Mayotte : Des clandestins officiellement détenteurs de cartes de «Citoyens Volontaires» pour épauler la police ?


Illustration. (Shutterstock)

Des clandestins comoriens se seraient vu délivrer officiellement des cartes de « Citoyens Volontaires », avec pour mission d’épauler la Police Nationale à Mayotte.

Depuis 2017 à Mayotte, un groupe de citoyens volontaires vêtus de t-shirts jaunes reconnaissables arpentent les rues de Mamoudzou aux côtés de la Police Nationale. Baptisés « maillots jaunes », les contours de leurs missions restent vagues. Ils devaient en premier lieu être présents sur le terrain pour avoir un effet dissuasif sur la délinquance, et dénoncer les faits constitutifs d’infractions aux policiers.

Un groupe parfois considéré comme une milice

Quelques fois mal vus par la population locale et par des policiers avec lesquels ils sont censés faire équipe, ces « maillots jaunes » sont souvent considérés comme une milice de supplétifs. D’autant que leurs méthodes font aussi parler : évoquées parfois comme des « bavures », des « interpellations musclées », des « punitions physiques immédiate, ou des « répressions en dehors de tout cadre judiciaire et légal » indique le quotidien Clicanoo.

Un policier de Mayotte, qui s’est confié à notre rédaction, témoigne de tensions entre certains de ses collègues et des « maillots jaunes », dans un contexte de prérogatives floues.


Des clandestins devenus « Citoyens Volontaires » ?

Afin de pouvoir justifier de leur qualité, les « maillots jaunes » se sont vu délivrer des cartes de « Citoyens Volontaires » par les autorités administratives de Mayotte. Le hic étant que des Comoriens en situation irrégulière se sont vu délivrer ces cartes, normalement accessibles aux seuls ressortissants français, relate Clicanoo. Toutefois, ces pratiques avaient officiellement cessé après une intervention du préfet Dominique Sorain.

En situation irrégulière sur le territoire français, Ahmed C. a bénéficié de la délivrance d’une carte de Citoyen Volontaire. (DR)

En revanche, comme a pu le constater ce même média, certains sont parvenus à passer à travers les directives du préfet. À l’image d’Ahmed C., de nationalité comorienne, qui a obtenu une carte de « Citoyen Volontaire » cette année, alors qu’il a également fait une demande de carte de séjour au mois de février dernier. Sur le récépissé de cette demande figure d’ailleurs la mention explicite : « Il n’autorise pas son titulaire à travailler ».

Le récépissé de la demande de carte de séjour de Ahmed C., délivrée en février 2019. (DR)

Exercer pour l’État en tant que « Citoyen Volontaire » est un non-sens pour des clandestins qui n’ont – par définition – pas le droit de travailler sur le territoire français. Ainsi, ils ne peuvent pas, dans les faits, bénéficier de contrat en bonne et due forme avec la Police Nationale.

Christophe Castaner a rencontré les « maillots jaunes »

Au mois d’avril dernier, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait rendu visite aux « maillots jaunes », et s’était dit « fier du travail qu’ils fournissent », selon plusieurs médias locaux.