La DGSI convoque 3 journalistes qui ont détaillé l’usage d’armes françaises au Yémen


Le siège de la DGSI à Levallois-Perret. (photo NemesisIII / Wikimedia)

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale ».

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a convoqué pour le 14 mai trois journalistes soupçonnés d’être à l’origine de la publication d’informations classées « Confidentiel Défense ».

Le 15 avril dernier, le média Disclose et d’autres services de presse partenaires ont publié une enquête sur l’utilisation d’armes de fabrication française dans la guerre au Yémen. Ce conflit a fait plus de 10 000 morts depuis 2014.

La version officielle remise en cause

L’enquête en question avait semé le trouble lors de sa publication, car elle est en partie basée sur une note classée « Confidentiel Défense ». Les révélations qu’elle contient contredisent la version officielle de la France.

Selon les déclarations des autorités françaises, les équipements terrestres vendus à l’Arabie saoudite ne seraient utilisés qu’à des fins défensives. Or, Disclose affirme, preuves à l’appui, que les chars Leclerc dont il est question ont participé à des opérations offensives au Yémen.


On y apprend également que 48 canons Caesar, fabriqués à Roanne dans la Loire, sont utilisés depuis le sol d’Arabie Saoudite et « appuient les troupes loyalistes et les forces armées saoudiennes dans leur progression en territoire yéménite ».

Le 20 janvier dernier, la ministre de la Défense avait affirmé dans une interview à France Inter, ne pas avoir « connaissance du fait que des armes [françaises] soient utilisées directement dans ce conflit ». Selon Disclose, Florence Parly aurait pourtant été destinataire de ce rapport, à l’instar du ministre des Affaire étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Trois journalistes convoqués à la DGSI

L’un des fondateurs de Disclose, Geoffrey Livolsi, a indiqué qu’il a été convoqué à la DGSI pour une audition libre le 14 mai prochain, avec au moins deux autres confrères, rapporte Le Monde.

Le journaliste a affirmé sur RFI que lui et ses confrères sont « assez étonnés, en tant que journalistes, d’être aujourd’hui pénalement responsables » d’avoir fait leur métier. D’autant que pour eux, les révélations de leur enquête « ne font qu’appuyer ce que dit le document de la Direction du renseignement militaire français (DRM) : nos armes sont utilisées massivement dans le conflit au Yémen ».

Ils garderont le silence

Geoffrey Livolsi décrit ces convocations comme étant, pour les autorités, un moyen de « contourner la protection des sources des journalistes ». Interrogé par RFI sur sa ligne de défense, le co-fondateur de Disclose n’y va pas par quatre chemins : « nous allons évoquer le secret des sources des journalistes. Nous allons exercer notre droit à garder le silence et à ne pas donner d’informations sur nos sources », a-t-il déclaré.