Affaire Jubillar : «Je l'ai attrapée par le cou et j'ai serré», le récit des aveux de Cédric Jubillar

Le procès-verbal de l'audition du 15 juillet détaille la version de Cédric Jubillar, qui affirme avoir étranglé sa femme puis dissimulé son corps. Un récit livré sans contradiction, dont plusieurs éléments se heurtent aux constatations de l'enquête.
Affaire Jubillar : «Je l'ai attrapée par le cou et j'ai serré», le récit des aveux de Cédric Jubillar
Cédric Jubillar au tribunal d'Albi, le 13 octobre 2025. (Remy Gabalda / Maxppp)
Par La Rédaction
Le mardi 21 juillet 2026 à 20:37

Le procès-verbal de l'audition du 15 juillet, que Le Parisien et franceinfo ont pu consulter, détaille la version que Cédric Jubillar a livrée à la justice sur la mort de son épouse Delphine Jubillar. Le peintre-plaquiste y affirme l'avoir étranglée au cours d'une dispute nocturne, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, avant de dissimuler son corps. Un récit livré sans contradiction, émaillé d'incohérences que la justice devra éclaircir, alors que son procès en appel vient d'être renvoyé au premier semestre 2027.

Entendu par la présidente de la cour d'assises d'appel, Valérie Noël, en présence de ses avocats, Cédric Jubillar est passé aux aveux dès les premiers instants. À peine la magistrate lui a-t-elle dit "je vous écoute" qu'il a répondu : "Je reconnais les faits, je reconnais être l'auteur de la disparition de mon épouse".

Il raconte s'être couché vers 22h30, puis réveillé "vers 1 heure ou 01h30". Une dispute éclate alors dans le salon. Cet horaire situe le passage à l'acte environ deux heures plus tard que ce que soutient l'accusation, qui retient une altercation vers 23 heures sur la foi de plusieurs témoignages concordants, dont celui de son fils et de deux voisines ayant entendu des cris.

Selon les déclarations de Cédric Jubillar, la dispute dégénère en insultes, puis son épouse lui tient des propos humiliants qui l'auraient fait "vriller". "Je voulais qu'elle se taise, je l'ai attrapée par le cou et j'ai serré, je lui disais : tais-toi, tais-toi, je t'en supplie, tais-toi", déclare-t-il. Il explique avoir regardé ses pieds pour ne pas croiser le regard de Delphine, avant qu'elle ne tombe "inerte". "Il m'a fallu quelques instants pour réaliser que je venais de tuer la mère de mes enfants. Je suis en panique, je suis tétanisé", poursuit-il.

Le corps dissimulé sous un monticule de terreau

Cédric Jubillar décrit ensuite la dissimulation du corps. "Je me suis dit qu'il ne fallait pas que mes enfants voient leur mère comme ça (…), qu'il fallait que je la cache", relate-t-il. Il affirme avoir chargé le corps de son épouse dans le coffre de la voiture, avoir laissé glisser le véhicule moteur coupé au départ, afin de ne pas alerter le voisinage, avant de rejoindre la route sans destination précise. "Je ne savais pas où aller, je n'avais pas d'objectif précis", assure-t-il, avant de dire avoir eu en tête des tas de terreau qu'il connaissait pour être passé à proximité d'un chantier, en direction de Cordes-sur-Ciel. "J'ai utilisé mes mains pour faire ça (…), j'ai creusé comme je pouvais, j'ai déposé son corps à cet endroit et j'ai recouvert comme je pouvais", détaille-t-il.

De retour chez lui, il dit avoir vérifié que ses enfants dormaient, puis récupéré le téléphone de Delphine, une paire de boots et un manteau, avant de "tout jeter dans la poubelle d'un voisin, à 50 mètres de la maison".

Des incohérences que la justice devra lever

Plusieurs éléments interrogent ce récit d'un geste improvisé. D'après franceinfo, le portable de l'infirmière, dont le dernier bornage remonte à 07h48 le 16 décembre au matin, est resté introuvable — comme sa doudoune blanche. Surtout, la thèse d'une dissimulation décidée sur le moment se heurte à un précédent : quelque temps avant les faits, Cédric Jubillar avait annoncé à sa mère qu'il allait enterrer son épouse dans un endroit où on ne la retrouverait jamais. Des données GPS le situent par ailleurs à quelques centaines de mètres du champ dix jours avant le drame. "Je pensais vraiment qu'on allait la retrouver avant, je suis très étonné que ça n'a pas été le cas", affirme pourtant l'intéressé.

Devant la magistrate, le peintre-plaquiste a exprimé des regrets. "J'ai d'énormes remords par rapport à Delphine, à ma belle-famille, à mes enfants", a-t-il déclaré, disant vouloir "offrir une sépulture à Delphine" pour que ses enfants puissent se recueillir. Il a esquissé sur une feuille un croquis situant le corps, marqué d'une croix, selon Le Parisien.

Le lendemain de cette audition, il a guidé les enquêteurs jusqu'au champ de Mailhoc (Tarn), où une partie seulement des ossements de Delphine ont été retrouvés, puis formellement identifiés. Condamné en octobre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse et en détention provisoire depuis juin 2021, Cédric Jubillar devra désormais répondre à un magistrat instructeur et lever les incohérences de son récit. De nouvelles fouilles pourraient être ordonnées pour retrouver d'autres restes de la victime.