'abord entre 2023 et 2024, puis de nouveau à compter du 17 septembre 2025", dans le cadre d'une procédure d'assistance éducative. "Ces mesures d'assistance éducative ont été ordonnées par le juge des enfants du tribunal de Toulon en raison essentiellement de signalements concernant des violences qui auraient été commis par les parents uniquement sur la petite sœur du mis en examen", a précisé Raphaël Balland. "À ce stade, aucun des éléments portés à ma connaissance n'évoque des violences commises par quiconque au préjudice du mis en examen lui-même."

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle

L'instruction, désormais confiée à un juge d'instruction, "prendra plusieurs mois". Des expertises psychiatriques et psychologiques du mineur seront ordonnées. "En cas de condamnation ultérieure, cette qualification fait encourir la peine de réclusion criminelle à perpétuité, réduite à 20 ans de réclusion criminelle pour les mineurs âgés de moins de 16 ans", a rappelé le procureur.

En conclusion de sa conférence de presse, Raphaël Balland a tenu à rappeler que "sauf motif légitime, la loi interdit de porter ou de transporter en dehors de chez soi toute arme blanche, en particulier un couteau, quelle que soit la taille de la lame", un délit passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. "Le respect de cette règle par tous empêcherait bien des drames", a-t-il conclu.