«Le Grêlé» : Comment les enquêteurs sont-ils arrivés jusqu’à François Vérove, le tueur en série ?


François V. s'est donné la mort ce mercredi soir dans un logement du Grau-du-Roi.

INFO ACTU17. Les expertises ADN réalisées ce jeudi ont confirmé que cet homme de 59 ans, François Vérone, père de deux enfants, qui s’est suicidé au Grau-du-Roi (Gard), est bien « Le Grêlé », ce tueur en série recherché depuis près de 35 ans par les enquêteurs de la brigade criminelle. L’homme a laissé une lettre, où il s’adresse à sa compagne, dans laquelle il passe aux aveux. Nos révélations.

Les policiers de la Crim’ n’avaient plus que d’infimes doutes sur le passé criminel de François Vérove, 59 ans, retrouvé mort mercredi soir après avoir absorbé des médicaments. Sa conjointe avait signalé sa disparition à la police lundi. Le quinquagénaire, ancien gendarme et ancien policier, était convoqué dans les locaux de la direction territoriale de la police judiciaire (DTPJ) de Montpellier mercredi à 17 heures d’après nos informations. Un enquêteur l’avait contacté vendredi par téléphone. Il ne viendra jamais à ce rendez-vous.

Avant de se donner la mort, François Vérove a écrit une lettre à l’attention de sa femme. Dans son récit, il passe aux aveux, sans faire référence au surnom du « Grêlé » donné par les enquêteurs et par la presse depuis ces quelques dizaines d’années. « Tu avais décelé des choses chez moi quand j’étais plus jeune. (…) J’ai fait du mal à des gens, j’ai tué des innocents. Je pense à vous [sa compagne et ses enfants], et aux familles des victimes ». C’est ainsi que se terminerait le message de François Vérove, d’après nos informations. L’homme précise également qu’il n’a « rien fait » après 1997. Les enquêteurs de la brigade criminelle disposaient d’un ADN partiel du « Grêlé », qui a « matché » avec celui du défunt, qui habitait à La Grande-Motte et qui était père de deux enfants. Avant de disparaître mercredi, François Vérove a vidé ses comptes bancaires sans que l’on sache pour l’heure quelles étaient ses intentions et s’il avait décidé de se lancer dans une énième cavale.

Comment les policiers et la juge Nathalie Turquey – qui avait également travaillé sur l’affaire Bertrand Cantat – sont-ils arrivés jusqu’à François Vérove ? Plusieurs éléments ont orienté les investigations sur la piste d’un policier ou d’un gendarme. A plusieurs reprises, des victimes ont indiqué que « Le Grêlé » avait exhibé une carte professionnelle des forces de l’ordre. « Il pouvait aussi s’agir d’une fausse », tempère une source proche du dossier. Le 5 mai 1986 à Paris 19e, Cécile Bloch, une petite fille de 11 ans, a été violée et tuée dans un immeuble au 116 rue Petit (19e). Elle devait se rendre au collège mais a croisé la route du tueur. L’enfant a été retrouvée morte au 3ème sous-sol de la résidence, dans un local technique sans éclairage. Son corps était dissimulé sous un morceau de vieille moquette. Cécile Bloch avait été étranglée, poignardée, et du sperme a été retrouvé lors des constatations. Lorsque les enquêteurs du 36 quai des Orfèvres ont interrogé le frère de la victime, âgé de 13 ans, il aurait déclaré que le suspect qu’il a croisé, sentait l’herbe. François Vérove a travaillé à la garde républicaine lorsqu’il était gendarme durant cette même période, ce qui pourrait être une explication.

En outre, durant les investigations au sujet d’un autre fait commis dans les années 80, l’une des victimes a déclaré que son agresseur avait la peau rugueuse et qu’il avait exhibé une carte professionnelle d’un membre des forces de l’ordre, avec le drapeau bleu blanc rouge, sur laquelle il était écrit « sous-officier ». Il s’agit notamment d’un grade de la gendarmerie.

« Je m’appelle François »

Dans une autre partie de l’enquête concernant le viol d’une jeune fille en région parisienne dans les années 80, les policiers ont également récolté des indices troublants. Des adolescents faisaient une fête dans un logement, lorsqu’ils ont entendu frapper à la porte. « Un homme leur a demandé de faire moins de bruit en exhibant une carte professionnelle des forces de l’ordre, puis s’est introduit dans la soirée pour y participer », raconte cette même source. « Je m’appelle François », aurait-il lâché aux jeunes fêtards, avant de prendre place derrière les platines. « J’ai l’habitude de m’occuper des jeunes dans la gendarmerie », aurait-il aussi affirmé, certainement pour les mettre en confiance. Un peu plus tard cette nuit-là, il s’est retrouvé seul avec une jeune fille qu’il a violée, puis a disparu.

Il y a aussi l’affaire de la petite d’Ingrid G., 11 ans, à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), enlevée alors qu’elle faisait du vélo. La petite fille avait été retrouvée attachée à un radiateur dans une ferme abandonnée, à Saclay (Essonne). Elle avait été violée et les policiers ont fait le rapprochement avec « Le Grêlé », d’autant que la victime a reconnu son tortionnaire sur les portraits robots. « Cette ferme se situait non loin d’un centre surveillé par les gendarmes à cette époque », glisse cette même source. Hasard ou pas, il s’agit là d’un élément supplémentaire.

Des centaines de gendarmes identifiés

C’est ainsi que la juge Nathalie Turquey a ordonné aux enquêteurs de la brigade criminelle, il y a quelques mois, de prélever l’ADN d’un peu moins de 800 gendarmes ayant travaillé en région parisienne au moment des faits, et correspondant au profil du tueur, afin de le comparer avec celui du criminel. « La liste des gendarmes à contacter était encore très longue », ajoute cette même source. C’était donc au tour de François Vérove de se présenter ce mardi à Montpellier. L’homme a donc compris qu’il allait être démasqué, après 35 ans de cavale et de nombreux crimes.

Dans un communiqué ce jeudi soir, le parquet de Paris revient sur le dénouement de ce cold-case : « Dans le cadre d’une information judiciaire suivie des chefs de viols sur mineurs de 15 ans, assassinats, tentative d’homicide volontaire, vols avec arme, usages de fausse qualité et enlèvement et séquestration sur mineur de 15 ans portant sur cinq crimes commis entre 1986 et 1994, les éléments recueillis ont notamment permis d’orienter les investigations confiées à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) vers un suspect non identifié qui aurait pu exercer la profession de gendarme au moment des faits et ont permis d’isoler un profil ADN susceptible d’appartenir à l’auteur des faits ».

« Ces derniers mois, le magistrat instructeur a convoqué pour audition ou sur commission rogatoire environ 750 gendarmes en poste en région parisienne à l’époque des faits », précise-t-on. « La comparaison ADN, immédiatement ordonné par le magistrat instructeur, a établi ce jour une correspondance entre le profil génétique retrouvé sur plusieurs scènes de crime et celui de l’homme », François Vérove.

Conseiller municipal

En 2014, François Vérove avait été élu conseiller municipal de Prades-le-Lez près de Montpellier. Il avait participé à la campagne comme il est possible de le voir sur son profil Facebook qui a été fermé ce jeudi en fin de journée. Après être passé par la gendarmerie et à la garde républicaine dans les années 80, il était devenu fonctionnaire de police et avait travaillé dans différents services, notamment au commissariat de Montpellier (Hérault). Il avait été victime d’un accident de moto en se rendant au travail et avait pris sa retraite un peu plus tard, en 2019.