Restaurants clandestins : Brice Hortefeux et Alain Duhamel reconnaissent avoir déjeuné ensemble


Brice Hortefeux, sur le plateau de BFMTV, le 27 janvier 2019. (photo Olivier Lejeune/PhotoPQR/Maxppp)

L’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a déjeuné dans un restaurant clandestin fin mars, en compagnie du journaliste Alain Duhamel. Le député européen pensait que tout était « dans les clous ».

Près d’une semaine après la diffusion du reportage de M6 concernant des dîners luxueux clandestins à Paris, notamment au Palais Vivienne (Paris IIe), un ancien ministre est épinglé, reconnait les faits et s’explique. L’ancien ministre de l’Intérieur et proche de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, a déjeuner dans un club privé tenu par le chef Christophe Leroy révèle Mediapart.

Ce dernier ainsi que Pierre-Jean Chalençon ont été placés quelques heures en garde à vue dans les locaux brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la DRPJ, ce vendredi.

Ce déjeuner s’est déroulé le 30 mars dernier dans un appartement privé reconverti en restaurant clandestin, dans le VIIIe arrondissement de Paris selon nos confrères. Chaque jour, le chef Leroy proposait des menus entre 110 euros et 580 euros à une clientèle triée sur le volet comme l’a révélé M6. Ce jour-là, l’eurodéputé a partagé son repas avec le journaliste Alain Duhamel, qui travaille chez BFMTV.

Brice Hortefeux affirme qu’on lui a recommandé cette adresse

Les deux hommes devaient initialement déjeuner au siège du parti Les Républicains (LR), situé dans le XVe arrondissement, mais Brice Hortefeux a finalement choisi ce restaurant clandestin, tenu par Christophe Leroy. L’ancien ministre de l’Intérieur affirme qu’il lui a été recommandé par « une personne » qu’il « connait ». Selon ses explications qu’il a livrées à Mediapart, il a immédiatement demandé s’il s’agissait d’un « club » légal. « D’ailleurs, pour me montrer que c’est légal, elle me fait passer des documents internet, en précisant que tous les jours, c’est publié sur les réseaux sociaux », souligne-t-il.

« Cette personne me dit : « Il y a beaucoup de monde qui passe, des entreprises, des élus… » Quand vous savez cela, vous vous dites que vous êtes dans les clous », insiste Brice Hortefeux.

« Je ne savais pas de quoi il s’agissait, ce n’était pas précisé »

Alain Duhamel affirme de son côté, à nos confrères, avoir été « un peu piégé ». « Je ne savais pas de quoi il s’agissait, ce n’était pas précisé, j’y suis allé. Je croyais que ce serait soit chez lui, soit chez un de ses amis, et puis je suis monté dans ce truc-là », justifie le journaliste. « Je n’en suis pas mort, mais j’ai mal dormi quand même ».

« Nous étions dans une pièce isolée d’un appartement privé, moins de six. On m’aurait dit : vous êtes huit, j’aurais dit non, je n’y serais pas allé », poursuit Brice Hortefeux. « Je ne savais rien et, honnêtement, c’est très pénible. Je ne le vis pas très bien, je me suis excusé auprès d’Alain Duhamel ».

« D’après ce que j’ai compris depuis, ce n’est pas vraiment un restaurant mais un lieu avec un statut associatif ou de club, ce qui explique qu’ils auraient le droit de faire cela. C’est très incertain », appuie l’ex-ministre. Des arguments utilisés par l’avocat de Christophe Leroy, Me Thierry Fradet dans un communiqué de presse ce jeudi.

Le parquet de Paris a annoncé ce vendredi soir la fin des gardes à vue du chef Christophe Leroy, et du collectionneur Pierre-Jean Chalençon, dans le cadre d’une enquête ouverte pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « travail dissimulé ». « À ce stade des investigations, aucun élément ne permet de mettre au jour la participation d’un membre du gouvernement aux repas qui font l’objet de cette enquête », a mentionné le parquet.