Le mardi 25 août 2026 à 17:15
Le policier municipal qui conduisait le véhicule de service, lors du refus d'obtempérer qui a coûté la vie à un automobiliste près de Compiègne, dans l'Oise, a été mis en examen pour homicide routier et placé sous contrôle judiciaire. Il avait été présenté lundi au parquet de Compiègne, qui avait requis cette mise en examen à l'issue de sa garde à vue. C'est ce qu'a indiqué à Actu17 la procureure de la République de Compiègne, Caroline Gaziot. Une information judiciaire est désormais ouverte.
Le fonctionnaire a été "mis en examen pour homicide routier et placé sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du parquet", a précisé la magistrate, à l'issue de sa présentation. Les obligations du contrôle judiciaire n'ont pas été détaillées.
La veille, dans un communiqué, Caroline Gaziot avait annoncé requérir cette mise en examen, estimant que "les premiers éléments issus de l'enquête initiale" le permettaient "en l'état". Le parquet demandait dans le même temps l'ouverture d'une information judiciaire du chef d'homicide routier. Cette qualification a été introduite par la loi du 9 juillet 2025, qui a créé un délit spécifique pour les accidents mortels dans lesquels le conducteur a commis une faute aggravante, distinct de l'homicide involontaire.
Un contrôle qui tourne court à Margny-lès-Compiègne
Tout est parti d'un stationnement de Margny-lès-Compiègne, le 21 août aux alentours de 23h25. "Deux individus sortant d'une épicerie de Margny Les Compiègne montaient à bord d'un véhicule Renault Mégane et sortaient à vive allure de leur stationnement", a relaté le parquet. Un équipage de la police municipale de la commune, posté en contrôle à proximité, a alors signalé son intention d'intercepter la voiture "en activant ses avertisseurs sonores et lumineux".
Le conducteur de la Mégane ne s'est pas arrêté. Il a pris la fuite en direction de Clairoix, commettant "plusieurs infractions au code de la route", refusant d'obtempérer au contrôle. Sa course s'est achevée sur la D142, à la sortie de la commune de Bienville, un village de 500 habitants. L'un des deux occupants est mort sur le coup ; le second, plus légèrement blessé, a été pris en charge par les pompiers et transporté à l'hôpital. L'enquête pour homicide routier avait été confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de la circonscription de police nationale de Compiègne.
Les deux autres gardes à vue levées
Le survivant, dont le dépistage d'alcoolémie s'est révélé positif, avait été placé en garde à vue dès sa sortie de l'hôpital. Il a indiqué être le passager du véhicule accidenté, "ce qui était confirmé par les investigations menées ultérieurement", selon le parquet. Sa garde à vue a été levée à l'issue de ses auditions. L'identification de la victime avait dans un premier temps évolué : les enquêteurs avaient d'abord cru que l'homme décédé occupait le siège passager, avant d'établir qu'il était au volant.
Du côté de la police municipale, le dépistage d'alcoolémie pratiqué sur le fonctionnaire qui conduisait s'était révélé négatif. Les deux agents composant l'équipage avaient d'abord été entendus comme témoins, avant d'être placés en garde à vue "pour être entendus sur les circonstances du contrôle et de la prise en charge du véhicule Renault Mégane". Celle du policier qui occupait le siège passager avait été levée à l'issue des auditions.
«Un policier n'est pas un coupable parce qu'il porte un uniforme»
Il revient désormais au juge d'instruction de déterminer ce qui s'est joué entre le départ de Margny-lès-Compiègne et la sortie de route. "Les circonstances précises de l'accident et du décès doivent encore être investiguées", soulignait le parquet dans son communiqué.
Les réquisitions du parquet ont suscité une réaction syndicale. Augustin Dumas, référent national du syndicat Alliance Police Nationale Police Municipale, y a vu une "différence de traitement difficilement compréhensible" entre le passager du véhicule en fuite, dont le dépistage d'alcoolémie s'était révélé positif et qui est aujourd'hui libre, et le policier municipal présenté au parquet. "C'est cette présomption de culpabilité qui nous inquiète", a-t-il affirmé, redoutant que les agents hésitent désormais à engager une poursuite face à un refus d'obtempérer. "Un policier n'est pas un coupable parce qu'il porte un uniforme", a conclu le syndicaliste.