Le journaliste et militant Taha Bouhafs condamné pour injure publique à raison de l’origine


Taha Bouhafs (au premier plan) et l'avocat Me Arié Alimi, le 28 novembre 2020 lors de la manifestation contre le projet de loi "sécurité globale", à Paris. (photo Aurelien Morissard/IP3 Press/Maxppp)

Le journaliste et militant Taha Bouhafs a été condamné ce mardi par le tribunal correctionnel de Paris à 1500 euros d’amende pour d’injure publique à raison de l’origine, après avoir qualifié la syndicaliste policière Linda Kebbab d’« Arabe de service » sur Twitter.

« ADS : Arabe de service ». C’est par ces mots que le journaliste et militant Taha Bouhafs avait réagi à un tweet de Linda Kebbab, la déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO, en juin 2020.

Le journaliste antiraciste franco-algérien de 24 ans qui travaille notamment pour Le Média, un site d’actualité lancé en 2018, proche de La France insoumise (LFI), a été reconnu coupable par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, d’injure publique à raison de l’origine. La juridiction a estimé que ce message du prévenu constitue « un propos outrageant et méprisant » envers Linda Kebbab.

Ce dernier a été condamné à une amende de 1500 euros et devra également verser 2000 euros à la victime, Linda Kebbab, au titre des dommages et intérêts.

« Je verserai l’intégralité de cette somme à des œuvres sociales pour les familles de policiers », réagit-elle, précisant qu’elle n’avait pas réclamé de dommages et intérêts lors du procès qui s’est tenu le 9 juin dernier.

« Ainsi, Bouhafs fera une bonne chose de son argent, une fois dans sa vie. Puissent les jeunes qui le suivent ouvrir les yeux sur le mal qu’il est », poursuit Linda Kebbab sur Twitter. « Je ne serai jamais une arabe de service ».

« Je n’ai eu ni protection fonctionnelle, ni aucun soutien de la préfecture de police »

« Je ne salue pas les responsables politiques, notamment à gauche – dont j’attendais qu’ils se positionnent peut être plus que les autres – qui ont refusé de dénoncer les propos de Bouhafs. Ils ont fait l’autruche alors qu’ils savaient », avance Linda Kebbab. « Leur lâcheté ne les honore pas. Ni eux ni le camps de la pensée universaliste qu’ils prétendent défendre.
Quant à ceux de La France insoumise qui se sont fourvoyés, sans commentaire ».

« Et un dernier mot à mon administration : je n’ai eu ni protection fonctionnelle, ni aucun soutien de la préfecture de police dont je dépends », déplore la policière. « C’est cette administration malade de vouloir faire taire les lanceurs d’alerte dont je fais partie, qui est la première responsable de donner de l’eau à ceux qui exècrent l’institution policière. Un peu de courage ne fait jamais de mal messieurs les directeurs et préfets, surtout quand on porte un uniforme ».

« Je fais appel de cette décision » annonce Taha Bouhafs

De son côté, Taha Bouhafs a annoncé dans l’après-midi qu’il allait faire appel de cette décision de justice. « Personne n’est dupe, cette décision de justice a première vue ridicule est éminemment politique, elle répond à un travail acharné de l’extrême droite pour renverser la définition même du racisme et la retourner contre les antiracistes », écrit-il sur Twitter.