32 députés lancent un appel pour alerter face au nombre de suicides dans la police


Illustration. (photo Gérard Bottino / Shutterstock)

32 députés (LREM, MoDem, Agir ensemble) ont lancé dans un communiqué ce jeudi, un appel au ministère de l’Intérieur afin qu’il se penche sur le fléau des suicides dans la police, dénonçant dans le même temps une « stigmatisation injuste » des forces de l’ordre.

« Et les suicides dans la police, on en parle ? ». C’est le titre du communiqué de presse signé par 32 députés ce jeudi, alors que la police nationale traverse une crise depuis une dizaine de jours, suite aux propos de Christophe Castaner notamment. « Depuis quelques jours, les forces de l’ordre sont victimes d’une stigmatisation injuste », peut-on lire en introduction.

Deux policiers se sont donné la mort au début du mois de juin et au moins 15 autres depuis le début de l’année. L’un était affecté au 3ème District de police judiciaire (DPJ), le second à la police aux frontières (PAF), à Chambéry (Savoie). « Le suicide d’un policier ne surprend plus, et devient une habitude sourde. Cette quasi indifférence devrait nous révolter », soulignent les élus dont font partie François Jolivet (Indre), ainsi que l’ex-patron du RAID Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne).

« Si le racisme et les autres formes d’intolérance doivent être sanctionnés, le dérapage de certains ne doit pas conduire à la défiance de tous. La France n’est pas l’Amérique », explique-t-ils, en faisait référence à la mort de Georges Floyd des suites de son interpellation à Minneapolis, aux États-Unis.

« Comment oublier l’assassinat à leur domicile de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider ? »

« En 2015, la France a été touchée dans son cœur par des attentats meurtriers. Ce sont nos policiers et nos gendarmes qui se sont trouvés en première ligne face à la barbarie terroriste pour sauver des vies. Cette année là, ils ont été applaudis pour cela. En 2016 à Magnanville, ils ont aussi été les victimes du terrorisme. Comment oublier l’assassinat à leur domicile de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider ? », ont-il ensuite écrit.


« Confrontées aux maux de la société, les forces de sécurité intérieure ont défendu l’ordre Républicain. Elles ont dû faire face à des actes violents, conduits par cette gangrène des groupuscules d’extrême gauche et d’extrême droite », rappellent les députés, et de poursuivre : « Dans toutes les situations, il y a toujours quelque chose qui nous ramène à la police. Imaginons, ne serait-ce qu’un instant, qu’elle ne soit plus là ».

« 1200 fonctionnaires se sont donné la mort en 25 ans »

« Alors qu’ils se sont engagés pour servir, les policiers sont le réceptacle de la haine. Sont-ils formés pour cela ? Leurs visages sont largement diffusés sur des réseaux « antisociaux », comme si la garantie de leur anonymat ne comptait plus. Sous les uniformes, n’oublions pas qu’il y a des femmes et des hommes, des pères et des mères de famille », insiste le communiqué.

« 1200 fonctionnaires se sont donné la mort en 25 ans, et cet acte ultime a augmenté
de près de 70% en 2019. Pourquoi celles et ceux qui nous protègent se donnent parfois la mort ? », s’interrogent les élus. « Nous devons appréhender cette douloureuse réalité, et en connaitre les causes. D’autres pays, comme le Canada, ont déjà travaillé sur des politiques de prévention. Leurs résultats sont encourageants, et doivent nous inspirer ».

« En France, des associations d’aide et d’écoute demandent la mise en place de mesures de soutien et de prévention. Celles-ci, mobilisées au plus près de leurs collègues en difficulté, apportent déjà un début de réponse. Il faut construire en lien avec ces acteurs une nouvelle doctrine qui prendrait en compte ce risque », peut-on lire.

« Quand le Ministère de l’Intérieur ouvrira-t-il ce débat courageux et nécessaire en interne ? »

Le communiqué s’adresse ensuite au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner ainsi qu’au parlement. « Quand le Ministère de l’Intérieur ouvrira-t-il ce débat courageux et nécessaire en interne, plutôt que de confier cette responsabilité à des consultants ? À défaut, il appartiendra au Parlement de s’emparer de ce sujet, conformément aux pouvoirs qui lui sont dévolus au titre de sa mission d’évaluation et de contrôle ».

Avant de conclure : « Sans sécurité, l’exercice de nos propres libertés est impossible. La sécurité, c’est le premier bien des Français. Nous ne devons pas l’oublier, en soutenant les femmes et les hommes qui portent cette charge ».