Attaque à la préfecture : La directrice de la DRPP confirme que Mickaël Harpon avait fait l’objet de discussions


Mickaël Harpon a été abattu dans la cour intérieure de la préfecture de police. (DR)

Dans un rapport rédigé ce samedi, la directrice de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris explique que des discussions ont bien eu lieu au sujet de Mickaël Harpon en 2015, faisant état de signes de radicalisation chez ce dernier et que « ces éléments ont été portés verbalement à la connaissance de la hiérarchie intermédiaire ».

« Mickaël Harpon était habilité secret défense (SD) soit le plus haut niveau requis pour travailler à la DRPP », explique d’abord Françoise Bilancini dans un rapport rendu public par France Inter.

La directrice de la DRPP écrit qu’une nouvelle procédure d’enquête d’habilitation plus poussée a été mise en place à son arrivée, en 2017. Une procédure incluant un « criblage » et un « entretien » par des spécialistes de la DRPP. « M. Harpon avait été habilité sous le régime de l’ancienne procédure en 2013 ». Sa première habilitation datait du 8 juillet 2003 et avait été renouvelée le 2 février 2008, puis le 1er août 2013 donc. Une habilitation qui était valable « jusqu’au 24 avril 2020, conformément au nouveau délai de validité de 7 ans ».

Une plainte avait été déposée par la compagne de Mickaël Harpon en 2008 pour violences volontaires sur concubin avec plus de 8 jours d’ITT. Cette dernière avait finalement retiré sa plainte et le mis en cause avait été relaxé par le TGI de Pontoise.

« Il a obtenu satisfaction sur certaines de ses demandes mais pas toutes »

« Depuis son arrivée dans le service, cet agent n’avait jamais posé de difficultés professionnelles particulières, comme en atteste son dossier administratif. Il ne semble avoir formulé aucune demande d’évolution professionnelle jusqu’à très récemment ».


« Il a obtenu satisfaction sur certaines de ses demandes mais pas toutes, au regard du quota de stagiaires disponible », explique la directrice de la DRPP.

« Plusieurs collègues directs de l’intéressé ont ainsi révélé avoir noté par le passé, chez l’intéressé, des signes de radicalisation »

Françoise Bilancini indique qu’« aucune difficulté notable le concernant [Mickaël Harpon] » ne lui « avait été signalée ». « Depuis la survenance des faits, de nouveaux éléments ont été portés à ma connaissance, dans le cadre de discussions informelles, par des agents de mon service, sans préjudices des éléments de la procédure judiciaire en cours ».

« Plusieurs collègues directs de l’intéressé ont ainsi révélé avoir noté par le passé, chez l’intéressé, des signes de radicalisation, et déclarent en avoir alerté leur hiérarchie ou pris conseil auprès de collègues spécialistes de ces problématiques », peut-on lire.

« Une vive querelle avec l’intéressé en 2015, à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo »

L’un des fonctionnaires a raconté avoir eu « une vive querelle avec l’intéressé en 2015, à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo, M. Harpon ayant déclaré « c’est bien fait ». Le fonctionnaire en question avait alors décidé de parler de ce qu’il s’était passé.

« Accompagné d’un collègue de la même section, [le fonctionnaire] dit avoir informé verbalement, en juillet 2015, un fonctionnaire de la SDSI le major xxxx, en charge des signalements de radicalisation, du mariage de M. Harpon avec une musulmane, de sa conversion à l’islam et du fait qu’il ne serrait plus la main des femmes ni ne les embrassait. A ce stade, aucun autre élément n’était évoqué ».

Un signalement qui n’a pas été « formalisé »

Le major concerné a confirmé la véracité de cet échange mais a expliqué à la directrice de la DRPP que les deux fonctionnaires n’avaient pas souhaité « formaliser ce signalement », « leur démarche s’inscrivant dans une perspective de conseil », explique Françoise Bilancini.

Les deux agents ont tout de même souhaité en parler « à leur chef de section, le commandant xxxx ». « Ce dernier serait revenu vers le major xxxx fin août/début septembre 2015, en présence d’un autre fonctionnaire de la SDSI, le gardien de la paix xxxx, pour lui dire « qu’il n’y avait pas de sujet avec M. Harpon et qu’il gérait à son niveau ».

Plus aucun signe suspect depuis

Depuis, Mickaël Harpon n’avait plus fait l’objet de discussions ou de signalement selon le rapport de la directrice. Les deux fonctionnaires de la SDSI « étaient eux-mêmes régulièrement en contact avec M. Harpon. Ils affirment n’avoir jamais rien détecté de suspect et avaient constaté, encore la semaine dernière, qu’il embrassait les femmes ».

Par ailleurs, le commandant a rapporté à son sous-directeur de l’époque, « à une date se situant enter 2014 et 2015, probablement après le mariage de M. Harpon, que ce dernier n’embrassait plus la secrétaire de la section, mais qu’il restait courtois dans ses relations avec les femmes. Les suites données à cette démarche ne sont pas connues. Aucune trace écrite n’a été conservée ».

« M. Harpon n’embrassait plus les femmes et ne cachait pas sa religion (…) Il ne manifestait aucune animosité à leur endroit »

De son côté, le chef de section présente M. Harpon « comme un agent qui, en dépit de l’isolement lié à son handicap (il était malentendant avec des troubles auditifs bilatéraux lourd) était intégré à son groupe, qui participait aux fêtes de son groupe et prenait le café avec ses collègues le matin ». Par ailleurs, ce dernier confirme que « M. Harpon n’embrassait plus les femmes et ne cachait pas sa religion ». « Il ne manifestait aucune animosité à leur endroit », a indiqué le chef de section au sujet des collègues féminines du fonctionnaire.

« Le commandant xxxx signale enfin avoir vu M. Harpon en conversation « Facetime » par langage des signes, au bureau, avec un individu de type africain portant une barbiche (sans autre précision). Aucun avis à la hiérarchie sur ces faits n’a pu être établi », rapporte également la directrice de la DRPP.


Une cérémonie d’hommage ce mardi

L’enquête se poursuit afin de déterminer à quel moment et comment Mickaël Harpon s’est radicalisé. La garde à vue de la femme du tueur a pris fin ce dimanche, cette dernière a été remise en liberté sans charge retenue à son encontre.

En outre, Christophe Castaner a plaidé ce lundi matin pour « un signalement automatique » en cas d’alerte sur la radicalisation d’un fonctionnaire au sein d’un service. Une cérémonie d’hommage aux quatre fonctionnaires tués se déroulera mardi à la préfecture de police de Paris en présence du chef de l’État, Emmanuel Macron.