Un professeur de Belfort juge la tenue d’une collégienne «vulgaire» : le père de l’élève exprime sa colère


Une jeune fille de 14 ans aurait été contrainte de se couvrir en classe car son professeur a jugé sa "tenue vulgaire". (photo Facebook)

Un père raconte dans un long message sur Facebook la situation vécue par sa fille de 14 ans alors qu’elle arrivait en cours de mathématique, dans son collège de Belfort. Le professeur lui a fait remarquer devant ses camarades que son « décolleté était trop voyant » et sa « tenue vulgaire ».

Il dénonce une « réflexion stupide » et le fait que sa fille de 14 ans est rentrée à la maison « humiliée » et « choquée ». C’est un père de famille en colère qui s’est exprimé sur Facebook, sans filtre, en dénonçant le comportement fautif d’un professeur, qui s’est finalement excusé.

« C’est ma fille. 14 ans. Elle est grande, belle, bien dans sa peau. Aujourd’hui, elle est allée au collège Arthur Rimbaud à Belfort, habillée comme ça », écrit David Paufert sur son compte Facebook. Son texte est accompagné d’une photo de sa fille qui porte la tenue qu’elle avait le jour où les faits se sont produits. Cette dernière est en jean, avec un débardeur classique et un blouson en cuir.

« Il ne comprenait d’ailleurs pas comme on avait pu la laisser entrer dans le collège »

« Arrivée en cours de mathématiques, elle n’a pas eu le temps d’enlever sa veste que son professeur lui a fait remarquer, devant toute sa classe, que son décolleté était trop voyant et que sa tenue était donc vulgaire selon ses mots. Il ne comprenait d’ailleurs pas comme on avait pu la laisser entrer dans le collège », explique le père de famille.


« Excès de zèle suite aux propos de son ministre sur « la tenue républicaine » ou expression d’une idéologie qui n’a rien à voir avec la République, dont j’enseigne chaque jour les valeurs à mes enfants. J’en ai ma petite idée », poursuit-il.

Une référence aux propos de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale tenus ce lundi sur RTL, alors qu’il était interrogé sur l’émergence du mouvement « #lundi14septembre », porté par des collégiennes et lycéennes souhaitant s’habiller comme elles l’entendent. « L’école n’est pas un lieu comme les autres, ce n’est pas comme si vous allez à la plage ou en boîte de nuit », a expliqué le ministre, et de poursuivre : « Chacun peut comprendre qu’on vient à l’école habillé d’une façon républicaine ». Une expression qui a provoqué de vives réactions.

« En France, chacun est libre de s’habiller comme il le veut », lui a répondu la ministre déléguée à l’Egalité Femmes-Hommes, à la Diversité et à l’Égalité des chances, Elisabeth Moreno, auprès du Parisien. « Les femmes ont mis des siècles à pouvoir s’affranchir de codes vestimentaires. Cette liberté conquise de haute lutte n’a pas de prix », a-t-elle ajouté. « C’est aussi un enjeu d’éducation des jeunes garçons, du rapport qu’ils entretiennent aux jeunes filles et lié aux valeurs de respect ».

« J’entends déjà les : tu t’habilles comme une pute, même le prof l’a dit »

David Paufert va plus loin dans la suite de son message : « Par sa réflexion stupide, il a mis une cible sur ma fille. Cette cible, c’est celle qui justifiera les propos des plus tordus (puisqu’il y’en a quelques uns dans ce collège) à l’égard des filles. Et quand on sait comment sont traités ces comportements… ». « J’entends déjà les ‘tu t’habilles comme une pute, même le prof l’a dit’ ». Sa réflexion est l’expression du même mécanisme qui consiste à justifier un viol par la tenue vestimentaire de la victime », dénonce le père de famille. « Ma fille est rentrée humiliée. Choquée », déplore-t-il.

« Si ce petit bonhomme se sent émoustillé devant une gamine de 14 ans, s’il estime que ma fille devrait davantage cacher sa féminité, je n’ai pas peur de le dire : il n’a pas sa place dans un collège de la République », lance le parent d’élève, avant d’évoquer les autres cas similaires qui se sont produits en France ces derniers jours, et notamment l’agression d’une femme à Strasbourg parce qu’elle portait une jupe.

« Partout sur notre territoire, à Nîmes en août, à Reims il y a quelques jours et encore plus récemment à Strasbourg, des jeunes filles ont été agressées et frappées dans la rue pour leur tenue, ou pour avoir refusé des avances. J’en oublie énormément, la plupart d’entre elles ne le dénoncent même pas, culpabilisées par une bien-pensance insupportable. Les propos de ce professeur encouragent les bas instincts qui trouvent ainsi la justification de leurs actes. »

« Un camarade lui a alors prêté son pull pour qu’elle puisse cacher ses morceaux de peau »

Interrogé par L’Est Républicain, David Paufert a également détaillé ce que sa fille lui avait raconté lorsque le professeur lui a fait la remarque en pleine classe : « Elle a essayé de fermer sa veste mais elle ne pouvait pas. Un camarade lui a alors prêté son pull pour qu’elle puisse cacher ses morceaux de peau ».

« Aujourd’hui, je me retrouve avec une gamine qui ne pourra peut-être plus s’habiller sans avoir peur du regard des autres. Dans la construction d’une adolescente, ce n’est pas anodin », décrit-il.

« Elle n’a pas accepté ces excuses »

Le principal de l’établissement, Philippe Naas, a convoqué le professeur ce mercredi matin suite à cette affaire, alors que le message du père de famille a été partagé près de 5000 fois sur Facebook. L’enseignant est ensuite allé s’excuser auprès de son élève. « Ma fille m’a expliqué qu’il n’avait pas l’air d’être sincère. Elle n’a pas accepté ces excuses », a raconté David Paufert, à nos confrères. « J’ai pris contact avec la direction académique du Territoire de Belfort. Je ne veux pas en rester là. Je veux que cela serve de message d’alerte. »

Philippe Naas a de son côté estimé que « la réaction globale [du père de famille] est disproportionnée par rapport aux propos qui ont été tenus ». « J’en attendais pas moins du principal de ce collège. Ma réaction est disproportionnée, mais pas la réaction de son professeur. Dont acte », a réagi David Paufert sur Facebook ce jeudi après-midi.